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INTERVIEW DE LA ROMANCIERE CY JUNG

(SUITE)

 

Pour votre dernier livre, était-ce difficile d’écrire un roman basé sur la réflexion où les questions se bousculent plutôt que d’imaginer des scènes d’amour diverses et variées ?

Les deux se valent. Ce n’est pas le même travail. Je revendique le fait qu’écrire est un métier : je dois donc être capable d’écrire tous les genres, tous les formats, tous les sujets. En dehors de ce que je publie, j’écris régulièrement des textes que je ne signe pas dans le cadre de mes activités associatives et militantes. À cette occasion, j’épouse le style de l’auteur présumé du texte. Écrire est une technique, ni plus, ni moins. La maîtriser implique que l’on sorte l’écriture du mythe du génie créateur. Je sais que je vais en choquer plus d’une ; tant pis, je milite aussi pour la désacralisation de l’écriture.

 

D’où est venue l’idée de changer ainsi constamment le prénom de l’être aimée dans Un roman d’amour, enfin ?

Dans Mathilde, je l’ai rencontrée dans en train, le prénom était unique pour des personnages multiples. Mon travail sur l’écriture m’a menée à vouloir tenter l’expérience de l’inverse. Cela a fonctionné et n’a en fait rien contrarié du récit. J’en suis encore un peu surprise, mais ravie.

 

Aujourd’hui vous êtes une auteure très visible et abordable est-ce une manière pour vous de vous impliquer encore plus dans la visibilité homosexuelle ?

J’ai toujours souhaité être visible et abordable. Je ne conçois pas de vivre sans un engagement permanent. Le métier d’écrire va bien à cette volonté.

 

Votre premier roman est sorti en 1998, aujourd’hui, 10 ans après, jugez-vous que le monde a beaucoup évolué en matière de visibilité et de représentation lesbienne que ce soit à la télévision, au cinéma, dans la littérature ?

La visibilité a beaucoup augmenté, en quantité. Cette « multiplication de l’offre » permet de multiplier les représentations donc de permettre à chacun de trouver plus facilement ce qu’elle cherche comme manière de se représenter, donc de vivre, sa propre homosexualité.
Je ne peux que me réjouir de tout cela parce qu’en fin de compte, le but est que chacune soit heureuse.

 

Des sujets que vous n’avez pas abordés et que vous rêvez de traiter dans un prochain livre ?

Il y en a des tonnes ! Pour l’instant, je travaille sur la vieillesse, la mort et le deuil au sens large du terme. Mais rassurez-vous ; ce n’est pas forcément triste.

 

Vos parents et votre famille sont fiers que vous soyez écrivaine ? Comment ont-ils réagi à la sortie de votre premier livre ? Et de Tu vois ce que je veux dire. Vivre avec un handicap visuel qui touche un tout autre registre puisqu’il parle de votre albinisme ?

Oui, ma famille est fière et, depuis dix ans, elle a soutenu tous mes projets, tous mes écrits. Il en est de même de mon entourage. Mais je crois qu’elle serait aussi fière de moi si j’avais choisi n’importe quel autre métier. Ce qui l’importe avant tout, c’est que je réalise mes projets et construise ma vie en tendant vers le bonheur. Je m’y emploie tous les jours. Le moyen est secondaire.

 

Dernière question. Quels sont vos auteurs favoris ? Votre livre de chevet ?

À mon chevet, j’ai une radio.
J’ai beaucoup lu, plus jeune. Aujourd’hui, j’ai un peu de mal, mes yeux fatiguent vite. Alors je me concentre sur la presse. Mais si je ne devais garder qu’un livre, j’hésiterais entre La légende des siècles de Hugo et Les essais, de Montaigne. Et si j’ai droit à un troisième, je prendrais la Bible. Je ne l’ai pas lue. J’aimerais en prendre le temps un jour. J’aime les livres qui interrogent notre humanité.

 

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Cy Jung


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