METROSEXUALITY : MAIS QUE FONT LES LESBIENNES ?
(SUITE)
L'accent n'est pas mis sur le couple Doris-Cindy. On ne retrouvera les deux jeunes femmes que peu de fois après ce passage. Et leurs principales discussions concerneront cet homme qui a eu une courte liaison avec Cindy. Doris, veillant jalousement sur sa femme lorsqu'elle celle-ci s'amusera en boîte.
Par contre, le couple Jaye-Flora aura le droit à plus d'attention lors des derniers épisodes. Toutes les deux finissent par trouver le temps de faire l'amour. Mais en pleine action, Jaye est soudain interrompue par Flora qui lui demande si elle a une digue dentaire. Jaye fait celle qui connaît et lui répond qu'elle va en chercher une. Une fois seule, elle se précipite sur le téléphone et appelle S.O.S. Conseils pour avoir des précisions.
JAYE : C'est quoi une digue dentaire ?
GERRI (S.O.S. Conseils) : Un carré de latex placé sur le sexe féminin qui empêche la contamination par le Sida ou les MST. Surtout utilisé par les lesbiennes.
JAYE : On est les élues ! On peut pas attraper le Sida !
GERRI (S.O.S. Conseils) : Si vous utilisez une digue dentaire.
JAYE : Où en trouver en pleine nuit ?
Jaye part donc à la recherche d'un préservatif pour fabriquer une digue dentaire. Lorsqu'enfin elle trouve et qu'elle revient auprès de Flora, elle reprend où toutes les deux s'étaient arrêtées. C'est alors que Kwame arrive à la recherche d'Asha. Jaye lui précise qu'elle ne fait pas les parties à trois et lui referme la fenêtre au nez.
Lors de l'épisode suivant, Flora est endormie dans les bras de Jaye et celle-ci s'interroge. Elle se pose des questions qui aborde le « C'était génial » et le « Et maintenant » et ne parvient pas à dormir. La jeune femme finit par se lever, s'enferme dans la pièce à côté et appelle S.O.S. Conseils.
JAYE : OK. C'est pas moi. Je suis une fille libérée et rebelle, une lesbienne du 21 ème siècle.
GERRI (S.O.S. Conseils) : D'accord.
JAYE : Après une semaine avec elle, je rêve de me ranger, je planifie nos vacances, j'envisage de cuisiner. L'aliénation totale ! Je peux pas être amoureuse. Je suis irresponsable, fantasque. Gerri, Gerri, Gerri ! Comment savoir si c'est de l'amour ?
Un peu plus tard, alors que chacune est dans sa famille pour fêter la fête des mères, Jaye et Flora se téléphonent.
FLORA : Tu peux parler ? T'es où ?
JAYE : Dans le jardin. Et toi ?
FLORA : Dans le débarras. Tu me manques.
JAYE : Nous, c'est du sérieux ?
FLORA : Ahhh !
JAYE : C'est pas comme si on était amoureuses, hein ?
FLORA : Pas question ! Pas de sentiments, comme les mecs.
JAYE : D'accord. Moi non plus. Cool.
FLORA : Réglé. On peut avoir envie de se voir ?
JAYE : Mais on n'en parle pas.
FLORA : OK, on fait comme si de rien n'était.
JAYE : Cool.
Alors que tout le long de la série, les hommes passent leur temps à courir après l'amour, les deux femmes de celle-ci, refuse d'y succomber. Elles veulent être libres et faire « comme les mecs » alors que c'est précisément ce que ces derniers ne veulent plus : être seuls et libres. Comique.
Le personnage de Jaye est fantastique. Il est rare de voir de jeunes lesbiennes refuser tout engagement, tomber amoureuse mais le nier et s'interroger sur leur avenir tout en refusant de changer. Elle est fantasque, imprévisible et légèrement hystérique. Elle porte des couleurs flashs à longueur de journée et des bonnets étranges. Elle est perdue par ses sentiments. Elle n'est pas perdue parce qu'elle aime une femme mais tout simplement parce qu'elle est amoureuse. Or elle n'était pas du tout préparée à cela. Et elle ne veut absolument pas être dépendante de qui que ce soit, et elle ne veut absolument pas changer quoi que ce soit à sa vie. Un personnage comme vous n'en avez jamais vu.
Metrosexuality est une série qui met définitivement en avant un autre mode vie, une autre manière d'imaginer la famille. Ricki Beadle Blair, le scénariste, réalisateur, acteur (il interprète le rôle de Max) qui chante le générique qu'il a écrit tient cette série comique à bout de bras grâce à son talent et à sa fougue. Les acteurs sont géniaux dans des rôles originaux, exceptionnels et rares. On peut reprocher à la série une réalisation sans surprise, des dialogues pas toujours à la hauteur et des scénarios parfois confus mais elle n'en reste pas moins un appel à la tolérance et à la découverte de ce que l'on nomme régulièrement « l'anormalité ».
Cette série a pris le parti de faire évoluer les mentalités des personnes bien-pensantes qui jugent sans connaître. Il est juste dommage que les personnages lesbiens soient si peu représentés en fin de compte. Et également dommage qu'il y ait encore un couple de lesbiennes-mères de famille. Bien que Doris et Cindy ne ressemblent en rien à Kerry et Sandy (Urgences) ou Melanie et Lindsay (Queer as Folk US) tant du point de vue physique que psychologique, elles ont également des enfants. Et même si ces derniers ne sont pas au centre de leur vie, elles ont du mal à les oublier et ils sont présents dans les conversations. Heureusement Jaye et sa douce folie contrebalance le conformisme de Doris et Cindy et son histoire avec Flora est aussi intéressante que celle de Bambi (avec son mec) ou celle de Dean (toujours à la recherche du sien).
Pour terminer, je voulais finir sur le générique de présentation, un bijou d'audace ou tous les acteurs sont en sous-vêtements, dansent, s'amusent et s'écrivent dessus mais il perd de sa force sans la musique. Dommage. Je le mets quand même en espérant qu'il donne envie de découvrir la série et cette famille du XXIe siècle.
Isabelle B. Price (Juillet 2005)


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