Interview du créateur, producteur exécutif et scénariste de la série, Carter Covington

Interview liée à la série Faking It

Carter Covington - Faking It

Interview accordée à Elaine Atwell le 12 juin 2014 pour le site Afterellen.com

Après avoir regardé le dernier épisode de la première saison de Faking It beaucoup de lecteurs d’Afterellen.com auraient bien voulu avoir un mot ou deux avec Carter Covington, le producteur exécutif de la série. J’ai eu la chance d’en avoir plusieurs. Au final, nous avons eu une conversation sur la série en elle-même, le dernier épisode et le futur de la série.

Je suis très contente de vous parler et je ne veux pas faire cette interview de manière trop classique parce que je trouve que c’est vraiment une super occasion de converser tout simplement. En plus, j’écris pour Afterellen.com et les personnes ici ont de forts sentiments concernant Faking It en général et l’épisode final en particulier. Je n’ai écrit aucune question, on va faire ça comme ça vient.

J’adorerais discuter à ce sujet. Je savais que ça ferait du bruit et ça a été le cas.

Clairement. Et ça s’est répandu partout depuis le Canada où vous avez eu un avant goût des réactions lors de sa sortie.

C’était vraiment malencontreux parce que je voulais que cet épisode soit diffusé et que les gens suivent mes tweets et jettent un œil aux articles que j’avais faits. Je voulais que les fans vraiment en colère vis-à-vis de ce que cela signifiait pour le personnage d’Amy m’entendent dire que je ne rends pas le personnage d’Amy hétéro. Nous ne partions pas dans cette direction. Il y a une raison pour laquelle nous faisons cela. Je ne fais pas ça pour blesser tout le monde. Je le fais parce que je pense que c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour que cette histoire se poursuive sur le long terme.

C’est ce qu’on espère. Donc, si vous deviez recommencer – après avoir vu certaines réactions – reprendriez-vous la même décision ?

Vous savez quoi, je le referais. Je raconte l’histoire que je voulais raconter : une fille qui découvre son identité sexuelle. Et je ne crois pas que ce soit l’affaire d’une saison.

Moi non plus. C’est comme un soap, il en arrive tous les jours.

Exactement. Je veux dire, j’ai commencé à réaliser que j’étais gay tôt mais je n’ai pas commencé à l’admettre avant mes vingt ans. Ce processus prend du temps. Je crois que puisque l’on est dans une école très tolérante et que l’on a exploré les sentiments d’Amy de près, les gens ont voulu croire qu’elle était beaucoup plus avancée dans ce processus d’acceptation qu’elle ne l’est réellement. Et je crois que les gens voulaient vraiment qu’elle soit dans leur « camp », vous voyez ? Tout le monde veut Amy.

Oui, enfin, mon Dieu, vous avez vu Rita Volk ? Qui n’en voudrait pas ?

Je sais ! Vous avez demandé si je regrettais ma décision et je dirais que je ne la regrette pas. Je crois que ce que je regrette probablement c’est, lors de la diffusion de l’épisode quatre, lorsqu’elle dit « Je suis Karmasexuelle ». Je pense que j’aurais peut-être dû montrer davantage qu’elle ne se définissait pas. Juste pour que tout le monde soit un peu plus prudent. Parce que j’ai vraiment vu les gens se prendre de passion pour cette histoire et en déduire qu’il y avait un personnage homosexuel et une histoire lesbienne. Et, en réalité, ce que je veux dire c’est qu’Amy se situe quelque part sur l’éventail de la sexualité et nous la suivons au fur et à mesure qu’elle le découvre. Je crois que, puisque les gens étaient plus avancés dans leur tête que là où je voulais qu’ils soient, ils ont été davantage blessés à la fin. Je crois simplement que c’était vraiment douloureux.

Oui, et vous savez la couverture médiatique de ces choses-là a tendance à être très réductrice ; la moitié des personnes qui écrivent sont hétéros ou pas vraiment familières avec cela donc ils écrivent « Ah, elle est lesbienne » et après c’est repris encore et encore et c’est l’effet boule de neige.

Oui, et je crois que je suis en train d’apprendre qu’il va falloir que je me fasse confiance, que je sache que mes intentions pour l’histoire sont bonnes. Mon but est de partager mon expérience du coming-out, que les gens puissent comprendre ce que j’ai ressenti, combien je me suis senti seul, toutes les erreurs que j’ai faites, que je n’arrivais pas à trouver la réponse et que c’était vraiment frustrant. J’ai tellement attendu de pouvoir trouver des gens. Du moment que je reste fidèle à mes expériences et que je fais passer ça à travers ces personnages, alors je serais fier de cette série. Et je crois que c’est pour ça que les gens se sont attachés à Amy, parce que je suis connecté avec elle à un niveau très personnel. Je n’écris pas ça à la manière d’un mec hétéro qui n’a aucune idée de ce que sont ces problèmes, j’écris comme quelqu’un qui a été lui-même confronté à ces problèmes.

Puisque vous avez lu mes récaps (et encore une fois, j’apprécie vraiment), vous savez que je me retrouve vraiment dans le parcours d’Amy. De bien des façons il reflète étrangement mon propre parcours. Mais je crois que ce qui frustre les femmes homosexuelles c’est que, à la télé, souvent, tout ce parcours, le fait de se situer quelque part sur l’éventail de la sexualité, n’a lieu, quasi exclusivement, qu’avec des personnages féminins. Et ça donne raison aux gens (mes parents en furent un excellent exemple) qui, lorsque vous leur faites votre coming-out, vous disent « Oh, c’est juste une phase, tu traverses ça mais il faut juste que tu rencontres le bon garçon ». Et c’est frustrant de voir cela répété encore et encore. Je ne dis pas que ça n’arrive jamais, mais mon plus grand souhait serait de voir davantage de ces situations avec des personnages masculins. Pensez-vous que vous puissiez écrire une histoire comme cela avec un garçon ?

J’ai vraiment l’impression que ces personnages pourraient changer de genre, mais je pense aussi que l’amitié féminine, particulièrement chez les adolescentes, permet d’accéder au territoire émotionnel et cela se mêle souvent avec l’espace amoureux. Je ne crois pas que la société permette aux garçons d’avoir cette même amitié. Mes amitiés avec les garçons étaient très brutes et je les aimais mais je n’avais pas beaucoup d’espoir qu’ils m’aiment en retour. J’ai toujours envié les filles qui étaient très proches l’une de l’autre, qui pouvaient se coiffer, se raconter leurs secrets et avoir une intimité émotionnelle que je n’avais pas l’impression de pouvoir avoir avec mes amis.

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A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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