Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same : Interview de la réalisatrice Madeleine Olnek

Madeleine Olnek - Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same

Interview accordée à Holly Herrick le 06 Janvier 2012 pour le site hammertonail.com.

Madeleine Olnek travaille dans la comédie depuis longtemps : elle a commencé en écrivant et en réalisant pour la scène, puis en produisant plusieurs courts-métrages hilarants (Hold Up, Make Room For Phyllis, Countertransference). Au festival de films de Sundance de 2011, Olnek est passée avec succès dans le royaume du long-métrage avec Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same, qui a été diffusé pour la première fois lors de la séance « Park City at Midnight ». Le film, très drôle et vraiment adorable, a charmé le public du festival l’année dernière. Il est maintenant temps de charmer le public classique qui va au cinéma. Dans les jours précédant la sortie du film au reRun Gastropub, vendredi 6 janvier 2012, Holly Herrick de HTN a eu une discussion chaleureuse avec Olnek (lisez la chronique d’Holly « Pick of the Week » sur le blog du Filmmaker Magazine).

Pouvez-vous nous parler du choix du titre ? C’est un titre très drôle qui attire l’œil, mais il est également très particulier puisqu’il pointe notamment l’homosexualité du film.

La comédie se doit d’être drôle. Je suis toujours surprise lorsque les gens réalisent une comédie et que le titre est très dramatique. Ce que vous devez faire avec un titre… je veux dire, le titre sert à cadrer le film, mais vous donnez également un aperçu de ce que le public verra. Si vous souriez déjà en voyant le titre, vous vous dîtes « Ok, le titre est drôle, je me demande si tout le film est drôle ? ». C’est comme une carte de visite. J’ai l’impression que mettre « lesbienne » dans le titre est bien : ça sert de point d’information pour les gens qui ont du mal avec ça, mais ça attire également d’autres personnes. Quelqu’un qui a le même sens de l’humour que moi se dira « Oh, c’est marrant, je veux voir ce film ». Il y a quelques années l’une de mes amies est allée voir une pièce de Nicki Silver appelée My Marriage to Ernest Borgnine et je lui ai dit « Pourquoi est-ce que tu es allée voir ça ? » Elle a répondu « À cause du titre », j’ai dit « Juste à cause du titre ? ».
Et c’est là que j’ai eu une illumination sur l’importance des titres. Que les gens soient très intrigués à l’idée de voir quelque chose juste à cause du titre peut aussi les amener à catégoriser le film, à ne pas le voir, à l’enterrer. Cependant, si vous avez un super titre il n’y a rien qui puisse être fait que votre titre ne pourra vaincre. Les gens ont toujours entendu parler de ce film grâce au titre. Le titre est l’arme secrète du réalisateur.

Je crois que ça a marché. À Sundance on aurait dit que tout le monde savait que votre film allait être diffusé.

Après le festival, le magazine Rolling Stone nous a dit que nous avions le meilleur titre de tout le festival. Comment est-ce que Rolling Stone aurait pu prêter attention à ce film sans ça ?

Pouvez-vous nous dire ce que cela fait de présenter votre film dans un cadre gay, et comment était le soutien du circuit des festivals gays et de l’industrie gay en général ?

Chaque festival a été différent. Notre diffusion lors du festival Rooftop Film était formidable. Tout dépend comment vous présentez le film. Ils nous ont donné un super créneau, ils en ont fait la promotion et mille personnes sont venues. Tout dépend de sa présentation au sein du festival. Rooftop était génial également parce que c’est cette nuit-là que la loi sur le mariage gay est passée, et elle est passée pendant la diffusion. Lorsque je suis allée répondre aux questions/réponses, je me suis pris le micro dans la figure. Et j’ai dit « Le mariage gay est accepté ». Et tout le monde a applaudit pendant un quart d’heure comme si c’était moi qui avait fait passé la loi. C’était génial. Puis une partie des acteurs m’ont dit que je ne pouvais même pas répondre aux questions pour l’instant. Jackie Monahan a dit « Je suis en couple depuis dix ans. Est-ce que je dois me marier maintenant ? ». Certaines personnes à qui j’ai parlé ont un peu paniqué après coup. Des femmes débranchaient leur télévision pour que leur copine ne sache pas que le mariage gay avait été autorisé. Donc c’était une nuit historique. Rooftop a beaucoup travaillé pour que le son soit bien diffusé partout sur le toit. C’était magique. C’était une soirée magique.
Le manque de chance que l’on a eu avec le circuit des festivals gays est qu’un grand festival gay nous a programmés en matinée à cause d’un problème d’agenda avec Rooftop. Je ne me doutais pas que tous les autres festivals copieraient ce planning. Du coup on a beaucoup été projetés le matin, ce qui n’était pas bon du tout pour ce film. Parfois je me disais que c’était dû à autre chose : c’est un film très original, à petit budget, sans grandes stars. Mais il y a d’autres facteurs en jeu que cela dans la programmation des festivals gays. Le planning dépend, par exemple, du fait qu’untel, une star de ciné, a daigné nous faire part de sa présence, il y a aussi des problèmes de statuts, de valeurs de production. Les personnes qui programment les films prennent en considération certaines choses que le public ne voit pas. Le public adore le film et y a bien répondu. Pour les festivals qui lui ont donné une bonne heure de diffusion, ça a toujours été une expérience incroyable.

En quoi avez-vous l’impression que les institutions gays (les médias, les festivals de films) ont été bénéfiques pour le film ?

Eh bien, il faut que vous gardiez en tête que tout l’intérêt des festivals est de donner au public quelque chose de différent de ce qu’il voit d’habitude dans le monde commercial. Le monde commercial est un endroit où sept pourcent des films sont réalisés par des femmes.

Je suis rendue à la moitié du bilan de 2011. Dans les six derniers mois, près de dix-sept pourcent des sorties cinéma était réalisées par des femmes. La majorité de ces sorties étaient des documentaires. C’est toujours terriblement déprimant.

Exact. C’est aussi pour ça que les festivals existent, parce que vous ne pouvez pas voir ces films dans le « vrai monde », ha ha ! Les festivals offrent au public quelque chose de différent. C’est difficile. Une productrice avec qui j’avais été à Columbia avait travaillé avec un réalisateur qui avait fait un court-métrage gay : le court-métrage a fait le tour des [festivals]. Et ensuite, elle a travaillé avec un autre réalisateur qui avait fait un court-métrage qui n’était pas homo. Elle m’a dit « Il devrait y avoir un festival pour les réalisateurs hétéros ! ». Et j’ai eu envie de dire « Il y en a, cela s’appelle le monde entier ». [les deux rient] En plus, je n’ai pas trouvé que le second court-métrage était si bon que ça. Mais de toute façon, tout ce système de soutien dont vous parlez existe parce qu’il faut que les gens connaissent ces choses qu’ils ne connaîtraient pas autrement. Donc tout le soutien de la communauté gay ne constitue pas une exposition supplémentaire, c’est juste que vous pourrez voir le film dans votre ville…

Donc au lieu d’être une promotion supplémentaire pour le film, c’est plutôt un égalisateur.

Exact.

J’ai quelques questions sur votre scénario. Vos courts-métrages sont très comiques. Vous commencez par parler des pathologies de ces personnages et cela devient de plus en plus drôle au fur et à mesure et vous les explorez plus profondément. Mais il y a beaucoup moins de pathos dans ce long-métrage. Les gens ne font pas part de leur folie aux autres, mis à part les agents du gouvernement. Pouvez-vous nous parler de la façon dont vous avez appréhendé la dimension comique de ce film, qui se démarque vraiment des courts-métrages ?

Ce film est une comédie romantique. Par définition, nous ne voulons pas suivre une personne folle. Nous voulons nous accrocher à ce personnage et être ravis des événements qui lui arrivent. Cela nous mène à une fin heureuse. L’une des choses qui m’a frappée lorsque je travaillais sur ces thèmes, et pas seulement à propos de la science-fiction, c’est de voir à quel point les films indépendants reproduisent tout le temps les mêmes schémas. Je pense à tous ces vieux films indépendants en noir et blanc où l’on voit toutes ces choses que l’on est habitués à voir : les premiers rendez-vous, les moments où l’on est gêné, c’est quelque chose… Oh, on va recommencer à parler de films gays ! Je dois vous dire que je déteste tous les drames, pas seulement les drames gays. Vraiment. Mais ce que je déteste dans les drames gays c’est qu’il y a toujours ces personnages homophobes ridicules. Et même les homophobes de base du public se sentent supérieurs à eux. Et je pense qu’en rendant tout cela si dramatique, en réalité, vous donnez beaucoup de pouvoir à ces personnes-là. Nous vivons dans une société où il y a eu beaucoup d’avancées mais où elles restent tout de même limitées. Par exemple le mariage gay n’existe pas au niveau fédéral. [On arrive à une période où personne] à New-York, ou ailleurs, ne dirait qu’il est homophobe ou qu’il a des idées homophobes. Étrangement tout dépend de la position sociale de chacun… par exemple nous pouvons regarder Will & Grace et d’autres séries télé et nous identifier à elles. Donc l’homophobie est comme la science fiction, ce sont de vieilles croyances rétro. Avec les agents du gouvernement je voulais créer un personnage [homophobe] qui soit un bouffon, plutôt que quelqu’un de très puissant dont on a peur, parce qu’être homophobe est marrant pour nous, les gens ne croient plus à l’homophobie désormais. Ils ne sont pas d’accord avec ce point de vue.

Mais c’est également satirique. Parfois nous regardons et écoutons ces personnages et pensons que c’est tellement triste et vrai ! Son mariage avec pour thème « sous l’eau », etc : il y a beaucoup d’oppression dans leurs mots. Parfois, vous ne savez pas s’il faut rire ou pleurer. Comment écrivez-vous les répliques pour qu’elles ne soient pas tristes ?

C’est à ça que sert le montage. Je voulais qu’il y ait un contraste. Je voulais que les agents du gouvernement nagent dans le luxe, qu’ils étalent leurs droits. Cela contraste avec Jane et Zoinx qui doivent se battre pour rester ensemble et doivent se séparer. Je voulais ce contraste en plus de ces agents flippants qui suivaient les femmes.

Revenons-en à l’écriture. Comment faites-vous pour que les blagues soient si culottées alors que vous jouez avec les extra-terrestres, ce qui est quand même la fascination enfantine la plus basique ?

C’est intéressant la comédie… Woody Allen dit qu’il tourne deux fois plus de blagues que ce qu’il garde au final. Même si c’est bien à l’écrit ça ne fonctionne pas forcément à l’écran. Ce peut être dû au timing, à l’environnement qui casse la blague, à la direction que prend le personnage et à la manière de jouer des acteurs : ça peut ne pas marcher avec certaines personnes. Pour beaucoup de scènes comiques, le montage est vraiment l’étape la plus importante. Le montage a duré un an. Nous avons réellement fini la veille de notre départ pour Sundance ; nous sommes partis avec notre son et tout. Ce n’est pas que nous avons laissé le temps passer, nous étions vraiment là et continuions à regarder et regarder encore les images. C’était vraiment une étape intense. Lorsque les gens parlent des différences entre les courts et les longs-métrages, les différences en postproduction sont énormes. Je me rappelle ce réalisateur qui disait qu’il avait l’impression que les personnes qui faisaient un long-métrage étaient traitées différemment dans les festivals et par l’industrie, et ce, même si le film n’est pas si bon que ça. Mais faire un long-métrage, même un pas très bon, est très dur.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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