Autrice avec un « rice » comme Ambassadrice

autrice feminisme

Comment nommer une femme qui écrit ? Un auteur, une auteure, une autrice ? C’est un débat récurrent qui occupe la toile et les salons feutrés depuis un bon moment déjà. J’ai commencé à voir apparaître ce terme d’autrice, il y a deux ans environ. Et dans un premier temps, je dois dire que je l’ai regardé avec un peu de perplexité. Autrice ? Tiens donc… Voilà qui sonnait un peu étrangement aux oreilles. D’où venait donc ce mot et pourquoi apparaissait-il soudain ? Ma curiosité était piquée.

J’ai donc surfé sur les débats avec un esprit plutôt ouvert sur la question. Pour ou contre, mon opinion était loin d’être figée. Les arguments du pour étaient intéressants. Utiliser « autrice » serait une sorte de combat par le verbe contre la transparence féminine dans la littérature, un geste militant féministe en somme.

Pourtant, bizarrement, ce sont d’avantage les arguments du contre qui m’ont poussée vers le pour, si j’ose dire. Le plus courant de ces arguments est « Autrice, c’est moche ! ». Mmm, ah bon ?… Mais pourquoi ce serait plus moche que … Je ne sais pas institutrice ou conductrice par exemple… Ou bien saucisse ? Ah non, là c’est l’appel du déjeuner qui parle. Bref, à mon sens, un mot n’est ni beau ni laid, il sonne juste étrangement parce que l’on n’a pas l’habitude de l’entendre.

Autre thème récurrent : pourquoi ne pas simplement mettre un e au bout de auteur ? « Auteure », c’est vrai, c’est bien pratique. Je l’ai utilisé moi-même un bon moment. Ça permet de féminiser un peu le mot, sans contrarier les foules. C’est bien, c’est consensuel. Sauf qu’au bout d’un moment, je me suis demandé, si j’avais vraiment envie d’être consensuelle, et surtout quelle foule j’allais contrarier au final.

Et c’est là que je suis tombée sur l’argument final. Celui qui m’a décidée à utiliser « autrice ». L’Académie Française… Oui, ça peut paraître contradictoire, vu que ce sont sans doute les plus grands opposants à la féminisation du mot auteur. Je n’en ai pas l’air comme ça, je sais, mais j’ai un esprit de contradiction assez pénible. J’ai donc été voir les publications de cette chère et vénérable institution qu’est l’Académie Française. Et que lis-je ? En gros : « Oh rage ! Oh Désespoir ! Oh Féministes ennemi(e)s ! (qui massacrent la langue de Molière) Non, non, point n’est besoin d’un « e » et encore moins d’un « rice », car mesdames, sachez le… Le masculin ici ne désigne pas l’homme, le mâle, mais bien l’humanité dans sa globalité. Ne restreignez donc pas le masculin générique ou masculin de genre. Vous n’avez pas besoin de féminiser ce mot, car il n’est point masculin au final… Oh Impies ! Que nos cœurs d’académistes distingués saignent devant ces aberrations de la langue française… » Blablabla…

Bon là, je vous ai fait la version lyrique. Mais pour simplifier encore, disons que les académiciens et académiciennes nous disent clairement : « Vous, auteur femme, vous n’avez pas besoin d’un terme pour vous désigner ». Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie de jeter un œil sur la composition de l’Académie Française. En 2015, elle était composée de 36 hommes pour 4 femmes… Hum… Comment dire… Ça me fait un peu penser à ces hétéros qui nous disent que nous n’avons pas besoin d’une pride… À la mère de famille en jupe plissée et socquettes blanches qui nous soutient que nous n’avons pas besoin d’un mariage ou de l’adoption. Ou encore au type blanc de classe de moyenne qui prétend qu’on exagère largement les conséquences du racisme. Pas vous ?

Bref, on dira ce que l’on veut à  l’Académie Française, mais quand on entend « un auteur », on pense à un homme. Le refus de faire évoluer les choses pour cesser d’invisibiliser les femmes n’est pas nouveau, loin de là, surtout pour des instances contrôlées par des hommes depuis la nuit de temps. Il ne s’agit même pas forcément d’une volonté latente d’ailleurs, mais plutôt de l’aveuglement d’une frange de la population pour qui le privilège est tellement ancré qu’il est devenu habitude.

Pour conclure, je dirai à tous ceux qui pensent que le terme autrice est inutile de bien y réfléchir… Êtes-vous bien placée pour émettre ce jugement ? Parce que personnellement, je n’ai plus envie de laisser quelqu’un qui n’a aucune idée de ce que je ressens, décider de ce dont j’ai besoin ou non.

Voilà ! C’était la Grande Yaka Faukon, en direct de Grognon-ville la Petite… À vous les studios !

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

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