Abby Wambach : Interview de la footballeuse

Abby Wambach

Interview accordée à Jeff Di Veronica le 30 mars 2014 pour le site Usatoday.com

Pas de J.O., pas de coupe du monde. Et pourtant, 2013 fut l’une des années les plus mémorables pour Abby Wambach.

La star américaine du football âgée de trente-trois ans a battu un record qu’elle visait depuis plus d’une décennie (le record de buts de Mia Hamm), elle a construit une maison à Portland dans l’Oregon et s’est mariée à l’automne dernier. Wambach et sa partenaire de longue date, Sarah Huffman, se sont mariées le cinq octobre lors d’une cérémonie à Hawaï.

Wambach a également joué sa première saison l’année dernière avec le Western New-York Flash de la Ligue Nationale pour le Football Féminin (NWSL). Elle a conduit l’équipe de sa ville natale au match inaugural du tournoi NWSL, mais il n’y a pas eu de happy ending comme au cinéma pour les 9 129 fans du Rochester’s Sahlen’s Stadium : l’équipe The Flash, avec Huffman en défense, a perdu 2-0 contre les Portland Thorns. Le Western New-York ouvre la seconde saison du NWSL le dimanche 13 avril à Washington et joue pour la première fois à domicile le 3 mai, en match retour contre Portland. Wambach jouera aussi des matchs amicaux pour les U.S.A. le 6 avril à Denver et le 10 avril à San Diego.

« C’est une vie de dingue » dit-elle en parlant de ses nombreux voyages. Mais la meilleure joueuse de l’année en 2012 et seconde en 2013 admet qu’elle sait que ça « fait partie du jeu ».

Sa dernière chance de gagner une coupe du monde aura lieu l’année prochaine au Canada. Puis, Wambach visera une troisième médaille d’or aux Jeux Olympiques brésiliens en 2016.

« Je serai plus en forme que jamais. Je serai enragée et je ferai tout ce qu’il faudra pour que l’équipe gagne » nous dit Wambach à propos de la Coupe du Monde. « Si j’ai un poste différent de ceux auxquels j’ai été habituée, alors je dois l’accepter, parce qu’au final il ne s’agit pas juste de moi, je ne peux pas gagner une Coupe du Monde toute seule. »

« Cela concernera les onze [joueuses] sur le terrain et les neuf sur le banc qui nous aideront à gagner les matchs et progresser dans ce tournoi ».

Quel fut le meilleur souvenir du 20 juin dernier, la nuit où vos quatre buts contre la Corée du sud vous ont permis de battre le record du monde de 158 buts inscrits en sélection par Hamm ?

On peut dire que mes coéquipières ont fait en sorte de me passer le ballon. Il y a énormément d’amour entre nous et, me concernant, ce sentiment a encore grandi depuis ce match. C’était juste une nuit si particulière, pour tout… c’était un moment merveilleux à partager avec mes coéquipières et en plus, toute ma famille était là et c’était vraiment spécial pour moi de pouvoir les embrasser après le match, et pour eux aussi, de pouvoir voir cela en personne.

Félicitations pour votre mariage.

Merci.

Hawaï ?

Pourquoi pas Hawaï ? Nous voulions une destination spéciale pour notre mariage et nous voulions un endroit où les gens choisiraient de dépenser de l’argent pour y passer du bon temps. Je vous assure que soixante-quinze pourcent de ma famille ne l’aurait jamais fait s’il n’y avait pas eu un « événement » auquel ils devaient assister. C’était spécial, non seulement pour Sarah et moi, mais c’était aussi une occasion pour ma famille de voyager, de laisser les enfants à la maison, vous voyez ? Être parent de six, quatre ou trois [enfants], peu importe, ce n’est pas facile, donc partir pour cinq jours c’était particulier et c’est quelque chose que je n’oublierai jamais, c’est sûr.

Je sais que la famille a beaucoup d’importance à vos yeux. Voulez-vous en créer une ?

Oui, mais pas tout de suite. La famille est un objectif, mais dans le futur. On est juste contentes de déménager dans notre nouvelle maison et de commencer une nouvelle vie. Ça va être dur d’être séparées pendant l’été mais ce sont des choses qu’il faut faire pour vivre ses passions [Huffman ne joue pas pour le Western New York cette saison]. Je suis très heureuse d’être engagée dans une relation. La façon dont tout ça s’est su et est arrivé est assez marrante. Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à dévoiler toute ma vie au monde entier, parce qu’honnêtement, d’un point de vue footballistique, cela n’a aucune importance. J’étais d’accord pour que ça se sache et ça ne m’aurait pas troublée plus que ça si ça ne s’était pas su.

Maintenant que vous avez fait votre « coming-out », tout du moins publiquement, est-ce que votre vie a changé ?

Non. Rien n’a changé. Je n’ai senti aucune différence du tout et ce n’est pas comme si c’était quelque chose que j’avais caché. J’ai eu l’impression que c’était une surprise pour les autres gens. Pour eux c’est peut-être différent. Je ne sais pas. Honnêtement, j’espère que c’est différent dans le sens positif, et si ça ne l’est pas, je ne vais pas dire aux gens comment vivre leur vie et je ne leur dirais certainement pas que ma vie est la façon dont ils doivent vivre la leur. Les gens peuvent choisir ce qu’ils veulent faire de leur vie et j’aime ce choix. Mes parents peuvent vous le confirmer : déjà adolescente je voulais faire mes propres choix, et je suis heureuse [maintenant]. Au final, c’est tout ce qui compte.

Avez-vous déjà ressenti une pression pour devenir une militante des droits des homosexuels ?

Oui, mais ça ne me correspond pas. Si quelqu’un me met la pression, je ne me décontenance pas. Je ne fais pas de politique. Bénéficions-nous d’un tremplin permettant d’y accéder ? Bien sûr. Mais je n’ai jamais été comme ça. Je veux que ma contribution se rapporte au football et si je peux aider les gens à être plus heureux dans la vie dans quelque domaine que ce soit, très bien. Si je peux rendre un enfant plus à l’aise dans sa peau parce qu’il affronte des choses que j’ai affrontées au lycée, génial. Mais j’ai l’espoir que ce sujet, cette conversation, appartienne au passé.

Comment est votre nouvelle maison, et avec votre emploi du temps combien de temps y avez-vous passé ?

Enfin finie, enfin meublée. Je n’ai pas eu l’occasion d’y passer trop de temps. En hors-saison, nous étions assez occupés avec l’équipe nationale et il vous faut prendre des vacances quand vous pouvez en hors-saison. Je dirais que j’ai passé trente jours dedans, ce qui est intéressant.

Est-ce frustrant ?

Non, parce que c’est pour le reste de ma vie. Maintenant, je me prépare à avoir une carrière après ma carrière de footballeuse et je suis contente d’aller vivre à Portland. J’apprends toujours à connaître la ville. J’ai un très bon groupe d’amis avec qui je sors là-bas. C’est pour l’après-foot. Est-ce que revenir à Buffalo à cette période de l’année est ce que je veux faire de ma vie ? Probablement pas. Mais ça fait partie de mon travail. Ce sont des sacrifices que nous devons faire années après années pour jouer dans de grands tournois comme la Coupe du Monde. Les gens ne comprennent pas. Il y a beaucoup de choses à faire pour en arriver là. Il y a un sacrifice dans cet engagement, pas seulement au niveau de l’équipe nationale mais un engagement envers vous-même pour vous améliorer sans cesse, et le seul moyen de faire cela est de vous retrouver dans des environnements qui vous poussent à l’amélioration.

Comment vous sentez-vous physiquement ?

Mon tendon d’Achille ne m’a pas posé de problème depuis un moment, je touche du bois. J’essaie juste de me remettre en forme. L’Algarve Cup (un peu plus tôt ce mois-ci, au Portugal) fait partie de ces tournois où je joue chaque match, pendant quatre-vingt-dix minutes, et cela me donne la forme nécessaire pour me propulser dans un de ces clubs saisonniers. Malheureusement, je n’ai pas joué autant de temps que d’habitude, donc j’ai dû beaucoup travailler toute seule à côté. Et à mon âge avancé, trente-trois ans, il est plus dur de se motiver. Vous pouvez faire autant de sprints que vous voulez mais il n’y a rien de tel que de jouer un match de quatre-vingt-dix minutes. Selon moi, il n’y a pas de meilleur moyen pour vous remettre en forme que de jouer des matchs en continu. Je me sens parfaitement bien. Je me sens mieux que je ne me suis sentie depuis un bon moment. Émotionnellement, c’est dur d’être loin de chez soi, mais comme j’ai dit, ça fait partie du jeu. Vous ne pouvez pas pleurer dès que les choses se compliquent un peu. Il vous faut juste faire avec et savoir qu’il y a une raison et un but à ces choses.

Avez-vous beaucoup changé de poste avec l’équipe nationale ?

C’est une conversation que j’ai beaucoup eue avec Tom [Sermanni, l’entraîneur des U.S.A. pour la seconde année] ces derniers mois. Il y a quelques éléments à prendre en compte. Premièrement, évidemment, je vieillis. Deuxièmement, il y a des joueuses comme Alex [Morgan], Sydney [Leroux] et Christen Press, d’autres avants, qui pourraient débuter dans n’importe quelle autre bonne équipe du monde. Mes points forts sont variés, tant en qualités de dirigeante, de réflexion et de tactiques, je pense qu’on verra match après match ce qu’il sera judicieux de faire. Il y a sept matchs en Coupe du Monde. Il faudra faire entrer beaucoup de joueurs, donc il vous faut certains joueurs confiants et cette confiance se travaille pendant des années.

Interview Originale sur le Site Usatoday.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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