Lightswitch : Interview de la Scénariste et Productrice Natalie Krikowa

Lightswitch : Interview de la Scénariste et Productrice Natalie Krikowa

Interview accordée à Isabelle B. Price et Magali Lehane le 25 Janvier 2010 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous nous parler de votre carrière (études, formation, projets antérieurs…) ?

J’ai débuté ma carrière d’écrivain en 2002 alors que je suivais un cours d’Écriture à l’Université de Canberra. Avant ça, pendant mon parcours scolaire, j’ai toujours aimé l’anglais et je me passionnais pour le cinéma et le théâtre. Après mon Master d’Écriture, j’ai suivi un diplôme d’Enseignement afin de pouvoir enseigner l’Anglais, la littérature et les médias au lycée. En 2008, j’ai obtenu mon Master d’Écriture créative. Depuis la fin de mes études, j’ai travaillé sur des courts-métrages en tant que scénariste, actrice et productrice mais Lightswitch est le premier film que j’ai co-écrit et produit de façon indépendante à une si grande échelle.

Comment vous est venue l’idée de Lightswitch ?

Depuis toujours, Penny et moi on rebondissait sur les idées de l’une ou l’autre et on voulait écrire un court-métrage avec des personnages féminins forts. On a grandi en aimant des séries comme Xena, Dark Angel et Buffy qui transmettaient aux jeunes filles un message de force et d’indépendance. On souhaitait raconter une histoire qui serait à la fois audacieuse et porteuse d’espoir mais aussi poignante et ancrée dans la réalité.

Pourquoi avoir choisi d’écrire cette histoire ensemble ?

En tant qu’amies partageant les mêmes intérêts et buts, on s’est dit : « Pourquoi pas ? »

Écrire à deux, est-ce difficile ? Comment vous-êtes vous partagé les tâches ? Qui faisait quoi ?

Participer à cette co-écriture n’a pas été aussi difficile que dans certaines autres expériences que j’ai eues. Nous partagions les mêmes motivations et les mêmes attentes sur la façon de mener l’histoire et le message que nous souhaitions transmettre. Nous avons écrit côte à côte, d’abord sur ordinateur puis nous en avons discuté en ateliers avec la réalisatrice et la directrice de la photographie afin d’échanger nos opinions et de travailler en équipe pour produire le meilleur film possible.

En combien de temps Lightswitch a-t-il été écrit ?

On a écrit la première ébauche en une journée mais il nous a ensuite fallu 6 mois pour réécrire et peaufiner le script.

Pourquoi avoir choisi d’écrire Lightswitch en format court-métrage ?

Clairement à cause de l’argent –nous n’en avions pas– et faire des films coûte énormément. Le format 25 minutes nous permettait de raconter décemment une histoire qui pourrait potentiellement être vendable aux chaînes de télé sur un créneau d’une demi-heure. À l’origine, nous l’avions aussi envisagé comme un pilote potentiel pour une série télé.

Pouvez-vous nous parler du tournage ? Étiez-vous sur le plateau ? Quel était votre rôle ?

J’ai eu la chance d’assister à l’intégralité du tournage puisque nous avons tourné certaines scènes dans la maison que mon père possède sur la plage. En tant que productrice, j’étais celle qui s’assurait que tout le monde remplissait son rôle efficacement et j’étais chargée des réservations d’hôtel, de la paperasserie, etc. Le tournage s’est vraiment bien passé. Nous avons rarement été contrariées par la météo et dans l’ensemble, tout le monde a passé un moment fantastique. Voir quelque chose pour lequel j’avais travaillé tellement dur finalement voir le jour, c’était l’expérience la plus exaltante et bouleversante.

Le film, tel qu’il a été tourné, est-il vraiment différent de ce que vous aviez écrit au départ ?

Le film est presque identique au script à l’exception d’une scène qui a été coupée et deux autres qui ont été réunies. Il y a eu quelques changements minimes dans les dialogues ici et là pour aiguiser l’interprétation et je crois que la force du film c’est d’avoir eu cette flexibilité et ces compromis de la part des scénaristes, de la réalisatrice et des actrices.

Pourquoi avoir choisi d’écrire une histoire d’amour entre deux femmes ?

En fait nous avons écrit pour un public qui manque de représentation dans notre pays. En Australie, il y a très peu de films faits à propos de et pour la communauté gay et lesbienne. Nous avons tous la volonté de raconter des histoires qui ont du sens et un but et qui peuvent transcender les générations et les clivages. Nous voulions que chacun puisse voir ce film et être touché par l’histoire et les personnages, quelle que soit son orientation sexuelle. J’ai montré ce film à ma famille et à mes grands-parents et eux aussi l’ont aimé. Les gens apprécient ces personnages, sans tenir compte de quelle personne (ou de quel genre) ils tombent amoureux. L’amour est une émotion universelle, que tout le monde peut comprendre.

Faisiez-vous partie du jury au casting ? Étiez-vous présente durant les auditions ?

Oui, j’y étais, tout comme Penny (co-scénariste et productrice), Emma (réalisatrice) et Rory (directrice de la photographie). Nous avions toutes un rôle à jouer pendant les auditions et chacune a pris des notes sur ce qu’elle aimait chez chaque acteur/actrice. Nous connaissions déjà Kylie pour son rôle dans une série télévisée australienne et quand Lara a auditionné avec elle, leur alchimie instantanée était juste trop parfaite : on a su d’emblée qu’on tenait nos deux héroïnes.

Quand on parle court-métrage, on pense immédiatement petit budget. La plupart du temps, il faut des producteurs motivés pour mener à bien le tournage. Comment avez-vous récolté les fonds ? Était-ce difficile à trouver ? Aviez-vous des soutiens financiers ?

Le film a reçu un soutien important de la part de la communauté lesbienne et des entreprises locales. L’argent est toujours difficile à trouver et comme dans bien des domaines, nombreux sont ceux à être frileux quand il s’agit de financer de jeunes artistes. Nous avons réussi à obtenir la plupart des choses gratuitement ou à bas prix, y compris les locations, la moto, la nourriture et l’équipement. Mon père et mon grand-père ont fabriqué le support pour la caméra et la plupart des tenues des acteurs provenaient de leur garde-robe personnelle. Le principal poste de dépense étant bien sûr les assurances, le voyage et l’hébergement. Notre devise était toujours : « Supplie, emprunte et s’il le faut, vole ! » -Par chance, nous n’avons jamais eu besoin d’en arriver là.

Quel est votre meilleur souvenir pendant l’écriture et le tournage de Lightswitch ?

Pour moi ça a été de tourner la scène de crépuscule à 5h du matin après seulement 2 heures de sommeil la nuit précédente. Je n’étais pas vraiment ravie du réveil à 4h du mat’ mais voir le soleil se lever sur la jetée et regarder autour de moi combien tout le monde était joyeux et enthousiaste -c’était vraiment un moment magique. Après avoir eu les prises dont on avait besoin, tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens en s’amusant –ça a vraiment été une période de détente et de plaisir.

Selon vous, une équipe si jeune, est-ce un avantage ou un handicap ?

Assurément un avantage ! Il y a un fourmillement d’idées nouvelles lorsque vous travaillez avec de jeunes artistes. L’énergie est toujours au plus haut et tout le monde est partant pour en faire plus, même sans être payé. Je pense au contraire que dans les faits, la maturité ne va pas toujours de pair avec l’âge. Pour un groupe de personnes autour de la vingtaine, nous étions très matures et professionnels.

Ressentez-vous une responsabilité particulière vis-à-vis de la communauté lesbienne et bisexuelle ?

Je pense que quiconque faisant partie d’une communauté devrait ressentir une certaine part de responsabilité dans l’épanouissement et la protection de cette communauté. En tant que productrice, ma volonté est de divertir, d’éduquer et d’éclairer. Ceci ne s’applique pas qu’à la communauté LGBTI mais à toutes les communautés. Je pense par contre qu’il y a une sous-représentation des gays et des lesbiennes dans les principaux médias et l’un de mes buts est de normaliser les relations entre personnes de même sexe et de les présenter sous une forme qui n’éloigne pas les autres publics tout en respectant la spécificité de notre communauté –la frontière est mince– mais c’est un sujet sur lequel j’aime encore en apprendre sur moi-même.

Si les gens ne devaient retenir qu’une chose de Lightswitch, qu’est-ce que ce serait ?

J’espère que ce serait l’histoire d’amour mais d’après les retours que j’ai pu avoir, cela varie pour chaque personne. Certains en ressortent en ayant apprécié les jolies femmes, d’autres la grosse cylindrée ou les magnifiques paysages australiens.

Qui sont vos scénaristes préférés ?

Melissa Rosenberg, Diablo Cody et Jan Sardi, James Mangold, Katherine Brooks, Frank Miller –il y en a trop pour les citer tous– mais j’apprécie toujours ceux qui racontent des histoires d’une façon unique.

Pouvez-vous nous parler de vos projets actuels ? Travaillez-vous sur un nouveau film ou autre ? En équipe à nouveau ou seule ?

Il y a toujours des projets en cours, certains avec des membres d’autres équipes et d’autres par vous-même. Je travaille seule sur certains projets à Sydney en Australie pendant que d’autres membres à Canberra, Melbourne et dans le Queensland travaillent sans doute sur d’autres projets de leur côté. En ce moment je travaille sur quelques scripts de longs-métrages ainsi que sur quelques courts et même sur un projet de nouvelles pour adultes. Je produis également une nouvelle websérie et peut-être une possible série de documentaires en ligne. Je trouve que mon cerveau fonctionne mieux lorsqu’il est submergé.

Traduction Magali Pumpkin

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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