La Série des « Hunter » de Gerri Hill

Comme beaucoup d’auteures de romans lesbiens, Gerri Hill est xenite, elle a commencé pour le fun à écrire des fan-fictions basées sur les personnages de Xena et Gabrielle, héroïnes cultissimes de Xena Princesse Guerrière. Dans la majorité de ses livres,  il y a souvent une grande brune un peu masculine et très courageuse et une petite blonde sexy et particulièrement futée…

Pour info, voici quelques unes des auteures xenistes : Melissa Good, Blayne Cooper, KG MacGregor, Trish Kocialsky ; et même si  Radclyffe s’en défend, dans certains de ses livres, la série des Honneurs en particulier, on retrouve bien le stéréotype.

Son premier roman, One summer night, publié en 2000 chez Bella Books, a été avant cela, une fan-fiction publiée par l’Academy of Bards en 1994. Cette académie virtuelle publie sur Internet des récits ayant tous comme personnages principaux Xena et Gabrielle, quels que soient les prénoms choisis par les auteures. Stephanie Salomon, la « reine » de cette Academy, a aidé Gerri à en faire un roman.

Le succès était au rendez-vous et depuis Gerri a publié 18 romans, le dix-huitième, Devil’s Rock, est sorti en décembre 2010.

Quand elle n’écrit pas, Gerri réside avec Diane, sa compagne, depuis de longues années dans les Piney Woods, une zone forestière qui s’étend sur plus de 61 000 km2. Cette partie des USA située à l’Est de la route reliant Dallas à Houston est le cadre de plusieurs de ses romans, ainsi que le Colorado où elle vivait précédemment.

Adepte du camping et de la marche à pied, elle aime observer les oiseaux et les photographier même, et elle insiste, si elle n’arbore pas encore un drôle de chapeau comme la plupart des amoureux des oiseaux. Elle collectionne les cadeaux de la nature : plumes, cailloux, pommes de pin… C’est une lève-tôt appréciant à sa juste valeur la beauté d’un levé de soleil.

Gerri et Diane partagent leurs vies avec de nombreux chats et chiens dont on peut  voir les photos sur son site : gerrihill.com.

Si on observe la production de Gerri en 10 ans (18 livres, elle n’a pas chômé !) Elle écrit aussi bien, et avec le même succès, des romances (11) des romans policiers (7). Ces derniers ont la particularité de constituer pour six d’entre eux, deux séries.

La première, constituée de The Killing room et de The Target, présente un personnage commun aux deux livres, Jack McCoy, une détective de la police de Denver. Si dans le premier elle est le personnage central, dans le second, elle tient un rôle plus secondaire.

Mais la série policière qui a fait le succès de Gerri, celle des Hunter, est plus intéressante, car autour de Terri Hunter, c’est toute une brigade qui nous est devenue familière. Cette série compte 3 livres : Hunter’s Way, The Name of the Father, et Partners. Le dernier livre de Gerri, Devil’s Rock, bien qu’ayant d’autres héroïnes, est lié à Partners, le serial killer étant le même dans les deux livres. Enfin, pour être complète sur ce que je sais de Gerri Hill, deux de ses romans ont été traduits en français. Coyote Sky, en 2008 par les filles des Éditions Dans l’Engrenage et le second, Hunter’s Way, (Tête Brûlée) en 2009 par les mêmes. J’avoue ne pas être une inconditionnelle des traductions mais cela a permis à celles qui ne lisent pas l’anglais dans le texte de découvrir l’univers de Gerri Hill.

HUNTER’S WAY

Hunter's Way - Gerri Hill

Sorti en 2005, Hunter’s Way est le premier roman policier de Gerri Hill mais son cinquième publié aux Éditions Bella Books. Il nous fait découvrir un personnage complexe et attachant, Tori Hunter.

La détective Tori Hunter de la brigade criminelle de Dallas – Est a beau en être la meilleure enquêtrice  elle a un gros problème : elle ne supporte pas les différents équipiers avec qui son capitaine essaye de la faire travailler et c’est réciproque. Six partenaires en 7 ans, cela commence à faire beaucoup, surtout si on sait que deux ont été tués en service, deux ont démissionné, un est handicapé et le tout dernier à l’hôpital avec deux jambes cassées…

Le fait qu’elle soit la seule femme du groupe, lesbienne assumée de surcroît, ne fait rien pour améliorer sa popularité. Á peu près tous les autres détectives la détestent, et certains comme John Sikes, sont ouvertement homophobes.

Le livre commence par la convocation de Tori dans le bureau du Lieutenant Malone. Celui-ci lui annonce qu’un septième coéquipier lui a été attribué et que cet équipier est une équipière… Samantha Kennedy.

Hunter est quelqu’un de solitaire, taciturne, sûre d’elle. Physiquement, elle est grande, mince, athlétique. Brune, les yeux noirs. C’est la meilleure et elle le sait.

Un drame personnel remontant à l’enfance, l’assassinat sous ses yeux de ses parents, ses deux frères et sa petite soeur l’a marquée à tout jamais. Elle ne fait confiance à personne. Personne ne l’aime et c’est réciproque.

Sa nouvelle partenaire, Samantha, est son antithèse : blonde, les yeux bleus, pas très grande, svelte, extravertie, elle se lie facilement avec ses collègues et a une relation amoureuse depuis 2 ans avec un avocat, Robert.

Si la première semaine entre les deux partenaires se passe mal, Tori ne faisant aucun effort pour intégrer Sam, petit à petit, celle-ci parvient à percer sa carapace et Tori, l’ introvertie, s’ouvre doucement. Sam, à un carrefour de sa vie sentimentale commence à se poser des questions sur les émotions engendrées par Tori.

L’arrivée de Sam dans la brigade coïncide avec la découverte du corps d’une inconnue dans les poubelles. Puis d’un second. Les victimes semblent être de jeunes prostituées. Mais la découverte du troisième corps oriente Tori sur une autre piste : En fait ce sont toutes de jeunes lesbiennes rejetées par leur famille, vivant dans le même foyer d’accueil. Tori et Sam doivent se battre contre un tueur en série particulièrement intelligent et connaissant très bien les rues de Dallas.

Une course contre la montre s’engage entre le tueur et les deux détectives, celui-ci se rapprochant de plus en plus d’elles, jusqu’à la confrontation finale.

Ce premier livre policier de Gerri lui permet d’innover avec un style nerveux, peu de descriptions de paysage comme dans ses autres romans, mais une bonne étude psychologique des personnages principaux. C’est un découpage très cinématographique avec 50 chapitres pour seulement 360 pages, comme des plans-séquences. Cela donne un rythme très soutenu au roman qui est un vrai turning pages.

C’est un vrai roman policier, pas un simple prétexte pour une romance lesbienne. Avec les ingrédients habituels, de la violence, un tueur en série particulièrement actif, une enquête menée par toute une équipe, un suspens final haletant.

Dans le cadre d’une enquête sur un trafic de drogue, Sam est enlevée, brutalisée et violée et ne doit sa vie qu’à l’énergie désespérée que met Tori à la retrouver. Cet  épisode traumatisant sert de déclencheur au rapprochement physique entre Sam et Tori.

Mais comme dans beaucoup de romans policiers, il y a aussi quelques notes comiques : l’exaspération de Tori contre les services scientifiques qui ne travaillent jamais assez vite à son goût (idiots…) le portable de Sam  qui sonne toujours au plus mauvais moment.

Hunter’s Way est aussi une fantastique histoire d’amour entre deux femmes qu’au départ tout séparait ; une lesbienne taciturne et une hétéro extravertie.

Comme quoi tout est possible quand l’amour vient modifier les données d’un problème. Tori, grâce à l’influence positive de Sam, devient même amie avec John Sikes !!

Gerri a créé deux personnages forts qui, au fil du roman, malgré la violence de l’enquête arrivent à construire une relation amoureuse puissante et sensuelle.

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