Réponses de Shamim Sarif et Hanan Kattan
Questions à Shamim Sarif
1/ Comment passe t-on aussi facilement et avec autant de talent de l'écriture à la réalisation ?
Merci pour le compliment. Ma passion est de raconter des histoires. Le fait d’être réalisatrice et écrivain sont deux différents moyens d’y parvenir. L'écriture est quelque chose de beaucoup plus solitaire, et lorsque j’écris, je vis dans mon monde, toute seule tout le temps (pas facile pour Hanan !), alors que la mise en scène est beaucoup plus axée sur la gestion d'un groupe de personnes. Si vous avez de la chance, vous travaillez avec des gens talentueux et passionnés, et j’aime la collaboration qu’il y a entre eux et moi, en particulier celle avec les acteurs. Ils sont capables d’apporter encore plus à un personnage que ce que j'avais imaginé lors de l'écriture.
2/ Vos deux films ont les mêmes actrices principales. Comment le choix de celles ci s'est-il imposé à vous ? Aviez-vous réellement conscience de la formidable alchimie qui se dégage entre les 2 actrices ?
J'ai été complètement libre dans le choix des acteurs pour ces films. J’ai apprécié de travailler avec Lisa et Sheetal dans I Can't Think Staight. Elles ont une approche du jeu très différente et des méthodes de travail différentes, et j'ai beaucoup appris des deux en tant que réalisatrice. Lorsque nous avons travaillé sur le casting de The World Unseen, je savais que j'allais retravailler avec Lisa parce que nous avions déjà discuté ensemble de ce projet, et j'ai pensé que Sheetal pourrait donner de la vulnérabilité au personnage fort d’Amina. J'ai aussi aimé l'idée d’intervertir complètement les rôles pour les deux actrices. En fait, dans les deux films elles jouent des personnalités plutôt opposées. Ce fut un défi pour nous toutes. Et oui, leur alchimie à l’écran, a été quelque chose dont j’ai tenu compte. Elle était si présente dans I Can't Think Staight que je voulais que leur attirance cachée soit aussi forte dans The World Unseen, dans la mesure où il n’y avait aucune scène d’amour majeure, mais un désir toujours omniprésent.
3/ Est-ce que I Can't Think Staight peut être considéré comme une œuvre autobiographique ? Si oui, dans combien de tasse de café avez-vous du cracher avant d'en arriver là ?
I Can't Think Staight est en effet une œuvre un peu autobiographique - notre passé culturel et nos voyages personnels sont évoqués, mais il y a aussi beaucoup de fiction. Par exemple, Hanan a été fiancée 5 fois (et non 4 comme Tala). Je croyais que personne ne croirait à 5 fiançailles. Mais, Hanan n’était pas fiancée lorsque je l'ai rencontrée. Et moi je n’avais pas eu d’amie entre temps (contrairement à Leyla) ! Il était important pour moi d'explorer le thème de l'intégrité, des conventions traditionnelles exigeantes et de rester fidèle à soi-même. Et nous avons pensé que de mettre tout cela dans une comédie romantique permettrait aussi au public de faire un agréable voyage.
Et je ne crache pas ! Je crois qu’une domestique qui crache c’est de la fiction, mais on ne sait jamais !
4/ Est-ce que votre projet de faire du film I Can't Think Staight une série est toujours d’actualité ? Quels sont vos autres projets ?
Nous travaillons toujours sur un projet de série télévisée adapté de I Can't Think Staight, en se concentrant pour le moment sur les chaînes américaines. Lorsque vous avez l'intention de faire une série télé à grande échelle, les décisions sont entre les mains de grandes sociétés, ce qui est très différent lorsque vous faites un film indépendant. Nous nous sommes engagées à rester fidèle à l'histoire, mais les choses peuvent prendre un certain temps avant de voir le jour.
En attendant, nous travaillons sur le pilote d’une émission de cuisine du Moyen-Orient comme nous sommes toutes les deux passionnées par la cuisine. Nous travaillons également sur le projet de notre prochain long métrage «The Dreaming Spires » une histoire d'amour qui se déroule à Oxford après la guerre, et dont le tournage est prévu l'année prochaine.
5/ Vous avez fait le tour du monde avec vos films, mais quand aura-ton aura la chance de vous voir en France ?
Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir voyager partout dans le monde pour les repérages et la réalisation de nos films. J'ai compté qu'au cours des 24 derniers mois, j'ai été dans 24 villes différentes et j'ai adoré travailler dans des endroits comme Mumbai, et visiter des villes, avec Hanan que je ne connaissais pas.
Mais malheureusement, nous ne sommes pas venues en France pour nos films (à l'exception du Festival de Cannes). Nous avons remporté le prix du Meilleur Film au Festival International du film lesbien et féministe de Paris et nous aimerions revenir à Paris pour des projections de film. C’est une de nos villes préférées et c’est aussi un lieu très spécial pour moi. Je n'avais jamais été à Paris avant de rencontrer Hanan ; mon premier voyage avec elle a été Paris, il y a à peu prés 14 ans, et c’était incroyablement romantique.
Questions à Hanan Kattan
1/ The World Unseen et I Can't Think Staight sont des films totalement différents, mais engagés. A-t-on voulu vous empêcher de faire ces films ou de les censurer avant leur sortie ?
Je suis sûre que certains des membres de ma famille n'auraient pas apprécié de savoir que nous préparions I Can't Think Staight mais en général nous avons eu beaucoup de soutien de la part de notre entourage et des gens qui nous importent. Personne n’a donc voulu censurer nos films.
2/ N’avez-vous pas eu peur pour votre famille à l’idée d’hypothéquer vos biens, de partir à l’étranger et de débuter un nouveau travail ?
Il y a toujours eu le risque avec I Can't Think Staight d’avoir des problèmes avec nos familles respectives mais cela n'a pas influencé notre décision et nos choix … Nous avons pensé, et nous sommes concentrés sur notre passion et notre projet et pas sur les gens qui auraient pu être offensés ou non par ce que nous avons fait.
3/ Comment les rôles se repartissent entre vous deux sur le plateau de tournage ?
Nos rôles sont très clairs. Je suis le boss (je plaisante). Toutes les décisions artistiques reviennent à Shamim et elle a toujours le dernier mot là dessus. Mon rôle en tant que productrice est de m’assurer que tous les éléments doivent être à leur place et que tout soit prêt lorsque Shamim dit « moteur ».
Traditionnellement il y a toujours un conflit entre la production et la réalisation. Mais comme je suis claire, sur le pourquoi et le comment je fais les choses, à savoir aider Shamim à réaliser et à mettre en oeuvre ses idées du mieux possible et avec la plus grande liberté, que finalement il n’y a pas de conflit.
Parfois Shamim se plaint de la « dureté » de mon travail, mais cela me fait sourire et me pousse à avancer.
4/ TWU a reçu plus de 20 prix dans divers festivals et pourtant le public fait toujours référence à ICTS. Comment l'expliquer vous?
Jusqu’à ce jour, The World Unseen a remporté 22 prix et I Can't Think Staight en a gagné 8.
L’un est une comédie romantique moderne qui interpelle beaucoup les gens notamment la jeune génération. Il parle de problèmes auxquels sont malheureusement confrontés encore beaucoup de gens aujourd’hui dans le monde.
The World Unseen est un film dramatique d’époque avec probablement un public légèrement différent.
Au final, ce que l’on retient c’est que le public à été touché à différents niveaux par les deux films qui sont devenus des classiques et les films préférés du public dans les festivals, ce dont nous leurs sommes vraiment reconnaissants.
5/ Hormis Shamim, quel autre réalisateur ou quel genre de film aimeriez vous produire ?
A vrai dire, aucun. Je produis juste le travail de Shamim qui me passionne. Et ce que nous faisons nous épanouit, et nous amuse d’autant plus que nous accomplissons ce travail en couple et en famille.






