I CAN’T THINK STRAIGHT : INTERVIEW DE L’ACTRICE SHEETAL SHETH L’INTERPRÈTE DE LEYLA
(SUITE)
Et comparé à votre collaboration dans The World Unseen ?
On a tourné ce film par la suite et quand nos personnages font connaissance, c’est beaucoup plus subtil. Elles se rencontrent et vous voyez, c’est comme si elles se connaissaient depuis toujours, mais tout est dans la retenue… Ce qui est intéressant parce que je crois que notre amitié avait atteint un point où nous nous connaissions vraiment bien et nous travaillions vraiment bien ensemble et ça s’est ressenti dans leur relation.
Vous deux, vous dégagez une telle alchimie à l’écran et je trouve que les scènes de sexe sont géniales dans le film. Qu’est-ce qui a été le plus dur pour que ce soit crédible ?
Comme avec n’importe qui, que ce soit Lisa ou une autre fille ou un autre homme avec qui je travaille. Je veux dire, Lisa est une femme superbe donc ce n’est vraiment pas difficile de l’embrasser, vous voyez. [rires] Il faut juste être à l’aise et avoir confiance dans le fait qu’on est toutes les deux là et qu’ensemble, on va faire ce qu’il faut. Le truc sympa c’est qu’on était tellement décontract que je pouvais lui dire des trucs du genre : "OK Lisa, il se peut que je t’agrippe ici…" Et elle répondait style "Fais ce que tu as à faire."
Donc vous vous êtes vraiment sentie à l’aise avec elle ?
J’étais à l’aise avec la situation. Shamim, la réalisatrice, je pense que c’est elle qui a donné le ton et elle a été très généreuse et vraiment attentive à ce dont on avait besoin pour y arriver. On a discuté sur deux trois points, notamment quel degré d’intimité on était censées atteindre. À partir de là, on a rempli les blancs et on s’est laissées aller.
Travailler sur ce film vous a-t-il fait vous interroger sur votre propre orientation sexuelle ?
Je suis quelqu’un qui se remet sans cesse en question, vous voyez, qui réfléchit sur qui elle est. Je suis quasi certaine de mon hétérosexualité mais j’ai le sentiment que, je ne sais pas, j’ai toujours été très ouverte d’esprit… Je n’arrive pas à comprendre ces gens qui essaient de décider à la place des autres comment vivre leur vie. Je n’ai jamais réussi à comprendre. J’ai toujours pensé, écoutez, si c’est bon pour eux et que ça ne blesse personne, alors en quoi est-ce que ça vous dérange ? Vous voyez, laisser chacun vivre sa vie comme il l’entend. J’ai toujours pensé comme ça et faire ce film quelque part a rendu ça encore plus important et plus cher à mes yeux.
C’est étrange parce qu’on a fait ce film il y a une paire d’années et il sort maintenant avec tout ce débat autour de la proposition 8 et tout le reste. Ça m’a rendue encore plus véhémente et plus fière que nous ayons fait un film qui aborde certains sujets. Et j’ai pensé, c’est intéressant car vous pourriez vous asseoir avec quelqu’un et débattre, peser le pour et le contre, ceci, cela, peu importe. Et c’est difficile d’atteindre son but, quand vous essayez de convaincre quelqu’un, de lui expliquer quelque chose qu’il a du mal à comprendre, à moins que ça le touche personnellement.
Vous pourriez vous tenir ici et dire "Les femmes devraient se marier." et ce genre de choses, mais peut-être que regarder un film ou lire un livre et s’attacher et trouver quelque chose qui vous touche à propos d’un personnage, pourrait vous faire dire "Ok, j’ai peut-être compris un truc. Elles ont le droit d’être heureuses, elles ont le droit d’avoir une vie."… Il faut que ce lien se crée, que ce soit à travers des documentaires, des films, de la musique, ou des interactions, c’est la clé vous voyez. C’est pour ça que j’étais si heureuse que le film sorte à cette période parce que je pense que c’est important, surtout en ce moment. Et personnellement, je pense que le combat pour les droits civils des gays est la prochaine grande bataille. Et ça me met hors de moi que ça doive être un combat et qu’on ait besoin d’en débattre. Le 5 novembre, quand je me suis réveillée, j’ai été terriblement excitée puis extrêmement déçue, je ne pouvais pas y croire… En Californie qui plus est, je veux dire, autant je peux comprendre, même si je ne cautionne ça nulle part, mais je peux comprendre que certaines régions du pays aient plus de réticences, mais ici nous sommes en Californie ! Alors ça m’a fait de la peine, réellement. Et ça me fait de la peine quand j’entends des gens que je connais dire certaines choses. Et je me dis "Sérieusement ?" Ça n’a fait que me rendre plus impliquée quelque part et plus fière, revendicatrice, et le tout à l’avenant.
Je pense que vous avez raison. Je crois que c’est le prochain grand combat et avec un peu de chance, le futur gouvernement va prendre les choses en main et faire quelques changements.
C’est fascinant le nombre de personnes qui pensent devoir tenir un certain discours juste pour satisfaire les masses. Je regarde Barack et Biden, [Barack Obama et Joe Biden, son colistier] et personnellement, je crois qu’il n’y aucune chance pour qu’ils pensent réellement que le mariage gay est une mauvaise chose. Je pense qu’ils l’ont dit uniquement parce qu’ils devaient le dire à ce moment-là. Sérieux, arrêtez, je n’y crois pas une seconde. Et je comprends pourquoi ; c’est certainement déplorable qu’ils se soient sentis obligés et ils l’ont fait mais je pense qu’en aucun cas ils ne peuvent croire que deux personnes ne devraient pas êtres autorisées à se marier et avoir les mêmes droits. Je veux dire, allez quoi ! Espérons-le.
J’ai lu que la communauté indo-américaine avait été quelque peu choquée par votre rôle dans ABCD et je me demandais quel accueil avait reçu I Can’t Think Straight ?
Vous savez, ça varie. Encore une fois, ABCD, tout comme ce film, ça a beaucoup divisé les gens. Il y a des extrêmes des deux côtés et je suppose que la vérité se situe quelque part au milieu. D’un côté, il y a forcément les gens qui pensent que nous sommes perverties et folles et que ça n’existe pas en ce monde alors pourquoi vouloir perpétuer ça et toutes ces choses affreuses ? Et de l’autre, les "Oh mon Dieu, je suis tellement heureux(se), merci merci merci merci, je n’ai jamais rien vu de tel et vous me donnez l’impression que c’est possible et qu’il y a de l’espoir." Donc il y a deux catégories. Encore une fois, comme je l’ai dit, les uns sont le reflet extrême des autres et en fait, c’est un dialogue et je suis ravie qu’ils l’aient eu dans leur vie car ça met la machine en route. Ils ont juste un plus long chemin à parcourir. Pour ce qui est des autres, Dieu merci, ils sont la raison pour laquelle nous faisons ça et je suis ravie que ça les aide.
Avez-vous eu beaucoup de retour de la part des fans ?
J’ai rencontré cette femme. J’allais voir le film avec une de mes amies et il y avait une femme dans le hall. Je suis entrée et elle était vraiment excitée de me voir et j’ai demandé "Oh, vous avez vu le film ?" Et elle m’a dit "C’est ma 7ème fois." Et j’ai répondu [rires] "Même moi, je ne l’ai pas vu 7 fois…" C’était presque comme si elle était là pour prendre des notes ou juste essayer de trouver un moyen, un moyen de savoir comment s’y prendre. Elle était adorable et à la fin, mon amie et moi lui avons parlé et je lui ai demandé pourquoi ce film en particulier et elle a répondu "Parce que je ne vois jamais ce genre d’histoires et c’est important. J’en ai besoin et c’est réel." J’ai trouvé ça beau. On a croisé tellement de gens comme ça, des personnes rencontrées par hasard, des gens qui m’ont vue dans la rue en passant par les mails de fans, les lettres, tout… Et pas seulement venant de la communauté gay. C’est vraiment, vraiment génial.
Il n’y a pas beaucoup d’acteurs d’origine indienne à l’écran en ce moment. Pensez-vous que c’est à cause du manque de rôles ou bien parce que les directeurs de casting sont réticents à l’idée de sortir des sentiers battus ?
Je pense que c’est un tout. Je crois qu’en tant que minorité n’ayant pas immigré ici avant la fin des années 60-70, nous sommes un peu la première génération à arriver, à la différence d’autres minorités, comme la communauté latino ou les Afro-Américains installés longtemps avant. Je fais partie de la première génération d’un groupe de gens qui commencent un peu à grandir et à vouloir explorer en dehors des limites qui sont normalement imparties à la moitié des Asiatiques.
D’autre part, au bout du compte, le vieil adage dit ceci : "Quelle est la seule couleur qu’Hollywood voit ? Le vert." [NDLT : couleur du dollar] Pour être parfaitement franche, je pense qu’on pourrait me mettre à l’écran ou d’autres personnes me ressemblant et ça ne poserait aucun problème. Si c’est un bon film et que nous jouons bien, je pense qu’aucun spectateur américain n’irait dire : "Je ne veux pas voir cette fille à l’écran." Je ne pense vraiment pas. Je pense qu’ils sont habitués à certaines formules et à certaines choses, ils veulent la jouer prudente et ils s’y tiennent. Donc ça fait presque partie de ces choses qu’on doit leur prouver : devinez quoi, il y a un public et devinez quoi, il n’y a pas besoin que ce public soit de la même origine ethnique... Les gens iront le voir, parce que si c’est un bon film, c’est un bon film, point. Si c’est bien joué, c’est bien joué. Ça n’a pas d’importance pour eux. Je pense qu’ils ont juste envie de regarder un film et d’en retirer quelque chose. Je crois qu’en général, on sous-estime les attentes du public. Je crois qu’on est plus intelligent que ce que les gens pensent, plus tolérants et plus ouverts d’esprit que ce à quoi on s’attendrait.
Sur quels nouveaux projets travaillez-vous ?
En fait, je suis dans un film qui sort le mois prochain et qui s’appelle The Trouble With Romance (Le Problème avec L’Amour) et c’est un très joli puzzle articulé autour de quatre relations différentes. J’y joue une prostituée qui cherche l’amour. On l’a tourné avec le réalisateur Gene Rhee et le casting est vraiment génial. Il y a Jen Siebel, Kip Pardue, Josie Davies, David Eigenberg, c’est vraiment un super casting. Warner Brothers l’a repéré… Donc ça devrait vraiment arriver très vite.
Traduction Magali Pumpkin (14 Septembre 2009)
Interview Originale sur le Site Curvemag.com

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