INTERVIEW D’ARTHUR VAUTHIER, ORGANISATEUR DES PREMIERS KISS-IN DE FRANCE
(SUITE)
Avez-vous reçu des avis défavorables, concernant votre entreprise ? Des menaces ? Des félicitations ?
Les félicitations ont été nombreuses, très nombreuses. A l'intention de tous ceux qui ont participé et relayé. Mais il y a aussi des détracteurs, et malheureusement au sein même de la « communauté » homosexuelle : ceux qui pensent que nous cherchons à provoquer et qui préfèreraient vivre cachés, ou dans l'indifférence. Ceux-là n'ont pas compris que ce qu'ils prônent doit être un choix, et non pas un choix par défaut. Nous nous battons pour que tous les gays puissent se dire : est-ce que je veux embrasser celui/celle que j'aime devant tout le monde, ou est-ce que je préfère garder ça pudiquement pour notre vie privée ? Il y a aussi ceux qui pensent que les kiss-in ne font rien avancer. Bien sûr, nous n'allons pas révolutionner le monde. Mais chaque pas en avant, même les plus petits, comptent.
Enfin, vos impressions :
Quel est le point le plus positif, selon vous, en ce qui concerne les kiss-in ?
Le point le plus positif, à mes yeux, c'est la façon dont les kiss-in ont été relayés sur le net (jusqu'aux Etats-Unis et au Japon !). J'ai l'impression qu'à notre époque, quand on ouvre le journal, tout est noir, chez nous comme ailleurs, et que de telles vagues d'optimisme font du bien au moral. Nous en avons tous besoin.
Quelle est votre plus grande déception ?
Ma plus grande déception, c'est que dans la lutte contre l'homophobie nous ayons parfois à lutter contre des homosexuels. Ceux qui sont contre le mariage et la filiation pour les couples homo-parentaux, ceux qui sont contre le fait de se montrer au grand jour. J'ai peur que l'image que les médias et la culture populaire ont transmis à la population de l'homosexualité ne soit dangereusement erronée, et que certains homosexuels n'aient peur d'être assimilés à des folles éclectiques. Etre homo, ce n'est pas nécessairement être hors-norme, et être hétéro, ce n'est pas nécessairement être dans la norme. On peut vouloir se marier quand on est homo, et on peut ne pas le vouloir tout en étant hétéro. Chacun devrait avoir le choix, et tant que nous ne serons pas tous égaux devant la loi, notre capacité à aimer ou à fonder une famille sera infériorisée, l'homophobie latente continuera à imprégner la société, et toutes les mesures politiques visant à nous défendre ne seront qu'un vernis d'hypocrisie pour masquer le problème de fond. Dans quelques années, on repensera peut-être à ces aberrantes années au cours desquelles une partie de la population vivait sans avoir les mêmes droits que les autres, de la même manière que nous trouvons scandaleux que les femmes n'avaient pas le droit de vote il y a encore un siècle. Du moins, c'est ce que j'espère.
Combien comptez-vous en organiser encore ? A quelle fréquence ? Ne craignez-vous pas que l'organisation trop fréquente de kiss-in aboutisse à un phénomène d'essoufflement de l'évènement, et que la symbolique portée par chacune de ces réunions soit moins puissante, à force ?
Nous allons continuer à en organiser, un par saison je pense, donc tous les trois mois environ. Il n'est pas souhaitable, en effet, que le mouvement s'essouffle avec un trop grand nombre d'éditions. Si d'autres estiment en revanche qu'il faudrait en faire davantage, libre à eux de se saisir du mouvement ! A condition que chacun s'investisse dans une réflexion et envisagent l'action avec responsabilité. Il ne s'agit pas d'un mouvement à prendre à la légère, et l'image que nous donnons à la société est un élément capital : nous devons cesser de faire apparaître l'homosexualité comme un ensemble de clichés et nous montrer tels que nous sommes dans la vie de tous les jours. Nous sommes comme tout le monde, et nous sommes tous divers, comme le sont les hétérosexuels : il y a les excentriques et ceux qui le sont moins, et il y a ceux qui sont parfois excentriques et parfois moins... Le pire, c'est peut-être d'avoir à préciser tout ça, comme si ça n'était pas une évidence !
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