Burn Burn Burn : Interview de la réalisatrice, Chanya Button

Chanya Button - Burn burn burn

Interview accordée à Daniela Costa le 28 mai 2016 pour le site Afterellen.com

« C’est Thelma et Louise rencontre Casper » dit le mort, et il a absolument raison. Burn Burn Burn est une comédie où deux meilleures amies, Alex [Chloe Pirrie] et Seph [Laura Carmichael] font un road-trip pour disperser les cendres de leur autre meilleur ami, Dan [Jack Farthing]. Dan les guide pendant leur parcours à travers des vidéos, en leur disant clairement que ce voyage leur servira aussi à régler leurs propres problèmes. Aucune des deux jeunes femmes n’est heureuse à son travail, et aucune des deux ne retire ce dont elle a besoin de sa relation : Seph avec son petit-ami, James, et Alex avec sa petite-amie, Pandora.

Nous avons discuté avec la réalisatrice du film, Chanya Button. Elle nous a dit que le film lui tenait beaucoup à cœur, que l’amitié de Seph et Alex était extrêmement importante et nous a parlé du fonctionnement du personnage d’Alex.

Attention : spoilers en vue.

Charlie Covell a écrit le scénario de Burn Burn Burn. Qu’est-ce qui vous a plus dans le film pour vous veniez à le réaliser ?

C’était un projet que Charlie et moi avions monté ensemble. Tout est parti de notre amitié. Il y avait beaucoup de projets canadiens et états-uniens centrés sur des femmes qui dépeignaient très bien notre génération. Et il y a avait une question de taille et d’échelle aussi. Beaucoup de nouveaux talents ont réussi à faire un excellent travail.

Il n’y avait rien au Royaume-Uni qui ressemblait à ça. Burn Burn Burn est donc un peu une bouteille jetée à la mer pour que d’autres fantastiques réalisateurs se réveillent.

Puisque ce film est diffusé dans des festivals LGBT, certaines personnes vont se demander, rien qu’en regardant les affiches promotionnelles, si Alex et Seph sont ensemble. J’ai vu le film et je sais que ce ne serait pas malin de faire ça sans faire beaucoup d’autres changements. Mais, avez-vous été ne serait-ce que tentée de les faire devenir plus qu’amies ?

Non. Pas du tout. Je me sens très chanceuse d’avoir un groupe d’amis extrêmement diversifié au niveau de leurs expériences, de leurs genres, de leurs sexualités et de leurs races. Je crois que c’était important pour nous de montrer que vous pouvez avoir une amitié profonde entre une hétéro et une lesbienne sans que ça ne débouche sur quoi que ce soit. Ce n’est pas quelque chose d’automatique. Il n’a jamais été question de ça dans l’histoire principale et comme histoire secondaire on avait juste l’impression que c’était un cliché qu’il fallait éviter.

Le film est diffusé au festival Inside Out de Toronto. C’est génial, mais aviez-vous peur qu’il ne soit pas très bien accepté dans les festivals LGBT parce qu’il n’est pas « super gay » ?

On ne pensait pas vraiment aux festivals quand on a fait le film. On essayait juste de faire un film qui nous représentait nous, nos intérêts, notre amitié. Le film reflète beaucoup nos propres vies et, en cela, il est sincère. Du coup, si les festivals de films LGBT retirent quelque chose de notre travail et du fait qu’il y ait un personnage lesbien et un hétéro et qu’ils ne finissent pas ensemble, c’est super. L’autre personnage principal, Dan, interprété par Jack Farthing, n’est pas hétérosexuel non plus.

Même si Seph fricote pendant leurs péripéties, Alex non, mais c’est surtout parce qu’elle sort d’une relation toxique. Pourquoi ne lui avez-vous rien donné à se mettre sous la dent au niveau amoureux ?

Parce qu’elle est vraiment traumatisée. Et son trauma n’a rien à voir avec sa sexualité. C’était quelque chose de très important pour moi. Il y a beaucoup de choses qu’elle préfère éviter d’analyser. Cela est lié à sa relation avec sa mère et à la mort de sa sœur lors de son enfance. Elle a développé cette espèce de culpabilité affreuse pour tout et tout le monde. Elle se sent responsable de tout le monde. Si quelque chose de mal se produit, elle pense que c’est sa faute. C’est quelqu’un de secret. Ce n’est pas le genre de personne à coucher avec quelqu’un comme ça. Pas du tout. Ce n’est pas elle.

Qu’est-ce qui permet à Alex de s’ouvrir et de se confier à une personne horrible comme Pandora ?

Qu’est-ce qui nous fait nous ouvrir à de mauvaises personnes ? On tombe tous amoureux de personnes terribles. C’est quelque chose de vraiment universel auquel je n’ai aucun mal à m’identifier. On s’ouvre aux mauvaises personnes. C’est, malheureusement, quelque chose que l’on apprend au fil de notre vie, surtout quand on a la vingtaine et que tout est un peu chaotique, qu’on ne sait pas ce qu’on fait. On se retrouve dans une relation toxique avec quelqu’un qui n’est pas fait pour nous. Je crois que c’est le genre de personne qui se sent responsable de tout. Donc si jamais sa petite-amie est nulle, si jamais Pandora est horrible, elle se dit probablement que c’est de sa faute et qu’elle va pouvoir arranger ça.

Est-ce correct de dire qu’Alex fuit ses problèmes ? Si oui, pourquoi ? Surtout si on prend en compte le fait qu’elle a plutôt tendance à contrôler les choses d’habitude.

Parce que son meilleur ami vient juste de mourir. Lorsque quelque chose comme cela arrive, si quelque chose de vraiment colossal vous arrive, vous réagissez d’une manière totalement inédite : la plaque tectonique sous vous bouge et vous réagissez comme vous n’auriez jamais pensé le faire.

Perdre leur meilleur ami les pousse toutes les deux à bout. Elles réagissent différemment, procèdent à de grands changements et Dan reste à leurs côtés, à travers ses vidéos, pour les aider.

Mais, on dirait que ça concerne quand même surtout Alex puisqu’elle ne fait pas non plus face aux problèmes avec sa mère. Alex semble donc réellement fuir ses problèmes plutôt que les affronter.

Elle ne fuit pas vraiment, elle intériorise beaucoup. Elle intériorise énormément, c’est comme ça qu’elle gère les choses.

Sa mère lui a explicitement dit que la mort de sa sœur était sa faute. Pour pouvoir pardonner sa mère et avoir une relation, peu importe laquelle, avec elle, il ne faut pas qu’elle aborde ce sujet. Donc, d’une certaine façon, elle évite les choses, mais elle évite le problème pour rester aux côtés de sa mère.

Alex ne dit rien à sa mère concernant sa sexualité. Est-ce parce que sa mère est religieuse ou simplement parce qu’à cause de ce qu’il s’est passé avec sa sœur elles ne communiquent plus ? Ou une combinaison des deux ?

Nous n’avons jamais voulu sous-entendre que cela était dû à la religion ou à leur statut socio-économique. Cela a plus à voir avec le fait qu’elle a grandi avec sa mère qui lui imputait la mort de sa sœur et ses propres problèmes avec l’alcool. Du coup, elle est devenue extrêmement secrète. Je ne pense pas qu’elle lui ait caché parce qu’elle n’approuverait pas, c’est juste que tout est plus facile et sain quand sa mère sait très peu de choses sur sa vie.

Le film a une fin plutôt ouverte concernant le futur d’Alex. Pensez-vous qu’à l’avenir, elle choisira mieux ses compagnes et qu’elle parlera peut-être de ses relations avec sa mère ?

Oui, à 100 %. Je crois que c’est l’ultime cadeau de Dan pour les filles. Il ouvre son cœur dans ses vidéos et leur montre que si lui est capable de faire ça juste avant de mourir, alors qu’il souffre terriblement et a extrêmement peur, alors elles n’ont plus aucune excuse.

J’ai essayé de faire un film réaliste. Nous avons tous nos défauts. C’est vraiment dur d’être adulte, et je ne veux donc pas faire croire que la vie sera parfaite pour elles une fois le film fini, mais, en tout cas, elles essaieront et auront de meilleurs armes pour prendre leurs décisions, même si elles se tromperont de temps en temps.

Pour finir, je voulais vous demander si vous aviez l’intention de travailler sur d’autres projets LGBT dans le futur ? Si ce n’est pas dans un futur immédiat, souhaiteriez-vous traiter ce thème de nouveau ?

Absolument ! Je suis attirée par la diversité des mondes et des personnages, tout simplement parce que c’est intéressant de raconter différentes histoires. Au niveau des personnages féminins complexes et des personnages LGBT, il y a énormément de choses à explorer. Au final, je pense que dans beaucoup de mes projets, il y aura des personnages autres qu’hétérosexuels, mais je n’ai aucune arrière-pensée politique. Je crois que c’est en partie dû au fait que toutes sortes de personnes sont présentes dans ma vie. Ça n’aurait pas de sens, pour moi, de faire un film sans qu’il y ait une diversité de personnages.

Interview Originale sur le site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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