La Belle Saison

Le film lesbien de l'année 2015, une pure réussite !

Année de Production : 2015

Date de Sortie : 19 Août 2015

Réalisation : Catherine Corsini

Scénario : Catherine Corsini, Laurette Polmanss

Avec : Cécile de France (Carole), Izia Higelin (Delphine), Noémie Lvovski (Monique), Kévin Azaïs (Antoine), Laetitia Dosch (Adeline), Benjamin Bellecour (Manuel), Sarah Suco (Fabienne), Nathalie Beder (Marie-Laure)

Nationalité : Française

Genre : Comédie, Drame, Romance

Durée : 1h 45min.

Titre Original : La Belle Saison

La Belle Saison : Résumé

1971, Paris.

Delphine est fille de paysans. Étouffant dans la ferme familiale, elle monte à Paris pour s’émanciper du carcan parental et gagner son indépendance financière.

De son côté, Carole est parisienne et vit à la capitale depuis toujours. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme.

Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d’amour fait basculer leurs vies. Mais Delphine doit rentrer à la ferme pour soutenir sa famille. Incapable d’accepter cette séparation et de mettre un terme à leur romance, Carole la rejoint. Malheureusement Delphine cache la réalité de leur liaison. Et, lorsque cela se sait, tout se complique…

1971, Paris. Delphine est fille de paysans. Étouffant dans la ferme familiale, elle monte à Paris pour s’émanciper du carcan parental et gagner son indépendance financière. De son côté, Carole est parisienne et vit à la capitale depuis toujours. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d'amour fait basculer leurs vies. Mais Delphine doit rentrer à la ferme pour soutenir sa famille. Incapable d'accepter cette séparation et de mettre un terme à leur romance, Carole la rejoint. Malheureusement Delphine cache la réalité de leur liaison. Et, lorsque cela se…

L'avis d'Univers-L

Scénario/Réalisation
Casting
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Résumé : Une inoubliable romance lesbienne.

Note des lectrices : 3.83 ( 81 votes)
89

Si vous suivez Univers-L sur ses comptes Facebook et Twitter, vous avez appris, ce week-end que La Belle Saison, ce film tant attendu de Catherine Corsini, passait en avant-première à Lyon, hier soir. Bien évidemment, en découvrant cela, nous nous sommes ruées sur les places et avons partagé avec un plaisir non dissimulé l’information. La salle était pleine à craquer, preuve que ce long-métrage est plus qu’attendu.

Je vais être directe, La Belle Saison est une œuvre magnifique et inoubliable. Un film magistral simplement bouleversant, superbement écrit, tourné et interprété. Je n’ai que des compliments à faire et souvent c’est quand on a que de bonnes choses à dire que c’est le plus difficile à exprimer.

Donc déjà, dans l’ordre, le scénario est excellent. L’histoire se déroule dans les années 70 sur fond de féminisme avec le MLF (Mouvement de libération des femmes) entre Paris et la province. Les dialogues sont géniaux et je regrette vraiment de ne pas avoir pas pu en enregistrer certains pour pouvoir les mettre dans les extraits et vous donner une idée de leur qualité. Il y a un véritable équilibre, pas du tout évident à trouver, entre Paris et son effervescence et la campagne et son calme. Ce qui aurait pu être un grand écart raté fonctionne ici parfaitement. J’ai été sous le charme immédiatement. Je ne sais pas si c’est parce que je suis née dans une petite ville que j’ai quittée ou parce que mon grand-père avait une ferme, mais j’ai trouvé le personnage de Delphine, interprété par Izïa Higelin très juste dans son évolution. À Paris (ou à Lyon), on a toujours l’impression d’être une provinciale expatriée et quand on revient à la maison (là où on est née) tout le monde a l’impression qu’on est différente, plus libre peut-être, dans un endroit où tous  se regardent et se connaissent. Ces peurs, je les ai certainement d’autant plus comprises que je les vis encore régulièrement.

L’image du film est également remarquable. La campagne avec ses teintes différentes est juste sublimée. Il y a une véritable explosion de couleurs quand Delphine travaille ou vagabonde dans les prés et c’est magnifique. À côté, Paris semble terne, très terne. Seuls les vêtements apportent de la couleur. Franchement, on sent un vrai respect de la terre et du monde agricole de la part de Catherine Corsini, loin de la condescendance dont font parfois preuve certains réalisateurs. C’est très beau et touchant.

Ensuite, l’interprétation. J’ai été époustouflée. Je suis tombée sous le charme et la force de Cécile de France dans ce film. J’avais été honnête lors de ma critique de Casse-tête chinois en disant que j’avais été très déçue par sa prestation, surjouée et stéréotypée. Là, elle m’a tout simplement éblouie. Elle est parfaite dans ce rôle de femme forte, militante et libre. Elle irradie littéralement du début à la fin et son sourire et sa spontanéité rendent le personnage touchant et profondément humain. En face d’elle, Izïa Higelin est aussi d’une justesse rare. Elle a une fragilité et une sincérité qui font la force de son personnage. Ce dernier est plus timide, plus introverti et va se découvrir peu à peu. Leur alchimie est idéale et c’est leurs différences tant physiques que dans la manière d’aborder leur rôle qui rend ce couple si fort et réaliste. En sortant je me suis dit que cela n’aurait pas du tout fonctionné si Cécile de France avait eu pour partenaire Adèle Haenel. Le changement de casting est donc tombé à pic, pour moi.

Je pourrais dire aussi que c’est un film drôle. On rit beaucoup. Et sans vous en dévoiler plus, aborder cette romance ainsi est une belle idée et une réelle réussite. En résumé, je vous le conseille. La Belle Saison est le genre de long-métrage qu’on ne se lasse pas de voir et de revoir.

Attention spoiler : ce qui suit dévoile une partie de l’histoire.

Je voulais insister sur trois points qui me semblent importants dans cette critique.

Le premier est l’évidence et la facilité avec laquelle l’homosexualité des personnes est amenée. Je pense notamment à Adeline qui explique qu’elle se bat pour la contraception et l’avortement alors que ce n’est pas sa copine qui va la mettre enceinte. Ou le raid pour libérer son meilleur ami gay, interné de force par ses parents. Pareil avec l’évolution des personnages de Carole et Delphine. Carole dit qu’elle n’est pas lesbienne et pourtant elle va plonger à cœur perdu dans sa relation avec Delphine et terminer avec une femme. La scénariste et réalisatrice a elle-même déclaré à la fin de la projection que le personnage de Carole est homosexuel. Pareil pour Delphine qui explique avant d’embrasser Carole qu’elle n’est pas lesbienne et qui pourtant, quand elle se confie quelques jours plus tard, dit qu’elle n’a jamais rien ressenti en embrassant des garçons. Toutes ses histoires d’amour ont été avec des filles. Cette banalisation est énorme d’autant plus qu’au lieu d’être plombée par un côté dramatique, elle est éclairée et soutenue par un humour salvateur et une image lumineuse.

Le second c’est l’alchimie entre les actrices et la présence de leurs corps nus. Déjà, il faut le dire, le second baiser (considérant que le premier est raté et avorté) est une réussite majeure. J’aurais aimé poser une question à Catherine Corsini sur le sujet, mais une seule c’était déjà suffisant et puis parler de nu et de baiser devant toute une salle de cinéma, j’avais pas le courage. Le second baiser est donc une réussite à bien des égards à mon avis. Parce qu’il est passionné, parce qu’il évolue, parce qu’il est très bien joué et magnifiquement filmé, parce que les spectateurs le vivent tout comme ils vivent l’évolution des sentiments des personnages. Il se joue énormément dans ce baiser. Il y a un avant et un après dans la relation. Franchement il est sublime. C’est le genre de baiser que les jeunes vont regarder en boucle sur Youtube pour avoir le moral, je vous le promets ! Ensuite, en ce qui concerne les corps nus. On voit beaucoup Carole et Delphine nues tout au long du film avant ou après avoir fait l’amour. Les scènes d’amour sont d’ailleurs très réussies,  filmées avec pudeur pour dévoiler ce qu’il faut, mais jamais trop. Pour moi l’équilibre est parfait ce qui n’est pas évident à atteindre. Et surtout, je ne sais pas si cela vient de la manière de filmer ou du lâcher-prise des actrices, mais on n’a jamais l’impression d’être dans une position de voyeur. On est très loin de La Vie d’Adèle qui a revisité le Kâma-Sûtra lesbien en une unique scène. Ici, on est dans quelque chose de bien plus juste et touchant. L’angoisse et les hésitations de la première fois, le bonheur des peaux qui se touchent, la fringale d’après et des biscuits partagés nues, les fous rires au lit, bref tout ça et bien plus encore. Cela colle parfaitement avec l’époque et la libération des femmes et rarement l’intimité d’un couple lesbien n’a été montrée avec autant de justesse et de respect. Merci !

Dernier point, la fin. Attention hyper-méga-spoiler ! À la fin de la projection, une jeune femme a dit qu’elle aurait aimé que le film finisse bien et que les deux héroïnes terminent ensemble. Je ne suis pas de son avis, pour moi le film se termine bien. Il se termine bien parce que les deux personnages ont grandi et se sont émancipés en apprenant à se connaître. Carole est maintenant ouvertement lesbienne, elle n’a pas renié son combat pour la liberté des femmes et travaille dans un centre d’avortement tout en vivant avec celle qu’elle aime. Elle n’éprouve aucune honte et peut parler librement de sa relation. Même encore aujourd’hui il y a des femmes qui n’arrivent pas à faire tout ça. Si ça c’est pas une fin positive, je ne sais pas ce que c’est ! Pareil pour Delphine, son rêve était d’avoir sa propre ferme et elle atteint cet objectif loin de sa famille en vivant comme elle l’a toujours souhaité. Elle a enfin réussi à vivre pour elle et pas pour les autres. En 1975 il n’y avait pas beaucoup de femmes qui signaient leurs propres chèques et qui avaient leur propre ferme ! Si ça c’est pas non plus une fin positive, je ne sais pas ce que c’est ! Carole et Delphine étaient différentes, leurs aspirations, leurs rêves étaient différents. En parvenant à les réaliser, elles ont grandi et c’est ce dont parle ce film, à mon avis. Je pense que les faire terminer ensemble pour ne pas heurter les lesbiennes (et j’en suis une) ou les romantiques (et j’en suis une aussi) aurait été un peu trop, limite cul-cul la praline. Là, c’était encore réaliste et juste, à l’image de tout le film.

Bon, je vais m’arrêter là sinon je vais définitivement vous perdre. J’avoue, j’ai rarement eu autant envie d’interviewer réalisatrices et actrices après un visionnage pour savoir comment elles ont abordé le tournage et leurs rôles. Je crois qu’il y a énormément à dire, en tout cas j’ai des tonnes de questions ! À mon avis il s’agit du film de l’été. J’espère simplement que la sortie en Août ne va pas lui nuire, il mérite de faire un carton en salles ! Je n’ai qu’un mot à dire, foncez !

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

5 commentaires

  1. je n’ai pu le voir au cinéma , alors dès que « La belle saison  » est sortie en dvd en janvier 2016 je l’ai acheter , je l’ai eu sur Amazon au prix de 19,99 euros , c’est un très beau film , Cécile de France et Izia Hilgelin son super , perso je ne l’ai pas trouvé le film choquant , les actrices son très belle , il y a un peu de nudité mais pas de quoi en faire toute une histoire , je sais pas si c’est parce que on les voir tout nue avec des poils qui choque les gens où le fait que ça soit un couple de femmes , car pourtant a la tv , les magazine etc … on voir des femmes et des hommes a poils pour des publicité et autres , ils n’en font pas toute une affaire là , sois j’ai rien compris , sois c’est notre société qui pas clair avec elle même , sinon le film La belle saison est super , même si nos héroine se sépare a la fin . 😉

  2. Je suis allée voir ce film la semaine de sa sortie, et j’ai juste adoré. Je ne vais rien ajouter sur l’histoire (rien de plus à dire que ce qui a été déjà dit), et me cantonner à mon opinion personnelle.
    En effet, Cécile de France est excellente dans ce film. Elle est lumineuse, drôle, sensible, subtile… Bon, je suis de parti pris parce que c’est une de mes actrices préférées (je suis capable d’aller voir un film uniquement parce qu’elle est au casting), mais, vraiment, là elle est excellente.
    Izia Higelin est très bien aussi. Je dois avouer que j’avais un peu peur mais elle est d’un naturel impressionnant.
    J’ai adoré que les scènes entre les deux actrices ne se cantonnent pas à des tensions mais montrent aussi ce que c’est que d’être amoureux, simplement. Elles sont bien ensemble, à l’aise avec leur nudité. Une véritable alchimie que l’on voit rarement entre deux actrices au cinéma.
    Et la fin reste ouverte. J’aime les fins ouvertes ! Celles où on voit ce que les personnages ont accompli, ce qui reste à accomplir. Où on peut imaginer ce qu’il peut se passer.
    Bref, un très bon film, qui fait du bien !

    • Isabelle B. Price

      Je suis totalement d’accord avec toi, @Calian sur la vision de la nudité et la manière dont elles sont montrées bien ensemble sans qu’on ait le drap qui les recouvre et qui ne laisse même pas dépasser un orteil où l’absence de contact physique.
      J’ai trouvé cela très juste et très vrai cette intimité des corps que l’on peut avoir la personne qu’on aime. Je trouve que c’est souvent là que les films sonnent faux. En l’occurrence ici j’ai particulièrement adoré.
      Il se dégage quelque chose de très honnête, très vrai de ce film.
      Au fait, par curiosité, ça t’a choqué toi les poils ? Je sais que pendant la séance on a pas mal de personnes qui ont vraiment semblé horrifiées 😉

      • Oui, j’ai tiqué à la vue des poils 😉 Mais je me suis dit, « Ben oui, ce sont les années 70, libération du corps, tout ça tout ça, logique qu’on voie des poils ».
        Et maintenant je me dis que, poils ou pas de poils, chacun est libre de faire ce qu’il veut, en fait. Années 70 ou pas.
        J’ai tiqué parce qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma des corps « naturels », comme ceux qu’on peut voir dans la vraie vie.
        Et puis aussi parce qu’on n’a pas l’habitude de voir les sexe des acteurs et des actrices au cinéma. En général, il y a toujours un vêtement, un drap ou une plante en pot pour cacher ces zones. Et là, on les voit nues, entièrement, et, oui, il y a des poils à ces endroits là ! (j’avais eu la même réaction pendant la scène de sexe de Retour à Cold Mountain, avec Nicole Kidman…)

        • Isabelle B. Price

          @Calian je suis d’accord avec tout ce que tu dis concernant le naturel des corps. Je dirais qu’aujourd’hui les corps représentés au cinéma et ailleurs (à la télévision, dans la publicité, les magazines etc…) ne sont absolument pas naturels ! Rien ne dépasse jamais, pas de poils, pas de graisse… Les clips et les films sont photoshopés !
          Personnellement j’ai surtout remarqué que dans les salles les femmes étaient choquées par les poils sous les bras et, si ça m’a surprise au début, je me suis ensuite dit que c’était totalement en accord avec la période. Exactement comme toi !

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