La Belle Saison : Interview de la réalisatrice Catherine Corsini et de la productrice Elisabeth Perez

Catherine Corsini - Elisabeth Perez - La Belle Saison

Interview accordée à Daniela Costa le 15 septembre 2015 pour le site Afterellen.com

Il y a moins de deux semaines, je vous ai parlé d’un nouveau film lesbien qui a conquis nos cœurs, ici à Afterellen : le film français La Belle Saison. Le film parle des féministes Carole et Delphine qui se rencontrent et tombent amoureuses dans le Paris du début des années 1970, alors même qu’elles sont issues de deux mondes différents. La première diffusion nord-américaine du film a lieu au festival du film international de Toronto (TIFF) le 13 septembre, en présence de la réalisatrice Catherine Corsini et de la productrice Elisabeth Perez qui promeuvent le film.

J’ai partagé un moment avec ces deux femmes qui se trouvent aussi être en couple dans la vie. Nous (et par nous, je veux dire moi, elles et une traductrice parce que je ne parle pas très bien français [ndlt : en français dans le texte]) avons parlé du féminisme, de la réception du film en France et, bien entendu, de ces mémorables scènes de sexe. Attention : il y aura des spoilers.

Les années 1970 en France. Le mouvement féministe. Des lesbiennes. Cela va peut-être sans dire, mais pourquoi vouliez-vous réaliser un film qui rassemblait ces sujets ?

Catherine Corsini : Il y a deux ans, en France, il y a eu une énorme vague d’homophobie, principalement déclenchée par le mariage homo. L’hostilité de la France s’est réveillée et c’est surtout pour cela que je voulais aborder ce sujet. Je voulais retracer un pan de l’Histoire et faire le parallèle avec le mouvement féministe ainsi que le mouvement homosexuel pour montrer d’où cela venait.

Il y a aussi une autre raison : Elisabeth m’a vraiment poussée à faire un film sur l’homosexualité, ce que je n’avais pas fait avant maintenant.

Pourquoi ? Pourquoi attendre jusqu’à maintenant ?

Elisabeth Perez : Parce qu’elle est un peu comme Delphine dans le film.

Catherine Corsini : J’avais un peu peur de ne pas trouver le juste équilibre pour raconter une histoire homosexuelle. J’avais peur de ne pas être capable de filmer des scènes d’amour entre femmes. Peut-être que je n’avais pas assez de recul, assez de distance pour pouvoir filmer cela. Et c’était un terrain plutôt inconnu pour moi parce que ce sont des histoires moins racontées. D’un autre côté j’avais aussi peur de trop exhiber le côté physique d’une relation homosexuelle. Du coup, je n’arrivais pas à trouver le juste milieu entre ces deux aspects.

Était-ce à cause de la façon dont vous pensiez que le public réagirait ? Ou de ce que cela dirait sur vous ?

Catherine Corsini : C’est à cause de moi ; à cause de mon côté timide pour les scènes intimes. Je ne voulais pas donner ces scènes en pâture aux lions non plus, parce qu’alors nous aurions pris le risque qu’un mec vienne juste pour, comme on dit en France, se rincer les yeux et regarder de belles femmes faire l’amour. La plupart du temps les scènes d’amour entre femmes sont filmées avec une musique très jolie et douce, une belle photographie. Je ne voulais pas que cela se passe comme ça. Je ne voulais pas que ce soit pornographique non plus à cause du public. J’avais donc un peu peur.

Il faut que je vous parle des scènes de sexe. Vous n’y êtes pas allées de main morte. Pourquoi était-ce important pour vous de montrer ces femmes dans l’intimité encore et encore ?

Catherine Corsini : Parce que, pour moi, faire l’amour est important. Dans les scènes d’amour entre deux femmes je veux vraiment communiquer le plaisir que cela peut apporter. Particulièrement au niveau de la liberté et de l’audace que cela implique. Mais il y a aussi de la beauté et du bonheur là-dedans. Même si c’est un peu plus compliqué à faire, j’ai voulu montrer que le désir peut rendre une scène d’amour magnifique.

Elisabeth Perez : Je trouve que souvent lorsque l’on voit des scènes d’amour entre deux femmes, la pénétration n’est pas montrée. C’est ce que je disais à chaque fois que je me penchais sur la réalisation. Je leur disais « On ne voit pas qu’il y a pénétration ». On a donc filmé et refilmé encore et encore, peut-être plus que ce qu’on avait prévu. Nous avons vraiment cherché à savoir comment le suggérer.

Catherine Corsini : C’était un peu difficile pour les actrices de faire ces scènes d’amour.

Le film donne l’impression que le féminisme est quelque chose de cool, ce qu’il peut être bien entendu, mais je comprends pourquoi certains disent que cela idéalise le féminisme. Pensez-vous que ce soit une remarque pertinente ?

L’image du féminisme en France est assez affreuse. Je ne sais pas si vous avez la même image du féminisme au Canada ou aux États-Unis, mais en France elle est vraiment horrible. Les femmes féministes sont supposées être immondes, mal baisées, vouloir prendre la place des mecs et tout. Je voulais donc montrer qu’au contraire, ces femmes peuvent être marrantes, spontanées, pleines de vie et qu’elles étaient en train d’inventer de nouvelles idées, de créer une nouvelle façon de penser, une nouvelle vague. Alors peut-être que j’ai un peu survolé le féminisme parce que c’est plutôt difficile de transposer toutes ces idées en actions. Et j’ai essayé de toujours de regarder ces actions féministes, qui sont clairement à l’origine des actions du mouvement féministe actuel, d’un œil moins violent.

Elisabeth Perez : Les actions engagées par le féminisme d’aujourd’hui sont même encore plus violentes.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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