Acide Sulfurique d’Amélie Nothomb

Acide Sulfurique

Titre Français : Acide Sulfurique

Auteur : Amélie Nothomb

Date de Sortie : Août 2005

Nationalité : Belge

Genre : Roman Contemporain

Nombre de Pages : 198 pages

Éditeur : Albin Michel

ISBN : 2253121185

Acide Sulfurique : Quatrième de Couverture

Concentration : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée.
Étudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi. Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l’audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s’élève mais personne ne s’abstient de voter et Pannonique joue sa vie…Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d’hypocrisie bien-pensante où l’individu a perdu toute liberté d’agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l’humanité selon Nothomb… »Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus: il leur en fallut le spectacle »

Acide Sulfurique : Avis Personnel

Amélie Nothomb a le don de nous transporter dans un nouvel univers à chaque nouveau livre.

Acide Sulfurique est une réflexion sur la lâcheté humaine et sur les limites (ou l’absence de limite) de la télé-réalité, ou encore de la société du spectacle et du voyeurisme qui en découle. Elle reprend le triste constat des camps de concentration où des personnes qui étaient au courant de l’horreur n’ont rien fait pour l’empêcher. L’excuse de l’ignorance des sévices infligés à d’autres êtes humains était encore possible à l’époque pour ceux qui ont fait preuve de lâcheté lors de la Grande Guerre. Dans le monde pensé par Amélie Nothomb, aucune excuse n’est envisageable pour le téléspectateur de la nouvelle émission « Concentration ». Ce dernier sait que les victimes ont été choisies au hasard, enlevées dans la rue comme des animaux, et endurent à la vue de tous et des caméras les pires souffrances (violences, emprisonnement, rationnement alimentaire, exécutions sommaires…). Comme lors de la Seconde Guerre mondiale, personne ne fait rien pour empêcher cela et l’émission devient même un phénomène suivi par tous et commenté par les journaux à scandales.

Les organisateurs de cette émission, ceux qui sont de l’autre côté des barreaux, sont appelés Kapos et leur bêtise n’égale que leur cruauté.

Parmi les victimes de cette émission, Pannonique est une jeune femme se démarquant du reste de ses semblables. Tout d’abord elle est d’une beauté rare et frappante. Elle est décrite comme une jeune femme sublime et subtile. Autre signe distinctif : elle a compris que la télévision, dans sa quête de voyeurisme, voulait voir du désespoir et de la souffrance sur les visages des victimes. À partir de ce moment-là, elle décide de devenir muette et de ne rien laisser paraître de ses émotions, ce qui attire encore plus les projecteurs sur elle. Personne ne connaît son prénom, dans sa dignité et malgré ce qu’elle subit, elle parvient, grâceà son intelligence et à sa force de caractère, à se placer au-dessus de tout le monde.

La Kapo Zdena est une jeune femme qui est tout l’inverse de Pannonique. Elle est bête, méchante, et, si ce n’est laide, du moins quelconque. Elle est fière d’être du côté « des forts » et elle ne s’émeut pas de la souffrance qu’elle peut causer à autrui. Au contraire, cette position est une revanche sur sa vie et elle s’en délecte. Quand elle rencontre Pannonique, elle n’avait jamais rien vu de pareil. Elle tombe en admiration devant elle et commence à nourrir une obsession. Elle veut savoir comment elle s’appelle, elle veut entendre le nom de sa voix.

Elle considère Pannonique comme la perfection à l’état pur, chaque fois qu’elle la regarde, l’émotion s’empare d’elle. Zdena va donc tenter de se rapprocher d’elle par tous les moyens. Il serait difficile de savoir si Zdena se découvre lesbienne après cette rencontre. L’intrigue générale, l’introspection et de la finesse de la psychologie des personnages décrites divinement par Amélie Nothomb sont bien plus profondes et plus complexes que cela. Évidemment, Zdena veut posséder Pannonique. Mais, qui ne voudrait pas en faire autant face à la perfection ? Car, il faut le reconnaître, personne ne reste de marbre face à Pannonique et elle sait réveiller chez chacun des sentiments variés et, pour le moins, viscéraux.

Va commencer le jeu de Zdena avec Pannonique…

Nous ne trouvons pas réellement de contenu lesbien à proprement parler dans ce roman, mais y observons des réflexions intéressantes sur fond de tentative de rachat pour qu’une femme puisse obtenir l’intérêt et le respect d’une autre femme qui est devenue sa raison d’exister.

Je recommande vivement cette lecture dont le style, comme toujours, est superbe et poignant.

Acide Sulfurique : Extraits

« VINT le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut le spectacle.

Aucune qualification n’était nécessaire pour être arrêté. Les rafles se produisaient n’importe où : on emportait tout le monde, sans dérogation possible. Être humain était le critère unique.
Ce matin-là, Pannonique était partie se promener au Jardin des Plantes. Les organisateurs vinrent et passèrent le parc au peigne fin. La jeune fille se retrouva dans un camion.
C’était avant la première émission : les gens ne savaient pas encore ce qui allait leur arriver. Ils s’indignaient. À la gare, on les entassa dans un wagon à bestiaux. Pannonique vit qu’on les filmait : plusieurs caméras les escortaient qui ne perdaient pas une miette de leur angoisse.
Elle comprit alors que leur révolte non seulement ne servirait à rien, mais serait télégénique. Elle resta donc de marbre pendant le long voyage. Autour d’elle pleuraient des enfants, grondaient des adultes, suffoquaient des vieillards.
On les débarqua dans un camp semblable à ceux pas si anciens des déportations nazies, à une notoire exception près : des caméras de surveillance étaient installées partout.

AUCUNE qualification n’était nécessaire pour être organisateur. Les chefs faisaient défiler les candidats et retenaient ceux qui avaient “les visages les plus significatifs”. Il fallait ensuite répondre à des questionnaires de comportement.
Zdena fut reçue, qui n’avait jamais réussi aucun examen de sa vie. Elle en conçut une grande fierté. Désormais, elle pourrait dire qu’elle travaillait à la télévision. À vingt ans, sans études, un premier emploi : son entourage allait enfin cesser de se moquer d’elle.
On lui expliqua les principes de l’émission. Les responsables lui demandèrent si cela la choquait.
— Non, c’est fort, répondit-elle.
Pensif, le chasseur de têtes lui dit que c’était exactement ça.
— C’est ce que veulent les gens, ajouta-t-il. Le chiqué, le mièvre, c’est fini.
Elle satisfit à d’autres tests où elle prouva qu’elle était capable de frapper des inconnus, de hurler des insultes gratuites, d’imposer son autorité, de ne pas se laisser émouvoir par des plaintes. »

A propos de Edwine Morin

Relectrice et Chroniqueuse Occasionnelle. Passionnée par les séries télévisées, elle en dévore depuis des années dans tous les thèmes possibles et ses préférences sont si hétéroclites qu'il est difficile d’en trouver les limites. Romantique dans l’âme, elle a succombé au charme d’I Can’t Think Straight et de Loving Annabelle tout en étant fan du travail de Quentin Tarantino.

Un commentaire

  1. Si on veut faire le tour des livres D’Amélie Nothomb, on peut faire allusion à Antéchrista,
    Un baiser à la fin du bouquin.. tout à fait inattendu.. Et c’est une drôle de façon de faire taire son tortionnaire.
    Ou encore Pétronille, dont l’orientation sexuelle reste mystérieuse d’après l’écrivain.

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