Site menu:

Photo Lesbienne

Photo de la semaine

Liste Complète »

Classement Thématique

des films, téléfilms et courts métrages...

Liste Complète »

Humour

un grand nombre de blagues lesbiennes...

Liste Complète »

Mon Oeil du Web

Chronique Alstor

ULTEC - Un Nouveau Projet Univers-L.com

Gagnez des livres lesbiens

A l'évidence

Week-End Girls Only

LES LESBIENNES SOUS LE MICROSCOPE

(SUITE)

 

Dans le même Dictionnaire des sciences médicales, le Docteur Fournier signe l’article suivant sur le « clitorisme ». Il en fait le pendant féminin et même presque spécifiquement lesbien de la masturbation. Goût bizarre, excès, raffinement d’immoralité, artifice, le clitorisme est une menace pour la santé, la population (et sa génération) et pour les mœurs. Fournier dépeint, à la suite de Tissot, ce qui attend les contrevenantes : seins flasques, haleine fétide, boutons sur le visage, amaigrissement, toux sèche, affaiblissement nerveux, pertes blanches abondantes, perte de la mémoire et pour finir, mort… Pour le docteur, ce qui peut pousser d’innocentes petites filles à se toucher le clitoris avec le doigt ne peut s’expliquer que par des maladies au nom inquiétant : « éréthisme morbifique » ou « névralgie génitale » ! Fournier conseille donc aux mères des bains anti aphrodisiaques. Pour les adultes pour lesquelles il est trop tard, Fournier présente le tableau de femmes qui, à force de s’être tiraillées le clitoris, ont fini par en faire un simulacre de pénis dont elles se servent désormais pour pénétrer leurs partenaires et conquêtes féminines. Il les décrit comme impudiques, ayant quitté toute pudeur propre à leur sexe et donc enclines à se travestir en hommes et à sombrer dans l’alcoolisme.

Les Lesbiennes sous le Microscope

 

La focalisation sur le clitoris entraîne de nombreux médecins du XIXe siècle à se prononcer en faveur de l’excision. En 1864, le professeur Broca préconise devant la Société de chirurgie de réaliser la suture des grandes lèvres pour « mettre le clitoris à l’abri ». D’autres imaginent une cautérisation de la vulve au moyen de nitrate d’argent.

Site Internet Femmes de la francophonie

La colonisation au XIXe siècle s’accompagne d’un discours anatomique et raciste qui compare en outre le clitoris des femmes d’Outre-mer à celui des métropoles. Le gros clitoris est considéré comme un attribut anciennement avéré des Égyptiennes et des négresses en général. Les médecins notent avec intérêt les différentes pratiques d’excision du clitoris ou des petites nymphes dans certaines colonies (Bénin, Éthiopie). C’est le cas du médecin Julien-Joseph Virey dans son livre De la femme, sous ses rapports physiologique, moral et littéraire (1825). Pour lui, les habitudes lesbiennes de « clitorisme » (le mot apparaît en grec) des femmes méridionales justifient pleinement la pratique de la résection du clitoris en Égypte, en Turquie ou en Syrie.

D’après l’historien Alain Corbin, malgré ce discours très répandu en faveur de l’excision ou de la résection du clitoris, il y aurait eu très peu de cas réellement pratiqués en France. Il n’en demeure pas moins que dans ces discours, le « tribadisme » ou le « lesbianisme » est considéré comme une anomalie anatomique et une faute morale (l’usage excessif de cette anomalie) conduisant à l’immoralité et à la confusion des sexes. Les découvertes anatomiques et l’évolution des connaissances en matière de fécondation ne font que renforcer la crainte d’une montée en puissance du « tribadisme » (réelle menace pour la génération selon les médecins, dans un contexte de malthusianisme), comme l’a très bien montré l’historienne Anne Carol, dont ce n’est pas pourtant pas le propos central.

Au cours du XIXe siècle cependant, l’enquête anatomique cède le pas à d’autres types d’explications. En effet, l’étude sérielle de clitoris, conduite essentiellement sur les prostituées encartées (c’est-à-dire surveillées par la Préfecture de Police), amène à nuancer le lien entre gros clitoris et appétit sexuel ou tendance au tribadisme (Parent-Duchâtelet[2]). Ensuite, en 1855, le docteur Félix Roubaud s’intéresse à l’impuissance masculine et féminine et montre le rôle du cerveau dans la sexualité. Enfin, le lien qui semblait naturel entre hystérie et utérus (ébranlement nerveux de la matrice) est fortement remis en cause par les travaux du professeur Charcot, à la Salpêtrière. Le grand aliéniste découvre même des hommes souffrant d’hystérie, qu’il propose de soigner par l’hypnose.

En 1886, Richard von Krafft-Ebing publie Psychopathia Sexualis. Ce document sur les perversions sexuelles est un ouvrage de référence pour tous les médecins légistes et les magistrats de l'époque. Cet ouvrage universitaire est une étude de toutes les sexualités existantes à partir de cas (198). Pour ce médecin-légiste, le lesbianisme n’est pas une perversion, mais une inversion sexuelle du cerveau. Le lesbianisme n’est donc pas une maladie mentale mais une anomalie du développement du cerveau chez le fœtus. Il supprime même le mot « anomalie » en 1901 pour lui préférer celui de « différenciation ». Cependant, il n’est pas écouté et ces thèses ont beaucoup moins d’audience que celles de Sigmund Freud.

Avec ce dernier, l’explication du lesbianisme quitte la sphère physique ou physiologique pour devenir psychosexuelle. Pour Freud, la sexualité humaine est une construction psychique inconsciente. Pour se construire sexuellement, un enfant a besoin de modèles : image du couple parental, image de la femme (d’abord identifiée à la mère), image de l’homme (identifiée au père). La construction passe d’abord par l’identification, puis par la différenciation conçue comme un dépassement (le fameux complexe d’Œdipe). Pour Freud, l’homosexualité est donc un échec de l’étape de la différenciation. Elle devient par conséquent le symptôme d’un problème psychique inconscient et refoulé qu’il faut dénouer.

Attention toutefois, disons clairement que Freud n’a pas longuement écrit sur le lesbianisme. L’essentiel figure dans La Vie sexuelle en 1931. Dans cet ouvrage, la petite fille a forcément une phase phallique jusqu’à ce qu’elle découvre et prenne conscience de son manque de pénis (une infériorité organique encore).
Pour en savoir plus :www.freud-lacan.com

Dans sa pratique, Freud a eu peu de cas d’homosexualité féminine à traiter. Il prend certes en cure psychanalytique Sidonie Csillag, une jeune lesbienne suicidaire autrichienne, en 1920, mais il a arrêté le traitement, reconnaissant son échec et surtout  regrettant d’avoir adopté une position paternelle vis-à-vis de la jeune femme. Pour Lacan, cette erreur venait du fait que Freud projetait lui-même sur Sidonie les rapports qu’il avait avec sa propre fille, Anna, elle aussi homosexuelle.

Les Lesbiennes sous le microscope

 

Disons donc pour conclure que la médecine moderne puis contemporaine, même si l’homosexualité n’est plus considérée comme une perversion ou un trouble mental depuis 1981 par l’OMS, continue à avoir des rapports difficiles avec l’homosexualité. Le DSM IV, Manuel de critères diagnostiques proposé par l’American Psychiatric Association, définit l’homosexualité comme « un trouble de l’identité de genre ». L’homosexualité reste donc psychologiquement problématique pour les médecins car elle est en contradiction avec l’identité sexuelle.

 

[2] Médecin hygiéniste, fondateur des Annales d’hygiène publique, et fervent militant de l’enregistrement et de la supervision des maisons closes. On lui doit De la Prostitution dans la ville de Paris, considérée sous le rapport de l’hygiène publique, de la morale et de l’administration; ouvrage appuyé de documents statistiques puisés dans les Archives de la Préfecture de Police; et précédé d’une Notice sur la vie et les ouvrages de l’auteur par Fr. Leuret. Paris: J.-B. Baillière, 1837.

 

Stéphanie Bee (06 Avril 2009)

 

Page Précédente


Retour à L'Accueil