Amsterdam Gay Pride

Gay Pride Amsterdam


Mercredi 30 juillet

En cette semaine de Gay Pride à Amsterdam, toute la ville est aux couleurs du rainbow flag. Ici on ne fait pas les choses à moitié, il faut dire. Tout d’abord la Gay Pride n’est pas un simple défilé de char. C’est une semaine entière de festival avec plus de 317 évènements organisés, le tout dédié à la culture homosexuelle. Même si avouons-le, le clou du spectacle reste la Boat-parade sur le canal du Prince ou dans la langue batave le Prinsengracht (à prononcer Prineseunrrrrrarrrrrt). Ensuite, c’est une ville entière qui célèbre l’évènement. Les drapeaux s’affichent sur toutes les devantures y compris une gigantesque tenture multicolore recouvrant une partie du Consulat des États-Unis d’Amérique… Classe ! J’avoue, je suis un peu jalouse. Seul le drapeau tricolore flotte sur notre consulat français.

Le programme du festival se retrouve lui à chaque coin de straat, et on y apprend qu’il y aura, par exemple, des jeux olympiques Drag Queen, vendredi soir, avec lancer de sac à main et course en talons hauts. Le tout sur le site de l’Homomonument… « Kesako ? » me demanderez-vous avec un sourcil perplexe. Eh bien, figurez-vous qu’Amsterdam possède une stèle à la mémoire de tous les homosexuels ayant perdu la vie en raison de leur orientation sexuelle. Et devinez quoi ? Cette stèle se trouve juste à la porte d’une église protestante datant de 1630, nommée Westerkerk, et dont la célèbre tour couronnée d’une boule bleutée est le point de repère incontournable des touristes recherchant la maison d’Anne Franck. Personne ne semble trouver à y redire. Et en parlant d’église, on apprend également qu’un office « rose » a été célébré le 26 juillet en ouverture du festival, et qu’un service religieux spécial Gay Pride aura lieu le dimanche 3 Août à l’église Keizergrachtkerk (je sais, je sais, ça fait un peu mal aux yeux, mais croyez-moi, c’est pire à entendre et terrible à prononcer sans Strepsil). Religion et homosexualité ? Mais où est le problème ? Ici, on pourrait presque croire qu’il n’y en a aucun.

Au programme également, la projection de dizaines de films gays et lesbiens, des expos, des ateliers de réflexion, des marches de soutien aux pays où il ne fait pas bon vivre lorsqu’on est gay, des fêtes en veux-tu en voilà… Oh oh ! La boîte gay installée dans ma rue, à quelques pas de chez moi (et qui s’appelle Church… décidément) organise une soirée Underpants on Sunday. Dress Code : sous-vêtements only. Et une petite note en bas de page : les filles en lingerie sont aussi les bienvenues. Hum, c’est sympa de penser à nous, mais je pense que je vais passer mon tour sur ce coup-là. Dans l’absolu et par principe, j’aime l’ouverture d’esprit que donne la mixité. Mais dans les faits, un évènement mixte de ce genre, à Amsterdam comme à Paris ou à Londres, va se conjuguer à 90% au masculin. C’est la loi du milieu ! Autant dire que je dois m’attendre à voir pas mal de mecs en slip dans ma rue ce dimanche !

Ah tiens, une petite précision fun captée au passage sur l’un de ces points d’information : Conchita Wurst grande gagnante de l’eurovision sera présente sur un des bateaux de la parade… Mais va-t-elle chanter ? C’est toute la question ! En tout cas, tout cela promet du bon temps dans une ambiance festive et décontractée. La Pride semble prendre tout son sens ici, car on a la sensation que les amstellodamois, qu’ils soient gays ou non, sont fiers de leur festival et de l’ouverture d’esprit de leur ville.

Samedi 02 Août

9h45 – J’ouvre un œil ensommeillé après une nuit à combattre des moustiques néerlandais particulièrement belliqueux… Mais qu’est-ce que j’entends ? On dirait… du Jean-Michel Jarre ! Mmm, Amsterdam se réveille déjà et se prépare au grand jour. La musique vient du Prinsengracht, une rue parallèle à la mienne. Et ce n’est qu’un début !

14h – Je me décide à sortir, histoire de voir de plus près ce que j’entends depuis près de cinq heures maintenant. Voir est un bien grand mot cela dit. Le canal est bondé aussi bien dans l’eau que sur terre. Je passe ici tous les matins pour aller travailler, c’est à peine si je reconnais l’endroit. Pas une once de bitume sans un être humain. On se tord le cou pour voir les bateaux passer. On monte sur tout ce que l’on trouve (poubelles, bornes électriques, tuyaux divers), certains ont prévu leur chaise de camping, mais j’imagine qu’ils sont là depuis l’aube. Si on est chanceux, on profite de la vue de son appartement. Tiens d’ailleurs, je vois une vieille dame d’un âge respectable qui se penche à sa fenêtre. Elle a tout l’air d’apprécier le spectacle.

Les chars sont un peu des répliques flottantes de ce qu’on peut voir dans d’autres Gay Pride. Colorés, remplis d’hommes et de femmes souvent déguisés, parfois dénudés, se balançant au rythme de la musique électro. Petite attraction locale, les water-jets. Des types en costumes et cravates se prennent pour James Bond et volent sur l’eau en arrosant la foule. J’avoue, ça a l’air plutôt fun. La foule, tout autour, est diverse. Des gays, des lesbiennes, des trans, des drags, des bykers en kilt, des hétéros enthousiastes, des petites familles dont les enfants brandissent les drapeaux arc-en-ciel, des policiers souriants mais rougeauds qui semblent cuire dans leurs uniformes, et quelques touristes perplexes qui n’avaient visiblement pas vérifié le calendrier évènementiel d’Amsterdam avant de réserver.

16h00 – Un rafraichissement gratuit made in Hollande… Non, non, ce n’est pas un Mojito au Gouda (qu’ici on prononce Rrrraouda, soit dit en passant), mais une bonne douche orageuse. Le genre de pluie drue et fraiche qui provoque inévitablement des rires hystériques, des cris et des courses effrénées totalement inutiles puisqu’en moins de dix secondes, vous êtes de toute façon trempé. Qu’on se rassure, cela n’arrête nullement la fête ni la musique. Le soleil revient une petite heure plus tard. C’était juste un petit clin d’œil météo pour ne pas oublier qu’on se trouve en Hollande, le pays qui ne connait jamais la sécheresse.

18h15 – Fin de la parade. Je n’ai pas vu Conchita mais ce n’est pas grave. C’était quand même cool ! La musique n’a pas l’air de vouloir se calmer d’ailleurs. La nuit va être longue !

En conclusion, oui la Gay Pride d’Amsterdam vaut le coup d’œil. Et sans aucun doute, les Pays-Bas sont un des pays les plus progressistes sur ce sujet, comme sur d’autres. Les habitants d’Amsterdam ont l’esprit ouvert et accueillent les touristes avec un sourire et un anglais parfait, parfois même quelques mots de français. Toutefois, attention à ne pas penser qu’il s’agit du paradis LGBT européen. Le visage d’Amsterdam change lorsque vous passez du statut de touriste à celui de résident expatrié. Si les esprits sont ouverts, les maisons le semblent un peu moins. Et il est notoirement difficile de franchir la limite de simple cordialité avec nos collègues ou voisins néerlandais.

Pour finir, les conseils de la Grande Yaka Faucon pour une parfaite expérience de la Gay Pride d’Amsterdam :

  • Y ‘a qu’à penser à porter des chaussures plateforme du genre vraiment pur plateau pour y voir quelque chose, parce que les hollandais, sans rire, ils sont vraiment grands.
  • Faut qu’on s’entraine quelques semaines avant parce qu’entre les relents de Heineken et ceux des joints en vente libre dans tous les coffee shops, il y a de quoi avoir la tête qui tourne !

 

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

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