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Citation de la semaine


« La bouche prononce des mots, et ce sont les mains qui leur donnent tout le poids de l'émotion et de la vérité. » (Massa Makan Diabaté – Extrait de Le Coiffeur de Kouta)


FIRE : LA MAGNIFIQUE LIBERATION DE DEUX FEMMES INDIENNES

 

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FICHE TECHNIQUE :


Année de Production : 1996

Date de Sortie : 28 Janvier 1998

Réalisatrice : Deepa Mehta

Scénariste : Deepa Mehta

Avec : Shabana Azmi (Radha), Nandita Das (Sita), Kulbushan Kharbanda (Ashok), Jaaved Jaaferi (Jatin), Ranjit Chowdhry (Mundu), Kushal Rekhi (Biji)

Nationalité : Canado-Indienne

Genre : Drame

Durée : 1h 46min.

Titre Original : Fire



RÉSUMÉ :


Sita, une jeune femme, vient de se marier avec Justin. Alors qu'elle rêve du grand amour, elle a pourtant conclu un mariage arrangé. Lors de son voyage de noce au Taj Mahal, Sita essaye de se rapprocher de son époux et d'apprendre à le connaître. Malheureusement, elle découvre rapidement qu'ils n'ont aucun point commun. Cela d'autant plus que Justin est amoureux d'une autre qu'il continue à voir.

Une fois leur voyage de noce terminé, Sita et Justin s'installent à New Delhi chez Ashok, le frère de Justin, sa femme Radha et Biji, leur mère. Radha et Ashok sont propriétaires d'un restaurant dans lequel travaille Mundu, un homme à tout faire qui est également logé chez la famille.

Sita qui est une femme moderne et volontaire doit se plier à la tradition et assumer ses responsabilités de femme. A savoir s'occuper de Biji, la mère de son époux, muette et clouée au lit, et travailler dans le restaurant familial.

Alors qu'Ashok passe son temps auprès d'un gourou qui lui apprend à maîtriser son désir, Justin délaisse Sita pour s'occuper de son vidéo-club et de sa maîtresse. Sita, révoltée par cette situation nouvelle se rapproche de Radha et se lie d'amitié avec sa belle-sour. Leur complicité cède rapidement la place à une liaison amoureuse.



AVIS PERSONNEL :


Un long métrage envoûtant, sensuel et coloré qui prône l'amour, la tolérance et remet en cause les valeurs familiales et les relations traditionnelles indiennes entre les hommes et les femmes. Un hymne au courage et à l'affirmation de soi dans une société qui nie le droit au bonheur des femmes et les oppresse.

Deepa Mehta est une réalisatrice connue, fervente militante des droits des femmes dans son pays d'origine, l'Inde bien qu'elle vive au Canada depuis plus de trente ans. Ce film remet en question les traditions indiennes et de manière plus générale la non-place de la femme dans cette société. Radha est une femme ordinaire. Elle est une épouse apparemment comblée qui travaille auprès de son mari et s'occupe de la mère infirme de ce dernier. Sita est une jeune femme qui rêve de liberté. Elle a du caractère, est très dynamique et ne comprend pas ce poids de la tradition qui pèse sur les femmes. Pour elle, cela n'a plus lieu d'être au XXIème siècle. Elle est pourtant obligée de s'y plier contre son gré.

Un film tout en retenu et en pudeur. Les scènes d'amour sont douces, sensuelles et délicates entre Radha et Sita. Peut-être un peu trop même. Le désir semble absent de leurs étreintes et c'est dommage (surtout quand on compare avec les scènes de Justin et de sa maîtresse). Point de nudité ou de scènes choquantes. Ici, les mains se tiennent, se caressent, les regards se croisent et en disent longs s'opposant à toute effusion incontrôlée.

Fire est un film intelligent et fort qui aborde l'épanouissement personnel et le désir de faire ce que l'on souhaite et d'être qui l'on veut. Ce n'est pas un film lesbien militant, c'est une histoire d'amour tendre et juste, c'est l'histoire de la découverte de soi.



CRITIQUES PRESSE & RÉCOMPENSES :


Fire souffre d'une réputation sulfureuse puisqu'il a créé une énorme polémique en Inde après sa sortie. Polémique qui a entraîné son retrait de l'affiche par décision gouvernementale.

 

Prix de la Meilleure Actrice au Festival du film de Chicago en 1997 pour Shabana Azmi dans le rôle de Radha.



EXTRAITS :


ASHOK  : Tu ne m'as pas entendu t'appeler ?
RADHA  : Si, j'ai entendu.
ASHOK  : Et tu n'es pas venue ?
RADHA  : Sita dit que la notion de devoir est très surfaite.
ASHOK  : Elle est jeune. Mais toi, tu sais que c'est important.

RADHA  : Je suis stérile. Je ne peux pas avoir d'enfants.
SITA  : Quel rapport avec l'amour ?
RADHA  : Si j'en crois Ashok, tout est lié. Le désir nous écarte de la voie qui nous mène à Dieu. Le désir est à la racine de tous les maux. Pour Swamiji, la seule justification des relations sexuelles, c'est d'avoir des fils qui perpétuent le nom. Et c'est ainsi qu'une nuit, il y a bien des années, Ashok trouva le moyen de transformer un malheur en planche de salut. Il a fait vou de célibat. Chaque fois qu'il ressentait un désir pour moi, il me demandait de m'allonger près de lui. Il disait : « Je ne te toucherai même pas, je te le promets. Je veux seulement m'assurer que je suis au-delà de la tentation. Et par conséquent, plus proche de Dieu. » Et j'ai dit oui. Tu comprends, son visage brillait d'un tel espoir que j'ai choisi de ne pas voir son trouble sous les apparences. On aurait dit un enfant. Et à cet instant, ne serait-ce qu'un moment, j'ai senti ce que ressent une mère.
SITA  : Quand a-t-il commencé ?
RADHA  : Il y a treize ans. Nous vivons comme frère et sour depuis treize ans.
SITA  : Pourquoi as-tu accepté ça ?
RADHA  : « Pas d'ovules, chère madame. » La culpabilité, le besoin de me valoriser. Un peu des deux, je crois.

 

Isabelle B. Price (Août 2005)

 

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