A Corps Perdu de Martha Bernitz

À Corps Perdu de Martha Bernitz

Titre Français : À Corps Perdu

Titre Original : À Corps Perdu

Auteur : Martha Bernitz

Date de Sortie : Mars 1999

Nationalité : Française

Genre : Autobiographie, Roman d'Amour

Nombre de Pages : 174 pages

Éditeur : Les Éditions de Paris

ISBN : 2-905291-84-2

À Corps Perdu : Quatrième de Couverture

Au soir de sa vie, Martha Bernitz tente de cerner son malaise, comme si, en le nommant, elle allait l’éloigner. Malaise des corps et des êtres, poids de la famille et des conventions, et tout simplement du monde qui nous emprisonne. Pour fuir le piège, échapper à ce rôle irrévocable, Martha, en révoltée quasi biologique, ruine convenances et valeurs établies, provoque, scandalise.
Du Berlin de l’orée du siècle au Paris des années folles, de la Baltique à l’Argentine et d’une guerre à l’autre, elle traverse l’histoire et les pays en somnambule, seulement occupée de sa conscience et de son corps.
Initiée, encore fillette, aux jeux lesbiens par une domestique, elle aimera d’autres femmes, son frère même et, de transgression en retraites, finira par se donner à un jeune amant qu’elle identifie à son fils abandonné à la naissance.
Dans cette confession arrachée à une mémoire qui se dérobe, une femme, sans regrets ni remords, nous plonge dans l’incurable solitude des êtres.

Martha Bernitz est née à Berlin à la fin du siècle dernier, dans une famille, de la grande bourgeoisie protestante. Elle a parcouru l’Europe et a fréquenté les milieux artistiques et scientifiques de l’entre-deux-guerres où elle se lia notamment avec Jung et Einstein. Elle est morte en France il y a trente ans. 

André Gillois, qui fut une des fois de la France libre sur la BBC, pendant la dernière guerre, a longtemps animé, à la radio française, une émission d’entretiens, Qui êtes-vous ?, où il a invité tous les écrivains et intellectuels du temps. Il a publié plusieurs romans et essais, ainsi que de nombreuses pièces de théâtre.

À Corps Perdu : Avis Personnel

Ce roman autobiographique n’est rien sans l’avant-propos d’André Gillois qui, en quelques mots, donne le ton de cet ouvrage : « Martha Bernitz est un pseudonyme. L’auteur l’a choisi pour que son fils, au cas où il vivrait encore au moment où serait publié cet ouvrage, ne fût pas choqué par les péripéties d’une existence un peu trop érotique.
[…] Si je présente aujourd’hui son œuvre, c’est que j’en suis, malgré moi, un peu responsable. Au cours de l’année 1949-1950, en effet, alors qu’elle vivait en France, elle écoutait la radio. Mon émission Qui êtes-vous ? y était diffusée chaque semaine avec un réel succès, dû à mes célèbres invités (François Mauriac, Louis de Broglie, Simone Signoret, pour ne citer que ceux-là…)
Ladite Martha s’en est à ce point entichée qu’elle a voulu s’interroger sur elle-même, et elle a écrit près de trois cents pages pour répondre à cette question : « qui suis-je ? » Elle m’a envoyé le manuscrit avec cette dédicace : « À André Gillois, explorateur de l’âme humaine. »

Rien qu’avec cette introduction, nous savons déjà presque tout. Une femme, au crépuscule de sa vie, va revenir sur son passé et se remémorer ce dernier afin de découvrir qui elle est. Dès son enfance bourgeoise où les conventions étaient indispensables, on découvre ce sentiment fort qui ne la quittera pas, d’une réalité différente de celle qu’elle vit. On apprend, au détour d’un paragraphe, qu’en étant initiée très jeune au plaisir sexuel par une domestique, elle avait l’impression de toucher un peu du doigt cette vérité qu’on lui refusait.

Il n’est pas question à proprement parler de lesbianisme puisque l’auteure, même si elle a eu deux relations avec des femmes, considère plus cela comme une expérience agréable et enrichissante que comme une réelle histoire d’amour. La différence de traitement est flagrante quand son premier amant entre en jeu. Il prend une place primordiale sans lien aucun avec le fait qu’il soit le père de son enfant.

Martha Bernitz parle des choses comme elle les a vécues ou plutôt comme elle s’en souvient. Sa relation incestueuse avortée avec son frère m’a déconcertée mais, ce que j’ai trouvé le plus surprenant, c’est l’étrange facilité avec laquelle on s’attache à cette femme qui finalement n’a jamais été véritablement heureuse parce qu’elle a toujours attendu plus ou autre chose. Malgré un égoïsme, un égocentrisme et un sentiment de supériorité vis-à-vis de la population en général, elle parvient à garder le lecteur prisonnier de sa quête jusqu’aux dernières pages.

Si vous arrivez à dépasser l’envie de juger ce personnage haut en couleur, vous aurez la sensation d’avoir un peu connu une femme assez surprenante et extraordinaire.

Un livre déroutant mais marquant, qui laisse un étrange sentiment d’inachevé à sa fermeture finale. À découvrir si vous en avez l’occasion.

À Corps Perdu : Extraits

« Le nom de Hilda vient d’apparaître. Je ne l’ai rencontrée pourtant que longtemps après la disparition de Greta, mais ma mémoire les rapproche toujours et le temps qui les sépare s’en trouve annihilé. Il en est ainsi de tous mes souvenirs. Ils ne se soucient pas de la chronologie et j’essaye vainement de les remettre en ordre. Vingt années se sont écoulées entre les deux guerres que j’ai traversées, mais elles s’enchaînent dans mon esprit comme Greta et Hilda. Et si je m’entête à fixer la date des évènements pour tracer mon histoire, j’ai l’impression de me forger artificiellement une unité que je n’ai pas.
Mes amours féminines font de moi un certain personnage, et c’en est un autre qui a participé au drame universel. Entre les deux, je cherche en vain des points communs, tandis que je distingue mal ce qui sépare la fillette que je fus pour Greta et la jeune fille que connut Hilda.
Ce n’est donc pas moi que je trouve en moi, mais une combinaison de moi qui d’entremêlent, se chevauchent, et parfois se combattent. Je suis d’abord encline à refuser ce fouillis, mais il est finalement plus vrai qu’une série de coupes transversales faites à chaque époque de ma vie pour savoir ce que j’étais alors. » (Page 43)

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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