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QUESTIONS À MABOO

 

Pour inaugurer le lancement de cette nouvelle rubrique, Maboo, une charmante et talentueuse artiste toulousaine multifonction (dont il faut absolument avoir le blog dans ses favoris) nous a ouvert les portes de son domaine et a répondu à nos questions.

 

1/ Pour un site qui parle de la représentation lesbienne dans les médias, on ne pouvait pas passer à côté de tes caricatures de personnages de The L Word. Peux-tu nous expliquer la genèse de ces illustrations ?

Tout a commencé en 1912, le jour où j’ai téléchargé la saison 1 de Lword sous les conseils avisés de mes proches..Non je reprends.. Plus exactement, tout a commencé lorsque en voyage à LA, ma pote Jennifer Beals m’a parlé de sa résurrection professionnelle dans une série pour sorcières inverties. Complètement séduite par tant de nouveauté dans le monde des films/séries pour meufs qui aiment les meufs (scénario - cela n’a pas duré longtemps, budget maquillage, casting...), j’ai avalé la saison en 2 jours. Et telle une chouette après digestion, il a fallu que je régurgite quelque chose de concret : Crazy Jenny est née et j’ai pu me la faire imprimer sur un Tshirt au lieu d’aller m’en acheter un chez Pimkie.

 

2/ D'une manière plus générale, peux-tu nous dire ce que cette série représente pour toi ?

Ca m’a complètement changé la vie, ouvert de nouveaux horizons... Ca m’a donné un peu d’espoir quant au fantasme que je nourrissais sur J.B depuis Flash Dance, je me suis dit qu’elle m’envoyait un message subliminal par téléviseurs interposés: “Maboo, je te désire ardemment, viens me rejoindre à L.A. Je t’attends.” Plus sérieusement, ça représente surtout des soirées entre copines à bavasser sur la plastique de Peabody ou sur la cravate de Shane, un léger espoir aussi à un possible envol/ renouveau/introduction (??) de la culture (série-)cinématographique lesbienne. J’ai l’air de cracher dans la soupe mais non, disons que ça a emmené un vent fraîcheur et d’hystérie, même si on peut reprocher moultes choses à la série. Même si la vision de la lesbienne y est un tantinet édulcorée, elle aura au moins eu le mérite d’être diffusé sur canal, et d’ouvrir peut-être l’esprit étriqué de certains spectateurs...

Sinon, ça m’a évité aussi de prendre des cours d’anglais pour pallier à mon manque de vocabulaire : maintenant je peux sans souci aucun, en mangeant un mars et en prenant un regard de labrador, dire à une meuf : “Are you kidding me ?”. Ca fait son effet.

 

3/ As-tu eu des retours de la part de l'équipe de la série ? Et plus particulièrement de Jennifer Beals à qui tu rends également un vibrant hommage en l'élevant au rang de « Super » ?

Quand j’ai créé Crazy Jenny, puis la caricature de Shane et J.B, la machine s’est vite emballée. J’ai monté une boutique en ligne, les T-shirts partaient, le responsable du site de t-shirt m’a contacté pour mettre ma boutique en avant. Bref, il y a eu un buzz internautique. Sur un site Brésilien on parlait de mes illus. Pink TV m’a contacté pour une demande d’interview.

Et puis le problème du droit à l’image et de la caricature s’est posé et comme ce n’est pas la même légi-slation en France qu’Outre Atlantique, plutôt que d’avoir éventuellement Showtime sur le dos, je me suis dit qu’il valait mieux l’avoir dans la poche. Je ne sais plus comment (certainement en cherchant sur Internet pendant des jours), je me suis retrouvé avec le mail d’Illen Chaiken entre les mains. Je lui ai écrit afin de dealer avec elle, et j’attends toujours sa réponse. Et comme je suis pas du genre à attendre, je suis passée à autre chose. Franchement si j’avais été un gangster et si je n’avais eu cure des histoires de droit à la caricature, je pense que je serrai à Miami en train de faire du roller avec J.B. Mais je suis un être complètement pur:)...

Fin de l’histoire.

 

4/ Ces illustrations de The L Word font clairement référence à un univers LGBT, on retrouve d'ailleurs d'autres clins d'œil dans la série des « Super », il y a la Super Butch, Super Fem et encore Super Angel qui inonde la Terre de son arc-en-ciel personnel, est-ce une façon d'apporter plus de visibilité à la « communauté » et est-ce que cela signifie que tu es une militante au moins à ta manière ?

Militante à proprement parler je ne sais pas. A ma manière, oui, peut-être. Ce qui est sûr c’est que je ne peux pas ne pas parler de cette facette de moi via mes illustrations. Mon travail, c’est une retransmission de ce que je suis , de ce que je vis et de ce que je vois. Si je ne parle pas de ce qui est en moi et de ce qui gravite autour de moi, de ce que j’observe et de ce qui me touche, ben j’ai qu’à aller faire para-pharmacienne, tiens.

Là où je suis contente, c’est quand Super Butch ou Super Angel finissent (ou commencent) dans un “salon hétérosexué”. Ce qui m’intéresse, c’est quand les choses voyagent, se dé-sectorisent.

 

5/ Il serait très réducteur de ne parler que de cet aspect-là de ton travail car tu as plus d'une corde à ton arc, tu fabriques notamment d'adorable doudous qui portent le nom de l'une de leurs caractéristiques, les Nakunoeil et tu participes également à des performances musicales dans lesquelles tu crées en direct sur scène un tableau. On sent à travers tous ces projets une volonté de ne pas t'enfermer dans un domaine en particulier. Peux-tu nous en dire plus sur cette soif de diversité ?

J’ai bien conscience que je n’ai qu’une seule vie, si j’ai un peu de chance et un karma pas trop pourri, je me réincarnerai en tournesol, je boirai le soleil (amis de la poésie, bonsoir) mais j’aurai pas de bras pour créer. Donc là, j’en ai deux, j’en profite. J’aime apprendre, faire des choses différentes, avec des gens différents et surtout expérimenter. C’est pas toujours facile, parce que je suis du genre à me disperser, à avoir pleins d’idées,  mais je sais bien que je ne pourrais pas TOUT faire. C’est peut être parce que je suis autodidacte, j’absorbe les choses (c’est la chouette qui est en moi qui parle de nouveau). En fait je suis curieuse et je fuis l’immobilisme. Voilà c’est ça : je suis complètement mobile comme meuf.

 

6/ Les Toulousains et les Toulousaines ont eu la chance de pouvoir découvrir tes œuvres en vrai en assis-tant à ton exposition « Born to be super », dont je vous conseille d'aller voir le teasing et les photos sou-venirs, mais nous les non-Toulousains est-ce qu'un jour on aura la chance de pouvoir assister à l'une de tes expos et quelles surprises nous réserves-tu pour la suite de tes aventures artistiques ?

Au niveau artistique, en ce moment c’est en bouillonnement intense, je crois même que ça n’a jamais bouillonné autant et c’est plutôt jouissif.

Je viens d’intégrer un collectif d’artiste, L’impossible Manufacture, des expos sont en négociation, et peut-être qui sait, je passerai par la capitale, ou par la Bourboule, c’est important de ne pas négliger la Bourboule.

J’ai fais des expos à Paris, mais des collectives. Avant que j’outre-passe, ce serait pas mal que je vois la Tour Eiffel. Pour nous les artistes du sud d’en bas, Paris c’est l’Eldorado !

Paris si tu m’écoutes, je suis complètement open à entamer une relation artistique avec toi.

Sinon, j’ai 2 projets d’expo en collaboration avec 2 artistes que vous m’en direz des nouvelles quand j’aurais décidé d’en parler (c’est mon côté superstitieuse ça.)
Sous peu, des T-shirt Nakunoeil sérigraphiés seront mis à l’adoption via un site d’artistes, mais je n’ai pas l’autorisation d’en parler. Rah la la, que de mystères.

Pour 2010, j’ai la terrible envie de faire du Nakunoeil en résine avec inclusion organique ou pas dedans, j’ai déjà fait la pièce mère, me manque juste à trouver un prof de moulage et contre-moulage.

Et avec un ami bijoutier, on en est discussion pour faire en sorte qu’en 2011, toi qui me lis, ton rêve enfin se réalise : porter un petit Nakunoeil en argent (et numéroté, oui madame) autour de ton cou. Et ça, ça serait vraiment la classe intersidérale, je serais enfin le maître du monde mouahahahha (rire démoniaque).

 

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Maboo

 

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