6h22 Place 108 de Clémence Albérie

6h22 Place 108 Clémence Albérie

Titre Français : 6h22 Place 108

Titre Original : 6h22 Place 108

Auteur : Clémence Albérie

Date de Sortie : 27 Octobre 2015

Nationalité : Française

Genre : Roman d'Amour

Nombre de Pages : 794 pages

Editeur : Reines de Coeur

ISBN : 979-10-95349-11-2

6h22 Place 108 est le premier roman de Clémence Albérie. Original par sa forme, il permet de découvrir des femmes fortes qui malgré les souffrances passées sont prêtes à se battre pour connaître le bonheur. Gaëlle, jeune femme active de 30 ans un brin têtue, prend le train de 6h22 tous les jours pour se rendre à son travail. Un matin, alors qu’elle s’apprête à s’installer à sa place habituelle, la 108, elle y découvre une parfaite inconnue. Plutôt que de choisir un autre siège dans le wagon presque vide, Gaëlle va se confronter à celle qui en prenant sa…

L'avis d'Univers-L

Histoire
Style
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Note des lectrices : 3.74 ( 17 votes)
63

6h22 Place 108 : Quatrième de Couverture

6h22 Place 108 est le premier roman de Clémence Albérie. Original par sa forme, il permet de découvrir des femmes fortes qui malgré les souffrances passées sont prêtes à se battre pour connaître le bonheur.

Gaëlle, jeune femme active de 30 ans un brin têtue, prend le train de 6h22 tous les jours pour se rendre à son travail. Un matin, alors qu’elle s’apprête à s’installer à sa place habituelle, la 108, elle y découvre une parfaite inconnue. Plutôt que de choisir un autre siège dans le wagon presque vide, Gaëlle va se confronter à celle qui en prenant sa place ose briser sa routine matinale. Une conversation houleuse aux conséquences inattendues s’engage alors entre les deux intéressées…

6h22 Place 108 : Avis Personnel

Avec  6h22, place 108, j’avoue que la première chose qui m’a interpelée c’est le titre.  Finalement, c’est rare d’avoir autant de chiffres dans un titre. Du coup, j’étais un peu intriguée. On comprend vite qu’il s’agit du lieu et de l’heure de la rencontre qui va changer la vie de nos deux héroïnes… Mais c’est bien plus en fait. Car c’est là, que cette romance prend toute son originalité. L’auteure arrive à nous maintenir dans ce train jour après jour pendant un bon tiers du livre. Et ça, sur le principe comme sur la réalisation, j’ai trouvé ça tout à fait réussi. Parce que, contrairement à nos aller-retours quotidiens en train de banlieue (pour ceux et celles qui ont connu ça un jour),on ne s’ennuie pas un instant.

Le décor est donc planté, un train lambda emmenant et ramenant ses passagers de la banlieue vers la capitale. Nos héroïnes de leur côté sont aussi différentes que possibles, aussi bien physiquement et que disons socialement. C’est une sorte de choc des cultures. Andréa et Gaëlle, c’est un peu la Mercedes  rencontrant la super 5. Et la rencontre est explosive, c’est le moins qu’on puisse dire. Les joutes verbales sont savoureuses. L’humour n’est jamais loin, et peu à peu, à travers ces échanges et les réflexions de Gaëlle, on apprend à connaître les deux femmes.

Puis l’histoire évolue, entre doutes, sombre passé et récente trahison. Si on sort du train petit à petit, il continue à rythmer le récit. C’est tout juste si on n’entend pas le tac-a-tac des roues de métal sur les rails. L’aspect séduction et montée du désir entre les deux femmes est très réussi. On s’y laisse prendre et la sensualité se développe d’une façon toute naturelle. Je n’irai pas plus loin car la suite est à découvrir en tournant les pages numériques de ce livre. J’ajouterai juste qu’à ce face à face s’ajoute quelques caractères secondaires hauts en couleur. Ma préférence allant à la mère d’Andréa que je vous laisse découvrir.

6h22 Place 108 : Extraits

« Comme chaque matin depuis un an, Gaëlle Fournier monta en trombe dans le train de 6h22 qui mettrait cinquante minutes à l’amener à Paris où elle travaillait. C’était une jeune femme de vingt-huit ans, grande et mince, le corps façonné par les heures qu’elle passait en salle de sport. Ses longues boucles blondes et son visage fin au teint de porcelaine lui avaient toujours valu un franc succès auprès des hommes. Cependant, elle n’était pas féminine à outrance, préférant un bon jean, une veste en cuir et ses éternelles Doc-Martens à une robe ou une jupe. En fin de compte, son apparence lui importait peu. Depuis quelques années, plaire n’était pas dans ses projets et elle se contentait chaque matin d’enfiler la première chose qui lui passait sous la main.

Tous les jours c’était le même rituel. Elle se levait le plus tard possible, repoussant toujours plus l’heure de son réveil. Elle se préparait en hâte et partait en courant pour attraper son train. Sur cet horaire, tous les passagers se connaissaient de vue, car tous se croisaient chaque matin pour se rendre à la capitale. Implicitement, chacun s’était approprié une place, s’étalant sur deux sièges pour finir sa nuit tranquillement avant de devoir réellement commencer sa journée de travail.

Mais ce matin-là, quand Gaëlle monta dans le train, la première chose qu’elle remarqua fut la déesse brune assise à sa place. Elle se stoppa en entrant, peu habituée à relever les charmes de la gent féminine. Comme toute personne, il lui arrivait de trouver une femme belle, mais jamais elle n’en avait croisé une qui dégageait autant de prestance.

L’inconnue était brune, les yeux d’un marron très foncé. Sa coupe au carré s’arrêtant juste au niveau de ses épaules lui donnait un air strict. Elle portait un tailleur jupe-veste noir et chemisier blanc chic qui attestaient de son niveau de vie supérieur à la moyenne. Elle se tenait droite, ses longues jambes parfaites à rendre jalouse n’importe quelle femme élégamment croisées, et elle regardait distraitement par la fenêtre. Sa peau était légèrement hâlée et rajoutait à sa prestance un côté exotique presque envoutant. C’était indéniablement une très belle créature, Gaëlle ne pouvait le nier.

C’était la première fois en un an que quelqu’un se trouvait assis à la place 108, sa place, côté fenêtre, là où d’habitude elle s’installait, étalant ses jambes jusque dans le couloir pour dormir profondément jusqu’à son arrivée en gare du Nord. Elle inspira profondément, ravalant la colère en elle qui pointait son nez à la moindre occasion ces derniers temps, et décida de ne pas en faire cas. Elle souhaitait rester calme, mais ne comptait pas céder son territoire pour autant.

Ainsi, elle reprit tranquillement son chemin dans l’allée du train et s’avachit côté couloir à la gauche de la belle brune qui bousculait, par sa simple présence, sa routine matinale bien huilée.

À peine fut-elle assise que deux yeux chocolat la transpercèrent littéralement. La jeune intruse regarda autour d’elle, notant certainement avec un agacement non dissimulé que de nombreuses autres places étaient libres, se demandant sûrement ce qu’elle avait bien pu faire pour que cette nouvelle venue se colle à côté d’elle et envahisse son espace.

Gaëlle ignora le mécontentement affiché de la brune et ricana en se calant confortablement dans son siège.

— Comptez-vous regarder par la fenêtre, ou est-il possible de tirer le rideau ? demanda-t-elle poliment.

— Je souhaite regarder par la fenêtre, répliqua sa voisine sur la défensive.

— Hum, okay…

Gaëlle s’enfonça dans son siège et étala ses jambes côté couloir pour ne pas envahir l’espace de sa voisine. Elle brancha ses écouteurs à son téléphone et enclencha la musique pour se détendre. Elle commença sa contemplation quotidienne de cet environnement qu’était le sien depuis bien des années. La moquette vieillissante, grise avec motifs, comptabilisait de plus en plus de tâches non nettoyables qui attestaient de la maladresse des passagers du train. Tous les sièges étaient bleus et en bon état, bien que légèrement délavés par endroits.

Pink résonnait dans ses oreilles et Gaëlle s’amusa à observer une valise qui tanguait dangereusement, mal rangée, dans les porte-bagages au-dessus de l’allée. Juste en dessous, un jeune homme d’une vingtaine d’années somnolait contre la fenêtre et elle commença à se demander si ce fragile équilibre allait tenir tout le trajet. Elle se perdait dans ses pensées quand elle sentit la jeune femme à ses côtés s’agiter. Gaëlle ouvrit discrètement un œil et l’observa.

Elle secouait frénétiquement le genou, visiblement agacée, et lui lançait régulièrement des regards assassins en soufflant. Après un moment, Gaëlle comprit que c’était le son de sa musique qui indisposait sa voisine, et dût lutter contre une irrépressible envie de monter un peu le volume. Décidée à rester aussi civilisée que possible, elle se résigna à écouter moins fort et entendit la brune grommeler quelque chose.

— Vous m’avez parlé ? demanda-t-elle en retirant un écouteur.

Sa voisine la regarda, surprise, mais ne se démonta pas avant de répondre :

— Pas particulièrement, j’exprimais mon soulagement à ne plus avoir votre musique en bruit de fond étouffé et gênant, répondit-elle sèchement.

— Okay, s’exclama Gaëlle, commençant à s’échauffer de l’absence de tact de cette pintade.

En réponse à son comportement, elle augmenta encore le volume en la regardant droit dans les yeux et se permit même un sourire provocateur.

— Vous vous moquez de moi ? questionna la brune choquée.

— Je réagis simplement à votre amabilité.

— Et vous vous en moquez que le son étouffé et désagréable provenant de vos écouteurs dérange tous les passagers du compartiment ?

Gaëlle regarda autour d’elle et s’amusa de voir qu’il n’y avait qu’une dizaine de personnes, chacune dormant à poings fermés ou écoutant comme elle de la musique.

— À ce que je vois, ça ne dérange que vous.

— Soyez donc un peu civile et écoutez votre musique à un volume décent.

— Soyez donc un peu civile et demandez-le-moi poliment.

La brune se tendit en serrant les dents, luttant vraisemblablement contre l’envie de la gifler pour son insolence. Elle inspira et expira profondément avant de capituler.

— Pouvez-vous baisser le volume de votre musique ? S’il vous plaît.

Le dernier mot eut du mal à sortir et fut très sec, mais Gaëlle était satisfaite de cette petite victoire. Elle baissa donc le volume, se permettant un nouveau sourire provocateur qui fit soupirer sa voisine d’exaspération. »

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

Un commentaire

  1. Cela fait plusieurs fois que je me laisse tenter par un livre suite à un billet sur universL et ne suis pas déçue, merci aux rédactrices. J’ai passé un très bon moment avec ce livre de Clémence Albérie, sa lecture est fluide et plaisante. Les dialogues entre Gaëlle et Andréa nous plongent rapidement dans la curiosité de découvrir chacune. Les premiers échanges marqués par l’agacement de l’une envers l’autre, les remarques piquantes sur ton d’a-priori laissent peu à peu s’installer un attachement à ces rencontres quotidiennes puis une affection entre les deux passagères au fil des trajets et nous entraînent dans leurs émotions. Et je dois avouer que quand leurs jours de congé s’imposent (sans trajet maison-travail-train), on est un peu « suspendue » comme elles dans l’attente du prochain voyage de 6h22 😉
    Les personnages sont attachants et je trouve que l’auteure manie extrêmement bien la convergence entre une pudeur naturelle des deux femmes et la naissance d’un désir surprenant l’une comme l’autre. C’est un juste équilibre qui ne rend que plus réaliste cette histoire.
    J’ai lu l’e-book en 48h alors que mon habitude est plutôt de laisser traîner les romans sur quelques jours dans la lâche optique de ne pas « quitter » les personnages. Mais à y réfléchir c’est assez normal je crois que je me suis calée sur le rythme offert par la narratrice, et la hâte qu’elle a d’approfondir cette rencontre à chaque trajet. De la même façon, moi lectrice, j’étais happée dans ce wagon, observatrice attentionnée et touchée, intriguée de découvrir ce qui se cachait dans leur cadre de vie propre à chacune et de voir se réaliser leur « maintenant », les personnages prenant du relief au rythme des pages.
    Enfin je crois que tout simplement on s’approprie cette histoire et ses ressentis car qui ne s’est jamais laissé surprendre à imaginer connaître un peu plus un passager ou une passagère voisine lors d’un trajet en train ou en bus ?! Et je suis d’accord il n’est pas simplement question d’amour, de passion fougueuse ou de romantisme fleur bleue, les personnages secondaires sont également très attachants, notamment le cercle famille/ami de Gaëlle : Lola et Charlotte. Bref ce livre m’a ému, m’a fait sourire, m’a communiqué les désirs des personnages et me donne envie de vivre encore plus avec les autres… donc le pari est réussi pour moi !
    Merci aux Éditions Reines de cœur, que je découvre avec cette lecture, de rendre accessible ce genre de plaisirs littéraires, j’ai hâte de découvrir un peu plus votre catalogue !

Répondre