L’affiche de la Belle Saison a été censurée

La Belle Saison de Catherine Corsini

On a plus de dix jours de retard mais on va quand même partager l’information pour celles qui ne l’auraient pas vu. Jeudi 17 Septembre dernier, alors qu’une association de cinéma itinérant en Vaucluse (Cinéval si vous êtes curieuse) avait prévu de diffuser le film lesbien La Belle Saison de Catherine Corsini, l’affiche du long-métrage a été supprimée du site de la ville et dans la mairie de Camaret-Sur-Aigues.

La projection a bien eu lieu puisque l’association était la seule et unique responsable de la programmation mais le maire Front National, Philippe de Beauregard a décidé de supprimer toutes les affiches utilisant comme il l’a précisé « sa liberté d’expression et son droit à la critique ». Il a bien évidemment justifié sa censure en expliquant :

« J’ai vu ce film et il comprend de nombreuses scènes de nature à perturber un jeune public et il n’y a aucun avertissement et aucune restriction d’âge indiqués. En tant que citoyen, je mets en garde les parents. »

Pour vous rassurer, Monsieur le Maire a bien expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un acte homophobe parce que quand même :

« S’il s’agissait d’une relation hétérosexuelle, j’aurais eu la même réaction. Ce sont les scènes érotiques en gros plans qui ne sont pas destinées à tous les publics. Le partenariat avec l’association est maintenu. Je pense qu’ils auraient pu choisir un autre film. »

Heureusement Cinéval n’a pas laissé cette polémique modifier sa programmation et le film La Belle Saison a été projeté comme prévu initialement.

En apprenant la nouvelle, la réalisatrice Catherine Corsini a adressé une lettre ouverte au maire de Camaret-Sur-Aigues, Philippe de Beauregard qui a été publiée sur le site web de la société des réalisateurs de films. Voici la lettre dans son intégralité :

« Cachez ce sein que je ne saurais voir » (Molière)

A vous en croire, Monsieur Philippe de Beauregard, on devrait rhabiller les statues de nues, mettre un voile sur les peintures de Courbet, Manet, Renoir et de tous les peintres qui  ont su croquer la nudité avec réalisme. Nous devrions aussi interdire les musées à la jeunesse, fermer les salles qui  montrent  des corps de femmes entre elles, nus, alanguis, accouplés dans des poses suggestives. Pourtant, la nudité  dans l’art est apparue dès les premiers dessins de l’époque préhistorique. La nudité féminine était là, bien avant l’apparition de la religion chrétienne, symbole de fertilité, d’érotisme, et symbole de la famille. 

Ce qu’on voit dans La Belle Saison,  c’est la nudité des corps, dans leur liberté, dans leur beauté et dans leur insouciance face au désir, ce sont les visages, les rires, les sourires de deux femmes qui évoquent l’appétit de la vie. Est-cela qui vous choque? Est-ce la caméra qui découvre les poils pubiens d’une actrice, en gros plan comme un tableau, qui vous trouble, ou est-ce de voir deux femmes s’aimer ?

Ce procès d’intention pourrait faire sourire, tant ni le film en salles depuis des semaines, ni l’affiche placardée dans toute la France  n’ont suscité de polémique. Mais vous n’en êtes pas resté aux mots et vous avez fait retirer l’affiche de votre mairie et de votre site internet, ce qui constitue un acte autoritaire, intolérable. On se demande qui est le pervers dans l’accusation que vous portez au film.  Monsieur, votre censure s’inscrit dans une lignée qu’on connaît bien,  c’est celle qui, il y a quelques mois voulait faire interdire l’affiche de L’Inconnu de lac d’Alain Guiraudie, celle qui sous couvert de protéger les valeurs familiales, répand les passions tristes et la haine du corps.

Mais souvenons nous que c’est cette censure qui s’est attaquée aux poèmes de Baudelaire,  pour qu’on ne l’entende jamais parler dans Lesbos de « baisers chauds comme les soleils » de « baisers qui sont comme les cascades orageux et secrets, fourmillants et profonds », des « filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses ». « Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre pour chanter le secret de ses vierges en fleurs ».  

Catherine Corsini

Dommage, on avait presque fini par penser que ce film lesbien ne déclencherait rien d’autres que des critiques positives de spectateurs touchés… On avait tort…

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Un commentaire

  1. J’avais vu cette news déprimante mais pas la belle réponse de Catherine Corsini. Essayer de nous faire croire qu’il aurait eu la même réaction avec une relation hétéro, c’est vraiment d’un cynisme et d’une mauvaise foi écoeurante. Non seulement, il « nous » (j’entends au sens large) censure, mais en plus il nous prend pour des cons. Pardon pour le langage, mais franchement, ce genre d’homophobie (à peine) déguisée en protection des valeurs familiales et des pauvres enfants traumatisés, ça me soule !

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