Coming Soon : Interview de Galou et Blan

Coming Soon : Interview de Galou et Blan

Interview accordée à l’équipe Univers-L le 26 Avril 2010

1°/ Comment est née l’idée de La p’tite Blan ?

Blan : On est devenus amis il y a quelques années alors que j’animais une émission radio sur la toxicomanie. Galou était invité, en sa qualité d’éducateur spécialisé et pas en tant que toxicomane ! Après cela, il utilisait souvent les gribouillages pour communiquer avec moi. Galou a toujours été plus à l’aise avec un crayon qu’avec des mots, de là est née l’idée d’utiliser ses talents pour donner vie à un personnage lesbien qui ne demandait qu’à s’exprimer. On s’est bien trouvés et au bon moment.

2°/ Pour La p’tite Blan, d’où est venue l’inspiration ? De bandes dessinées ou animées ? De vos vies ?

Galou : Pour le trait et le dessin, mes inspirations viennent principalement de Bill Watterson, le papa de Calvin & Hobbes et de Roman Dirge le créateur de Lenore. Pour le reste, mes influences viennent des comics américains de Charlie Brown aux Marvels en passant par les histoires de Tank Girl. Ma culture est plutôt papier que vidéo, tout ce qui se fait en BD va m’intéresser. Et pour les sujets, ce sont bien sûr nos vies qui nous inspirent, notre rapport aux autres et nos liens amicaux.

3°/ Comment décririez-vous La p’tite Blan ? Blasée, acide ou tout simplement lucide ?

Blan : Pas blasée, mais parfois un peu dépitée ! C’est sa lucidité qui rend La p’tite Blan acide et avec un goût amer en bouche. Disons qu’elle essaye de faire partager sa lucidité, de contenir son acidité et de ne jamais devenir insensible au monde quand bien même il ne lui plaît pas toujours.

4°/ Dans votre duo, vous avez chacun une place bien définie, l’écriture pour l’un et le dessin pour l’autre. Vous arrive t-il de faire des incursions dans le domaine de prédilection de l’autre ?

Galou : Blan s’est essayée à dessiner lors du dernier festival d’Angoulême auquel nous étions conviés. Nous en avons conclu qu’il valait mieux que chacun reste à sa place pour la bonne marche de notre projet…Cependant, nous nous concertons beaucoup durant l’écriture et la réalisation des illustrations même si parfois j’ai le crayon qui me démange lorsque Blan n’est pas fan de l’un de mes dessins. Au delà d’une BD, c’est aussi une aventure humaine où nous apprenons l’un et l’autre à nous connaître et à travailler avec nos différences.

5 °/ Quelles sont vos sources d’inspiration et vos références ?

Blan : Nos vies nous inspirent bien sûr, mais aussi l’actualité sociale et politique quand il s’agit de décrypter la société et de dénoncer les formes de violence et de discriminations qui y pullulent. Nos références ce sont toutes les personnes qui agissent en faveur d’un monde plus humain. Nous on le fait à notre façon par l’humour et le dessin, mais quand Badinter combat contre la peine de mort ou que Condorcet prend la défense des femmes, ils nous inspirent.

6°/ C’est une prouesse de faire passer un message percutant en une planche seulement. Comment faites-vous ?

Blan : Il faut se tenir très au courant de l’actualité. Après il y a une grosse part de recherche et de travail, comme pour tout. Le vrai bon mot efficace, celui qui synthétise avec humour et force une situation, on ne sait pas comment il arrive, mais c’est lui qui nous pousse à continuer !

7°/ Dans vos ouvrages, dans vos chroniques et dessins de presse vous abordez de nombreux sujets : société, rapports humains, politique, religion, etc. Lequel préférez-vous ?

Galou : Nous n’avons pas de sujet préféré. Nous militons contre l’intolérance et l’injustice. Nous allons là où notre cœur nous dit d’aller et où la raison a grand besoin de se faire bousculer histoire que quelques consciences endormies se réveillent.

8°/ Vous collaborez avec la Dixième Muse et Yagg ; qu’est-ce que ça vous apporte ?

Blan : De la visibilité ! Quand vous n’êtes pas connus, vous n’existez pas même si ce que vous faites est de qualité. Grâce à la Dixième Muse nous touchons un public lesbien important, grâce à Yagg nous élargissons notre reconnaissance à un public gay. Nous communiquons peu en dehors, c’est donc grâce à ces deux media que l’on peut faire découvrir nos projets BD. Dessiner à la fois sur l’actualité et sur la vie de La p’tite Blan, c’est un bon compromis. Les deux nous apportent beaucoup de plaisir et sont complémentaires.

9°/ Jusqu’à quel point êtes-vous libres dans les sujets abordés et la manière de les traiter ? Avez-vous déjà été censurés ?

Blan : Personne ne peut nous censurer puisqu’on publie nos dessins sur notre propre blog (www.laptiteblan.fr). Par contre Yagg peut refuser des dessins d’actualités, mais souvent c’est parce que cela ne correspond pas à leur ligne éditoriale. C’est une décision logique et cela ne nous empêche pas de publier le dessin ailleurs.

10°/ Au départ La p’tite Blan était un personnage de dessins de presse, mais l’idée du livre n’est venue que plus tard, pourquoi ?

Galou : Ce n’est pas exactement ça. Au départ, nous voulions raconter la vie de La p’tite Blan en BD, mais il nous fallait le temps d’apprendre à écrire et à dessiner. L’idée de commencer par publier des strips dans la Dixième Muse pour se faire connaître et se tester, a germé logiquement. Cela nous a laissé le temps de construire l’identité du personnage, d’approfondir notre réflexion, de travailler les textes et la technique. N’ayant jamais appris à dessiner, ça m’a permis en tant qu’illustrateur de me faire « la mine ». Aujourd’hui, quand je revois certains dessins parus dans la Dixième Muse, je me dis « -mais comment j’ai pu dessiner ça comme ça ! ». L’idée de croquer l’actualité est venue ensuite, parce que je commençais à avoir de la technique et que Blan aiguisait sa conscience politique. Une révolte grondait en nous et on a voulu l’exprimer. Du coup on s’est lancés dans le dessin d’actu et on ne le regrette pas.

11°/ À qui s’adresse Coming Soon en particulier ?

Blan : En particulier à toutes les lesbiennes qui ont vécu de près ou de loin un parcours similaire et elles sont nombreuses. Mais aussi à toutes celles et ceux qui ont envie de se détendre avec un peu d’humour et de comprendre avec un peu de recul. Ça s’adresse aux parents, aux proches de personnes LGBT, aux jeunes, aux vieux… En particulier à tout le monde !

12°/ Savez vous, si vous avez réussi à toucher le public auquel vous destiniez cette œuvre à l’origine ?

Galou : À en croire le nombre de retours positifs que nous avons, je pense que oui. Ce que nous aimerions, c’est pouvoir toucher un public auquel nous ne pensons pas forcément et qui ne serait pas acquis aux causes que nous défendons. Pour cela nous avons besoin de davantage de visibilité. Mais l’histoire ne fait que commencer et elle n’est pas prête de se terminer (sauf quand je suis sur un jeu vidéo !).

13°/ Quel est votre plus beau souvenir concernant la création et l’aventure de La p’tite Blan ? Le pire ?

Galou : Mon plus beau souvenir restera sans nul doute le jour où j’ai tenu dans mes mains le premier exemplaire de Coming Soon. Lorsque j’ai quitté mon travail pour me consacrer uniquement aux aventures de La p’tite Blan, certains m’ont pris pour un inconscient ou un fou et le fait de tenir entre les mains notre première BD n’a fait que me conforter et me rendre fier de mon choix. Depuis je fais mienne une réplique de film « -oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce ! » (je vous laisse deviner lequel). Après des mois et des mois de travail, de nuits passées à dessiner jusqu’aux aurores, nous avions enfin devant nous le fruit de nos efforts ! Je souhaite à toutes et à tous de vivre ce moment-là. Un autre très beau souvenir est assurément notre présence au festival d’Angoulême de 2010 en tant qu’auteurs. Nous ne remercierons jamais assez Jean-Paul Jennequin, fondateur de LGBT BD, de nous avoir invités durant deux jours sur le stand LGBT BD ! Ce fut une expérience incroyablement enrichissante et motivante pour la suite de notre aventure. Pour ce qui est du pire souvenir, je dirais une bonne gueule de bois durant ce festival (peut-être deux…)

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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