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Le Dernier Chaos

Posté : mer. 7 avr. 2010 08:22
par Redflower
Alors un topic sur ce livre paru il y a quelques mois. L'ouvrage de Caroline Ellen raconte l'épopée d'une jeune fille au début du millénaire dans la civilisation celte. Elle va devenir guerrière pour l'amour d'une belle jeune fille... Vous pouvez aller lire la critique d'Isa sur le site. Voici la quatrième de couverture :

Lorsque Caer, la jeune fille aux yeux verts, décide de défier son destin, ni ses amis, ni ses parents, pas même le grand druide Aelios ne parviennent à contrer sa farouche volonté de devenir une guerrière.
Par amour, elle va vivre sa quête sans jamais perdre l'espoir qui la porte. Douée de pouvoirs surnaturels, elle chemine accompagnée par un loup qui toujours la protégera des grands dangers auxquels elle est confrontée. Parviendra-t-elle à surmonter les obstacles qui s'amoncellent lors de sa terrible initiation? Dispose-t-elle réellement du pouvoir des druides? Parviendra-t-elle à devenir la grande guerrière des temps que la prophétie appelle le dernier chaos?


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Le bouquin était nommé pour le titre de meilleur livre lesbien 2009, mais c'est Véronique Bréger qui lui a soufflé la victoire avec les Chroniques d'Ouranos. J'ai lu le bouquin l'été dernier, allongée dans l'herbe la plupart du temps...

Alors j'avais promis à Isa d'écrire un avis construit et structuré sur le livre, mais comme j'ai eu une période où j'avais moins le temps d'écrire, j'avais pris du retard ; mais mieux vaut tard que jamais, pour que ce ne soit pas perdu, je poste ici mon avis :

Pour moi, Le Dernier Chaos est un ouvrage inégal. Autant la mise en place de l’intrigue est plutôt réussie (on découvre un nouvel univers et l’histoire est menée tambour battant), autant au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, le rythme s’essouffle, on a presque l’impression que l’auteur a ajouté des pages exprès pour atteindre les 500 pages.

Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est cette cohabitation entre d’une part faits réels et volonté d’être le plus juste historiquement et d’autre part modèle familial et normes d’aujourd’hui. On le voit très bien par exemple avec la relation entre Caer et sa mère, qui ressemble à s’y méprendre aux relations mère-fille lors des crises d’adolescence ; leur famille également pourrait tout aussi bien vivre à notre époque (il y a la maman, le papa, les enfants, et chacun a sa chambre dans la maison, se rajoutent à ça les domestiques et les animaux de compagnie).

Dans la même veine, et cela va parfaitement avec le thème du site, c’est la manière dont est traitée l’homosexualité. Ce qui est intéressant ici, c’est que l’on n’a pas de personnage lesbien ou gay ; enfin oui mais non : l’homosexualité est tellement banalisée qu’elle est mise sur le même plan que l’hétérosexualité : à aucun moment on ne se demande si c’est normal, si c’est mal, ce qui doit être la norme. Non. On a juste des gens qui s’aiment, peu importe le sexe, des âmes qui sont prédestinées ; on vit avec la personne « qui entre dans notre esprit » et on partage l’amitié de ses cuisses avec elle. Il y a d’ailleurs dans le livre autant de couples de même sexe que de couples « hétéros », voire plus. Au passage, cela amène uneun autre élément intéressant du livre : le sexe sans tabou, c’est quelque chose d’absolument normal. C’est aussi un monde où les femmes n’ont rien à envier aux hommes : elles peuvent prétendre aux mêmes fonctions et n’ont pas à dépendre d’eux.

Il y a ici un travail de reconstitution et de recherche historique absolument impressionnant : des poèmes de la tradition orale, à la manière de cuisiner ou de préparer des infusions, aux différents cultes, en passant par les différentes castes de la société ou encore cet entrecroisement entre les différentes civilisations de l’Antiquité (ici les civilisations celtes et grecques surtout). Rien n’est oublié. Et c’est peut-être là le problème : le livre est sans doute trop précis, pour, quelques pages plus loin, retomber dans la fiction totale et l’anachronisme. Le mélange qui étonne et plaît par son originalité au début se révèle vite lassant voire incongru. On a l’impression que l’auteure s’est perdue entre sa volonté d’écrire un livre d’histoire et un livre de fiction, et on se perd avec elle. On voudrait parfois des descriptions plus précises ou justes, mais à d’autres moments on se dit que franchement ces apartés historiques coupent vraiment l’élan de l’histoire.

En parlant de fiction, autre chose que je trouve réussie dès le départ, c’est la manière dont est implanté un univers à part, propre au livre : on entre dans un monde différent, un monde de croyances et de magie, un monde dans lequel il est parfaitement normal de discuter avec un loup, un monde dans lequel un groupe de soldats va devoir se battre pour contrer les plans machiavéliques du grand-méchant-qui-veut-étendre-son-pouvoir-sur-le-terre-entière.

On suit avec plaisir leurs aventures, même si l’on n’est pas dupe et que l’on a parfois l’impression d’être arnaquée. Déjà, l’histoire est prévisible du premier chapitre au dernier, on sait d’avance ce qui va se passer. Il y a aussi des moments de l’intrigue où on se dit que ce n’est pas possible : par exemple Caer et Laegda vont mettre 300 pages à se retrouver, mais à partir du moment où elles couchent ensemble, dès la page suivante (le lendemain dans l’histoire), elles s’échangent leurs vœux et s’unissent ???? Heu, elles auraient pas un peu sauté une étape là ? Et ensuite certaines ficelles de l’intrigue semblent tout droit pompées dans des ouvrages tels que Le Seigneur des Anneaux (la quête, cette guerrière qui se bat sous les traits d’un homme, le mélange poèmes/fiction, etc.), Le Livre de la Jungle ou encore de nombreux classiques de l’Antiquité. En bref, on a parfois le sentiment que l’on nous sert un plat réchauffé, de lire une pâle copie d’histoires que l’on connaît déjà depuis longtemps.

Autre point faible, c’est le fait que malgré les 500 pages du livre, les personnages ne soient pas vraiment approfondis ; on ne connaît réellement que Caer, jeune fille impatiente, passionnée, forte et fière, qui se veut maître de son destin. Pour les autres personnages, on ne leur connaît que quelques facettes et c’est dommage… La mère reste quelqu’un de dur et sévère, et même lorsque l’auteur a la possibilité, grâce à la relation avec la servante de nous en dire plus sur elle, elle ne l’utilise pas, on reste dans le superficiel, l’apparence. Même chose avec Iavos, l’ami de Caer, le personnage ne semble être ici que pour faire rire (la plupart du temps ça marche), mais on aimerait parfois aller plus loin. On a l’impression que Caer évolue dans un univers en 2 dimensions.

Enfin dernier point qui m’a véritablement gênée dans la progression de la lecture : le style d’écriture. Dans un premier temps la conjugaison : pourquoi avoir écrit l’ouvrage à l’imparfait ??? Je pense sincèrement que le présent ou le passé simple auraient été plus judicieux et pertinents car ils auraient donné un côté « action » à l’écriture que l’imparfait ne rend pas. Dans un second temps le livre est parsemé d’expressions ou de tournures de phrases lourdes qui revenaient toutes les 5 pages, la palme revenant haut la main à « tout d’un coup » (que j’aurais dû compter d’ailleurs…).

En bref Le Dernier Chaos est plein de bonnes intentions et de bonnes idées qui ont du mal à être mises en place et reliées entre elles. La force du livre c’est incontestablement cette part belle accordée aux femmes (elles y sont indépendantes, fortes et proches de la perfection), mais surtout cette facilité à faire cohabiter des thèmes actuels (homosexualité, euthanasie, cellule familiale, etc.), avec des thèmes passés (tradition orale, etc.).

Re: Le Dernier Chaos

Posté : lun. 12 avr. 2010 11:51
par Lynxette
:mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: Bon Red, Tout d'un coup je m'interroge, :arrow: :lol: j'ai pas tout compris... Tu le conseilles ou pas????? :mrgreen: :geek: Moi j'ai de suite était attirée par le Triskel en couverture mais je dois t'avouer que ta review va me dissuader de l'acheter!

Merci Red en tout cas pour cet article, plutôt exhaustif, du livre ;)

Tout à coup je m'en vais

Re: Le Dernier Chaos

Posté : ven. 8 oct. 2010 20:55
par gamali
Je suis loin d'avoir la critique aussi précise et juste que Redflower, pour dire il y a certaines choses qui ne m'ont même pas frappées à moi :oops: . Mais moi j'ai bien aimé, après avoir eu un peu de mal à rentrer dedans parce que je ne m'attendais pas à ça je pense, ben je me suis bien laissée prendre au jeu et je n'ai pas vu les pages passer. Moi ce qui m'a gênée ce sont les poèmes, ou plutôt les épopées celtes qui sont traduites. Au début j'ai bien aimé mais j'ai trouvé qu'il y en avait trop en fait. ça ne m'empêche pas d'avoir beaucoup apprécié ce monde, ces cultures, ces personnages, cet univers tout simplement....ça change et c'est agréable....mais je ne suis pas un public très compliqué :mrgreen: