A Marine Story : Interview de Dreya Weber, l’interprète d’Alex

A Marine Story : Interview de Dreya Weber, l'interprète d'Alex

Interview accordée à Rachael Scott, le 20 Avril 2011 pour le site Gaydarradio.com

Sous la politique du « Don’t Ask, Don’t Tell » des Forces Armées américaines, les homosexuels peuvent seulement servir s’ils gardent leur orientation sexuelle privée et ne se livrent à aucune activité homosexuelle. Le Président Obama a abrogé cette loi de 1993 en décembre 2010, amorçant ainsi un passage à des forces armées dans lesquelles les soldats homosexuels n’auront désormais plus besoin de dissimuler leur orientation sexuelle pour pouvoir servir.

Dans A Marine Story, Dreya Weber joue le rôle d’un commandant décoré qui est « outé » et jeté des Marines. Le film met en lumière l’absurdité de la politique à travers l’histoire personnelle d’une femme courageuse qui se bat pour l’égalité dans l’armée et dans le monde civil où elle est confrontée au sexisme et même pire, à l’intolérance.

En plus d’être une actrice accomplie, Weber est une trapéziste et une artiste aérienne pour célébrités. Elle fait des acrobaties dans les airs et a conçu et chorégraphié trois tournées de Pink, la tournée « Circus » de Britney Spears et le Live de Cher au Cæsar’s Palace. Elle a aussi travaillé avec Madonna, Christina Aguilera, 50Cent et Michael Jackson.

Qu’est-ce qui vous a motivés, vous et votre mari, le directeur Ned Farro, à faire A Marine Story et qu’est-ce qui vous a intéressé avec la politique du « Don’t Ask, Don’t Tell » ?

À la base quand nous avons développé l’idée, cela était orienté sur le côté pratique du tournage. Nous faisons des films avec de très petits budgets provenant de financements indépendants et avec A Marine Story c’est en grande partie notre propre financement qui a permis au film de se faire.

Nous devions avoir une histoire portée par des personnages qui n’ont pas besoin de fioritures, d’effets spéciaux ou de grands castings prestigieux. Nous voulions faire une histoire avec un protagoniste féminin et je voulais avoir une histoire avec un côté physique. Nous sommes très intéressés par la création d’histoires par lesquelles nous nous sentons passionnés.

Dès qu’on a commencé à cibler le type de personnage féminin qui pourrait jouer dans un drame contemporain où il y aurait des éléments d’action et une problématique qui nous importe, mettre une femme dans une situation militaire semblait être un environnement très riche.

Le « Don’t Ask, Don’t Tell » a beaucoup été mis en lumière par la presse au moment où nous réfléchissions à ce qu’on allait faire. Donc toutes ces choses nous ont conduits à nous concentrer sur une femme qui faisait l’expérience du type de problème évoqué par les membres gays et lesbiens du service militaire et par la politique du « Don’t Ask, Don’t Tell ».

Vous avez dit que vous aviez parlé aux anciens personnels militaires homosexuels lors de vos recherches pour le rôle. Quelle fut la chose la plus surprenante que vous ayez apprise ?

La chose la plus surprenante que j’ai apprise, et cela vient davantage des histoires que j’ai lues que celles dont j’ai discuté avec les gens, bien que cela fut renforcé par ce que les gens disaient, fut qu’en dépit des horreurs personnelles, du prix d’avoir à servir dissimulé et du processus d’exclusion, la personne disait inévitablement et invariablement que le service militaire était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée, qu’elle servirait encore sans hésiter, qu’elle ne changerait jamais ça. C’était très inattendu pour moi.

Je m’attendais à trouver des gens qui, selon moi, seraient justement en colère vis-à-vis d’une politique de discrimination. Ça m’a vraiment ouvert le cœur vis-à-vis des gens prêts à servir et aimant le militarisme. Ils ont vécu tellement d’expériences : la camaraderie, les codes de l’éthique, la sensation de faire partie d’une fraternité ou d’une sororité, se sentir faire partie d’une grande famille qui surveille vos arrières.

Le directeur demande si les militaires ont davantage peur des homosexuels que de Oussama Ben Laden. Que pensez-vous de cette déclaration ?

Cette déclaration renvoyait directement au fait que des traducteurs Arabes et Persans furent jetés de l’armée parce qu’ils étaient gays, au moment où nous avions besoin de chaque traducteur que nous pouvions avoir pour pouvoir gérer le flux d’information provenant du Moyen Orient.

En 2005/2006, quand nous développions cette histoire, il y avait beaucoup de traducteurs qui se faisaient virer. Si vous virez des personnes homosexuelles quand vous avez désespérément besoin d’elles pour la sécurité nationale, alors le message que vous envoyez est que vous vous préoccupez moins de la sécurité de votre pays que du fait qu’il y ait des personnes homosexuelles dans l’armée. Donc je pense que cette déclaration est très juste, au moins pour le message qu’envoyait le « Don’t Ask, Don’t Tell ».

À côté de l’inégalité et de l’injustice que sont le bannissement des personnes gays du service militaire, à votre avis, quelles sont les grandes répercussions sur la société en général d’une telle politique ?

Si nous soutenons les préjugés, et que notre gouvernement soutient les politiques discriminatoires, il va y avoir d’énormes répercussions négatives sur la société, parce que tout d’abord il y a de très gros employeurs qui donnent le ton. Tout le principe des militaires est que vous êtes formé à suivre les ordres. Vous n’avez pas nécessairement la possibilité de vous poser la question de la justesse ou non de ces ordres. Donc si quelqu’un vous dit qu’une personne ne mérite pas de servir ouvertement parce que la loi a un parti pris, eh bien quand ces gens qui servent sous ce système sortent dans le monde civil ils en seront affectés et pourront potentiellement avoir une attitude discriminatoire parce que c’est le système tel qu’ils le connaissent.

Le service militaire a un profond effet sur les gens, et largement positif je pense. Un sentiment d’appartenance à une famille, un sentiment de soutien et donc c’est très important que notre système militaire prenne les devants et montre que nous n’avons pas besoin de soutenir les politiques intolérantes et discriminatoires. Nous avons besoin d’être respectueux des droits civiques de chaque être humain, spécialement pour les gens qui ont choisi de servir notre pays et de donner leur vie en le servant.

Pensez-vous que l’administration actuelle en fait assez pour abolir la politique du « Don’t Ask Don’t Tell » ?

J’ai personnellement toujours cru qu’Obama allait abroger le « Don’t Ask Don’t Tell » et l’année dernière, avant que la politique ne soit abrogée, les gens nous demandaient pourquoi dans ce film nous choisissions de faire la Une avec quelque chose qu’il avait abrogé, quand bien même nous avions filmé ça un an et demi avant que la politique ne soit annulée. C’est parce que je pense qu’il était sincère et qu’il s’y est pris d’une façon très méthodique – pour pouvoir passer à travers l’administration judiciaire, pour avoir le soutien militaire et puis faire que le congrès en termine avec ça. Sinon je pense qu’il aurait été trop facile pour quelqu’un de revenir sur sa décision.

J’aurais souhaité que cela se fasse plus vite. J’ai trouvé ça vraiment triste que des gens continuent de se faire jeter pendant la période où la politique était étudiée alors que le processus était en route. Je ne sais pas. C’est stratégique ce que l’administration est en train de faire, comme j’ai dis, j’aurais souhaité que cela bouge plus vite, mais je crois qu’ils ont de meilleurs intérêts à annuler cette politique et mettre la nouvelle loi en application.

Vous avez servi de productrice sur le film. Qu’est-ce que cela impliquait ?

Ça implique d’engager une équipe, de faire le budget, de trouver les lieux, de faire des castings, de conduire les véhicules utilitaires, de prendre soin des acteurs et de l’équipe, d’aider les acteurs, de s’approvisionner. Clairement, à notre niveau c’est s’occuper de tout. Je pense qu’une question plus pertinente aurait été : qu’est-ce que cela n‘implique pas de produire un long-métrage indépendant ? Ça implique vraiment tout.

On dirait que beaucoup de choses sont allées de travers lors du tournage. Vous avez eu une réaction allergique à un type de maquillage et trouvé un animal mort dans le réservoir d’eau une fois l’eau bue. Quelles autres choses ont repoussé les limites du tournage ?

Oh mon Dieu – les problèmes sur place ont été un énorme challenge à surmonter. Nous avons perdu ce qui devait être la maison Everett au milieu du tournage et nous avons dû arrêter le tournage pendant dix jours devant alors parcourir Los Angeles dans un rayon de 161km à la recherche d’un nouveau lieu. Celui que l’on a trouvé était beau, la maison en haut de la colline avait une vue panoramique à 360° sur la campagne, exactement ce que Ned avait imaginé et ce que nous avions écrit dans le script.

Quoi d’autre ? Les voitures qui tombent en panne, l’équipement qui ne fonctionne plus, les accidents avec les véhicules de la production, Dieu merci personne n’a jamais été blessé. Quoi d’autre ? Des acteurs en retard, des gens de l’équipe en retard, des problèmes de son avec la production – et ça continue encore et encore. Une fois que c’est passé vous oubliez avec bonheur la plupart de tout ça.

Comment avez-vous trouvé Paris Pickard et qu’est-ce qui faisait d’elle la bonne actrice pour le rôle de Saffron ?

Nous avons rencontré Paris grâce à un ami commun. Elle est venue à une soirée chez nous. C’est quelqu’un que l’on remarque, elle est très grande et très belle. Elle avait essayé d’avoir le rôle de Saffron à peu près deux ans auparavant. Nous avions auditionné plusieurs actrices et avions donné le rôle à l’une d’entre elles, mais elle ne pouvait pas le jouer parce qu’elle était tombée enceinte. Et puis les retards dans la production nous ont aussi fait changer l’équipe d’acteurs. Et finalement il a semblé que nous allions tourner le film et puis nous avons trouvé Saffron qui nous a vraiment encouragés à persévérer parce que la distribution de ce rôle était clef.

Une de ses qualités était d’être au paroxysme de la féminité, mais en ayant toujours une sorte de côté adolescent, ce qui était vraiment parfait pour le rôle de Saffron. En plus, elle est taillée pour ça, parce qu’elle est tellement grande, nous pensions vraiment qu’elle ferait une Marine crédible à la fin du film. À côté de ça, elle a un esprit parfait pour quelqu’un qui a perdu sa famille : un peu perdue, une combattante, quelqu’un d’un peu irritable qui se battra bec et ongles avec quiconque la provoquera. Nous avons aussi apprécié qu’elle soit plus grande que moi, et ça fait un très bon effet visuel, tout spécialement quand je deviens son mentor, quand je la prépare pour le service militaire.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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