Heartland : Interview de la réalisatrice Maura Anderson et de la scénariste et actrice Velinda Godfrey

Heartland Velinda Godfrey Maura Anderson

Interview accordée à Emily le 23 mars 2015 pour le site Thelaughinglesbian.com

Je suis tellement contente de pouvoir discuter du film Heartland avec la réalisatrice et productrice Maura Anderson et la scénariste et actrice principale Velinda Godfrey. Après la mort de sa petite-amie, une jeune femme rentre chez elle en Oklahoma, accablée par le chagrin et à la recherche de son amour-propre et de son acception de soi. Velinda et Maura se sont soustraites au genre lesbien et ont créé un film qui se concentre sur l’histoire plutôt que sur la sexualité des personnages. Ce film s’intéresse à un personnage lesbien, mais Heartland n’est pas juste un autre banal film homo. Avec des acteurs talentueux, pléthore de cinéastes extrêmement doués et un énorme soutien de la part d’Hollywood, Heartland vous touchera, peu importe votre sexualité.

Trop souvent la communauté LGBT est représentée par des « meilleurs amis gays » ou « lesbiennes marrantes ». Heartland change cela et se concentre sur un personnage lesbien qui a vécu des choses auxquelles l’on peut s’identifier et avec une vraie histoire de fond. Vous avez toutes les deux précédemment dit que la sexualité n’était pas le point central du film, que c’était juste ce que c’était. Était-ce vraiment important pour vous de faire ce film vis-à-vis de la communauté LGBT ?

Maura Anderson : Les films représentent très peu ce à quoi la communauté LGBT ressemble vraiment. Le « meilleur ami gay » ou la « lesbienne marrante » sont stéréotypés et flous et très loin de vraies personnes complexes. En 2013, sur 102 films studios il y en a eu seulement 17 avec des personnages LGBT et sur ceux-là, seulement 7 ont réussi le test Vito Russo (c’est-à-dire que retirer le personnage changerait l’intrigue). Alors qu’il y a beaucoup plus de films indépendants. Il en faut plus. J’ai vu ce film comme une tentative de se rapprocher plus de la vraie vie, telle qu’elle est maintenant. Il y a ces moments capitaux de la vie (comme la perte d’un être cher) qui touchent tout le monde à un niveau humain, peu importe leur race, leur croyance ou leur sexualité, c’est un puissant rappel que nous sommes tous dans le même bateau.

Velinda Godfrey : Lorsque j’ai abordé Todd pour la première fois, la seule chose que je savais sur le film que je voulais faire c’est que le personnage principal serait une femme lesbienne ou bi confrontée à quelque chose qui irait au delà de sa simple sexualité. Bien entendu, ces histoires de sexualité devraient continuer à être racontées, mais j’adorerais commencer à voir plus de films/téléfilms/séries avec des personnages principaux homos et qui ne se limitent pas à un marché de niche. Le vrai monde est divers. Allez quoi ! J’en ai marre de voir tout le temps les mêmes histoires.

Velinda, nous avons lu que ce film est librement inspiré de votre vie dans une petite ville d’Oklahoma. Puisque je vis dans le sud, je sais combien il peut être difficile d’y être ouvertement lesbienne. Vous avez partagé cette expérience avec toute votre communauté en faisant ce film. Comment était-ce ?

Velinda Godfrey : L’histoire n’est pas totalement inspirée de ma propre expérience, mais certaines dynamiques du film le sont, c’est sûr. J’ai déménagé dans l’Oklahoma avant même d’avoir l’âge légal pour boire de l’alcool, alors le fait d’avoir une petite-amie en Oklahoma remonte à longtemps et beaucoup de choses ont changé là-bas depuis le temps. Un grand bouleversement est en train de se passer, et en dépit des tentatives législatives pour retourner en arrière — tentatives proposées par des sénateurs qui disparaîtront bientôt les uns après les autres — le gens de la communauté dans laquelle j’ai grandi s’ouvrent de plus en plus et soutiennent de plus en plus l’égalité des droits. L’énorme soutien des habitants de l’Oklahoma que nous avons reçu lors de notre campagne de collecte de fonds nous a scotché. Des chaînes d’information locales nous ont même fait de la publicité. Nous espérons vraiment représenter ce changement de comportement dans le film et nous avons pris soin de ne pas présenter les habitants de l’Oklahoma comme des personnes sectaires remplies de haine, parce que ceux que nous avons rencontrés ne le sont pas. Et pourtant, être différent des autres dans ce genre d’endroit est toujours difficile et nous ne pouvions pas l’ignorer. En ce qui concerne le fait de partager cette histoire avec mes communautés, je crois que c’est quelque chose qui est toujours d’actualité et qui, espérons-le, aboutira à quelque chose de bien.

L’orientation sexuelle mise de côté, être une équipe de femmes pour faire ce film est, en lui-même, quelque chose d’énorme. L’industrie du film a toujours été principalement dirigée par les hommes. Mais, maintenant, les femmes sortent de l’ombre et proposent d’énormes talents à la profession. Niveau valorisation, en tant que femmes, comment était-ce de faire naître un projet avec autant d’importance de vos mains ? Et qu’avez-vous appris de cette expérience ?

Maura Anderson : Je crois qu’en tant que cinéaste cela fut une opportunité incroyable. Nous avons eu la chance de regrouper une communauté autour d’un projet auquel nous croyions réellement, et cela, peu importe notre genre, c’est incroyable. Je trouve merveilleux que le fait qu’il manque des talents féminins soit mis en lumière aujourd’hui parce qu’il existe de sacrés talents et beaucoup de femmes ont créé de super choses depuis des années, mais on ne leur fait aucune publicité, on ne leur présente aucune opportunité. Malheureusement, à Hollywood, cela semble n’être que la moitié du problème. J’ai appris que si vous avez une bonne histoire (et un bon scénario) et une équipe passionnée derrière vous et avec beaucoup de travail, vous pouvez tout réaliser.

Velinda Godfrey : Je pense qu’avoir une vision des choses féminine et masculine sur ce film a rendu les personnages plus dynamiques et la production plus efficace. Les femmes sont souvent sous-estimées, mais certainement pas sur notre plateau. L’expérience, pour l’instant, a été extrêmement valorisante et formatrice. C’est une leçon d’humilité et je crois que toute personne qui écrit une histoire, mec ou meuf, doit réaliser à quel point elle est privilégiée. J’espère voir plus de filles saisir leur chance.

Ce film va faire sensation et je sais que tout le monde l’attend impatiemment ; mais les choses géniales ne se font pas sans problèmes. Quelles sont certaines des plus grosses difficultés auxquelles vous avez dû faire face en faisant ce film ? Et comment avez-vous fait pour surmonter cela et porter à l’écran quelque chose d’aussi fantastique ?

Maura Anderson : Merci ! La plus grosse difficulté pour l’instant à été de mettre en place le financement. Nous avons beaucoup travaillé pour préparer notre campagne de collecte de fonds et avons eu un soutien incroyable. Maintenant, avec la bourse pour nouveaux réalisateurs de Panavision, les primes et les nombreux services d’amis et de cinéastes talentueux, nous y arrivons. Nous n’avons pas encore tourné et même si c’est toujours difficile, c’est ma partie préférée et celle que je maîtrise le plus grâce à mes années de production et de gestion de production, donc j’ai hâte.

Velinda Godfrey : Faire en sorte que les gens misent sur vous alors que vous êtes une réalisatrice débutante est vraiment quelque chose de difficile. Nous avons tous beaucoup cru les uns en les autres dans cette équipe et nous avons réalisé que nous étions en train de gravir une montagne avec des rollers. Garder la foi lorsque les gens ne retournent pas vos appels ou mails est difficile, mais les bonnes personnes se sont manifestées à chaque étape du processus pour l’instant, alors on continue à avancer.

Perso, j’ai vraiment hâte que ce film sorte ; vous avez vraiment de quoi être fières ! Si vous deviez résumer cette expérience en quelques mots, lesquels seraient-ils ?

Maura Anderson : Je continue d’être choquée et stupéfaite de tout le soutien et l’enthousiasme qu’il y a derrière ce projet. Je veux dire, nous y avons toujours cru, mais que d’autres personnes s’embarquent avec nous alors que nous commencions à faire passer des castings et rassemblions l’équipe est incroyable. La collaboration est ce que je préfère dans la création de films et c’en est aussi l’un des éléments les plus importants, donc voir cette équipe se monter est irréel. On forme vraiment un groupe spécial et je sais que ça se verra dans le produit fini.

Velinda Godfrey : (Maura, ça fait 94 mots ! 0/20) La p*tain de meilleure qui soit ! (Là, c’est pile quelques mots. 20/20)

Maura Anderson : Toujours aussi compétitive V  :)

Interview Originale sur le site Thelaughinglesbian.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

Répondre