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HISTOIRE DE FILMS LESBIENS OU QUAND UNE HÉTÉRO TOMBE AMOUREUSE D’UNE LESBIENNE

(SUITE)

 

C’est comme si ce baiser revêtait une signification particulière. Le franchissement ultime de l’interdit pour notre héroïne hétérosexuelle ? Mais pourquoi ? Dans la plupart des comédies romantiques hétérosexuelles, les baisers n’ont pas autant d’importance. Dans la plupart des films hétérosexuels,  ils ne sont pas aussi attendus et calculés. Ici, ils donnent le sentiment de représenter le summum de la passion, du désir, la transgression de l’interdit, le moment clé du film.

Si l’on y réfléchit, ils ont parfois plus de valeur que la scène d’amour qui n’arrive souvent pas tout de suite mais après quelques minutes supplémentaires. Comme s’il était nécessaire de dissocier le baiser de la scène d’amour. Le baiser serait alors l’aboutissement de l’amour ressenti et sentimental, puisque pas encore totalement accepté vu la façon dont les héroïnes se tournent autour, tandis que dans la scène d’amour, l’amour serait vécu et physique. Une manière de dissocier les deux ? Pas certain au vu de scènes d’amour guimauves à l’eau de rose, totalement éloignées de la réalité où tout est doux et gentil. Un besoin de refuser le physique et de rester sur la sentimentalité ?

Dans les films lesbiens le baiser est toujours un instant partagé et voulu. Il n’est jamais forcé. Il a quelque chose de profondément respectueux. Une découverte souhaitée, un respect réciproque, un désir commun. Sa signification est profonde. Il a plus d’importance que l’amour physique où le corps de la femme ne possède pas cette force. Comme si l’on savait que ce corps pouvait être violé et maltraité. Ici, le baiser impose un partage total de l’âme. Une réelle connexion que ne véhiculent jamais les scènes d’amour ou de baise. Il amène leur relation à un plan beaucoup plus intellectuel et sentimental que physique.

C’est comme si ces histoires avaient été créées en réaction à tous ces films pornographiques masculins mettant en scène des lesbiennes. Le propos n’est pas « non, les lesbiennes n’aiment pas le sexe ». Non. Le propos n’est pas « non, les lesbiennes n’aiment pas le sexe ». Non. Le propos est plutôt « regardez, deux femmes peuvent être vraiment amoureuses l’une de l’autre sans que vous n’ayez même conscience de ce que cela implique ».

Et pourtant cette absence d’érotisation des relations lesbiennes ne me semble pas la solution pour répondre à cette exploitation masculine. Des réalisations nouvelles du genre de Loving Annabelle, Saving Face et surtout The L-Word me semblent plus intéressantes. Elles apportent un réalisme manquant à de nombreuses créations plus politiquement correctes.

D’un autre côté, si l’on prend au premier degré cette rencontre et ce désir naissant d’une femme pour une autre femme, on réalise que la notion de sexualité dépasse la simple étiquette, hétéro, bi et gay. Il n’est plus question de catégorie, de boîte de rangement mais de l’amour d’une personne pour une autre personne. Bien sûr la question du sexe entre forcément en ligne de compte mais parfois ce n’est pas le sujet principal du long-métrage comme dans Loving Annabelle ou Imagine Me & You.

Il est également question de s’accepter tel que l’on est sans avoir honte de ce que l’on ressent. Parce que l’héroïne hétéro se pose obligatoirement une multitude de questions et s’interroge sur qui elle est. Mais la beauté de l’amour qu’elle porte à cette autre femme dépasse le sentiment de malaise qu’elle pourrait ressentir et lui permet d’être enfin elle-même.

En refusant de catégoriser une fois pour toutes les personnages principaux et en ne les définissant pas entièrement par leur sexualité, ces films lesbiens ne jouent-ils pas un rôle primordial dans la banalisation de l’homosexualité et de la bisexualité ?

Parce que comme le dit si bien Shane dans The L-Word “Sexuality is fluid, wether you’re gay, straight or you’re bisexual you just go with the flow...” soit « La sexualité est fluide, que tu sois gay, hétéro ou bisexuel, tu as juste à te laisser porter par le courant… »

 

Isabelle B. Price (26 Décembre 2007)

 

Loving AnnabelleThe L WordSaving Face

 

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