Expositions au Festival du Film Cineffable 2012

« L’art qui m’intéresse s’apparente à de la résistance. Il doit bousculer nos apriori, bouleverser nos pensées […] » ORLAN, Artiste contemporaine française

Cineffable 2012

En parallèle de la programmation cinématographique, Cineffable présente cette année une exposition plastique qui s’articule autour de trois axes, de la femme sociale, de son expérience, de son émancipation, de la violence faite aux femmes et de l’identité de genre.

C’est donc là que j’ai traîné mon appareil photo, en parfaite petite amatrice d’art et d’image. J’ai alors découvert treize artistes exposées. Toutes avec un style différent, allant de la photographie à la sculpture en passant par l’art contemporain aussi délirant et abstrait que significatif. Je vous parlerais de quatre d’entre elles qui m’ont particulièrement touchée dans leur œuvres.

La première, et pas des moindres, est une photographe nommé Corinne Mariaud, auteur d’un ensemble de photographie intitulé « Climax ».

Cineffable 2012 Cineffable 2012

Ce qui m’a touchée dans ses œuvres, c’est qu’à travers un premier abord plastique très classe et épuré, des femmes photographiées sur un fond uni, avec un éclairage studio bien composé, Corinne Mariaud nous laisse tout de même avec une impression d’étrange, de bizarre qui nous amène à vouloir en savoir plus sur ses sujets. Après avoir fixé ses œuvres attentivement pendant un petit moment, l’envie m’a subitement prise de souhaiter entrer dans la photo pour me retrouver sur le plateau de shooting et pouvoir tourner autour du model afin de découvrir ce qu’elle y cache. Une expression, une position, une interprétation qui ne nous seraient pas dévoilées de part la mise en scène particulière de ces pièces.
Et après avoir fait quelques recherches sur cette artiste, j’ai découvert bien plus de photos que les quatre œuvres qui étaient exposées, restant dans le même ensemble nommé « Climax » et tout autant expressives et dérangeantes que les premières. Je vous laisse en profiter et découvrir cette artiste via son site internet.

La seconde artiste sur laquelle je m’arrêterais est l’auteure d’une série de dessins, peintures et broderies sur papier. Frankie M, de part son exposition intitulée « Back to the Origin » appelle à un retour originel au sexe féminin et au sang.

Cineffable 2012

Je me suis d’abord approchée de ses œuvres sans savoir de quoi cela parlait. Je voulais pouvoir être étonnée et intriguée par ce que je voyais sans avoir les apriori d’un récit ou d’un point de vue explicatif des œuvres.

Cineffable 2012Cineffable 2012

Et j’ai été surprise. Parce que ces pièces ne laissent, au premier abord, pas paraître le sexe féminin. C’est une mise en scène complètement stylisée et ingénieuse qui vous fait comprendre lorsque vous regardez de plus près, ce retour à la base de la femme, de son sexe et son sang… Pour tout vous avouer j’ai au début été un peu gênée par ces œuvres. Comme si l’on pointait du doigt, juste en face de moi, ce qui fait d’une femme une femme. Puis bizarrement je me suis surprise à rester un long moment en face de celles-ci, à laisser mon esprit divaguer sur le sens de ces toiles. Parce qu’au final n’est-ce pas la chose qui fait de nous des femmes ?

L’artiste suivante est un coup de cœur personnel parce que je suis une éternelle rêveuse. Sophie Lannier expose à travers « Immune » une narration photographique figurative et poétique d’une survivance et d’une résilience.

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Cineffable 2012

Cette suite de photo est accompagnée d’un texte de Virginia Wolf qui à mon sens donne toute sa signification à la mise en scène.

« Être Immune c’est vivre à l’abri des chocs, des ennuis, des souffrances. C’est être hors de portée des flèches. »

Regarder ces photos après avoir lu ce texte laisse errer votre esprit dans une contemplation de l’œuvre qui m’a laissée dans voix. Parce qu’alors on imagine l’histoire du personnage représenté en rouge sur les photos. Sa souffrance, son vécu… son malaise. Et vous êtes transportée dans un récit dont vous êtes vous-même l’auteur à votre manière, juste guidée par la mise en scène photographique de cette artiste.

Enfin la dernière artiste que je vous présenterais ici, Clara Scherrer, est la scénariste et réalisatrice d’un volet vidéo tiré d’une trilogie sur les violences faites aux femmes. Violences faites à leur plaisir et à leur sexualité.

Cineffable 2012

Je n’ai bien sûr pas pu passer à côté de ce court-métrage qui n’en est pas un mais est entièrement une œuvre artistique. L’œuvre pose deux femmes aux cœur de sa fiction, et l’on peut se demander s’il s’agit réellement d’une fiction. L’une coud, l’autre découpe sa robe avec une souffrance incroyable. Ce qui m’a touchée dans ce montage est la mise en parallèle entre le découpage de la robe et la couture. Parfaitement agencé et enchevêtré. Comme la métaphore de la violence faite à une femme, qui déchire profondément un être, mais dont il faut pourtant soigner, recoudre, panser les plaies pour pouvoir continuer à vivre, quand bien même cette violence se répète.  Bref en voyant ce court, je me suis sentie pleine de tristesse et de compassion pour une personne qui subirait une telle violence.

En conclusion je dirais que je me suis rendue à cette exposition sans savoir absolument à quoi m’attendre. J’ai été agréablement surprise de découvrir de telles artistes composer de telles choses au sujet de la Femme. C’était beau, touchant, et plus que cela, ça m’a donné envie d’en découvrir un peu plus sur ces artistes qui de mon point de vue méritent une réelle reconnaissance.

A propos de Marine Raynaud

Graphiste, Monteuse, Traductrice et Chroniqueuse Occasionnelle

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