Le mystère de la « disparition » de la romance lesbienne

Sherlock Holmes

Il y a quelques semaines, à l’occasion d’une table ronde sur la romance homosexuelle, j’ai été interrogée par une bloggeuse, sur l’absence ou supposée absence de la romance lesbienne chez les éditeurs classiques, alors même que la romance gay est, semble-t-il, en plein boom éditorial. Interpelée par cette question, et pas trop au fait de ce phénomène, je me suis donc promenée dans les allées du Salon du Livre, afin d’y jeter un œil plus circonspect. Et j’ai effectivement remarqué que si des collections spécialisées M/M se développaient chez des éditeurs classiquement orientés romance ou érotique, rien ne semblait viser l’équivalent féminin. J’ai finalement posé la question sur les stands, la réponse fut sans appel.

(moi) : Est-ce que vous publiez de la romance lesbienne ?

(La dame en tailleur noir dont le rouge à lèvre fait mal aux yeux) : Hein ? – Pour sa décharge les allées sont plutôt bruyantes.

(moi, en plus fort) : La romance lesbienne… Vous savez deux femmes ensemble.

(La dame qui arbore maintenant un sourire entendu) : Oh ça ! Non, nous ne faisons que du gay dans cette collection. Mais il y a quelques couples lesbiens dans notre collection jeunesse.

(moi, perplexe) : Euh… Ok merci quand même.

Ne me demandez pas pourquoi la collection jeunesse. Je ne vois aucune explication rationnelle. Les lesbiennes s’autodétruisent-elles après 18 ans ? Ou alors l’éditeur considère que seules les filles assez jeunes pour n’avoir pas encore « goûté » à l’hétérosexualité peuvent s’intéresser au sujet ? Aucune idée… Maintenant pour ce qui est de la raison pour laquelle la romance lesbienne peine à trouver une place en dehors des éditeurs spécialisés, je me suis effectivement posée la question. Une approche factuelle me vint alors à l’esprit, vieux reste d’une copine, prof de marketing, pour qui j’avais préparé des transparents à l’époque où j’étais encore jeune et idéaliste. La fameuse loi de l’offre et la demande, L versus G.

  • L’offre ? Apparemment faible pour L, et plutôt abondante pour G.

Imaginons que vous écriviez une romance lesbienne, à qui allez-vous tenter de l’envoyer pour publication ? Chez J’ai lu ou chez ST ou KTM Editions ? Parce qu’on n’y pense pas forcément ou parce qu’on se dit qu’on va se ramasser le traditionnel : « En dépit des qualités de votre manuscrit, nous avons le regret de vous informer que celui-ci ne correspond pas à notre ligne éditoriale. », on a tendance à se tourner vers des maisons d’édition arc-en-ciel.

Pourquoi en serait-il différemment pour les romans gays ? Bonne question… Est-ce parce que ces romans sont apparemment souvent écrits par des femmes hétérosexuelles qui ont peu de raisons de connaître et fréquenter les éditeurs de romans gays et lesbiens ? Doit-on en déduire que les romances lesbiennes sont plus facilement écrites par des auteures elles-mêmes homosexuelles ? Ca vaudrait le coup de se pencher sur la question d’un point de vue statistique. Me voilà avec encore plus d’interrogations qu’au commencement de ma réflexion… Ca promet.

Quoiqu’il en soit, Harlequin, par exemple, s’est montré ouvert à la publication de romances gays et lesbiennes depuis un peu plus d’un an. Pourtant l’éditrice de leur collection numérique m’a confirmée ne recevoir quasiment aucun texte lesbien, alors que les manuscrits M/M de leur côté se multiplient. En conséquence la publication dans leur catalogue devrait bientôt suivre le mouvement.

  • La demande… G encore vainqueur face à L ?

Tout d’abord, tordons le coup à un vieux cliché : oui les lesbiennes savent lire ! Il y a quelques années de cela, je me rappelle avoir lu un commentaire très acide qui prétendait le contraire sur un forum… J’en avais développé un certain complexe et avais même tenté d’échanger mes Patricia Cornwell contre des Zola. Sans grand succès. Oui je peux lire et comprendre du Zola, je peux même l’apprécier mais ce n’est pas ce que j’ai envie de lire. Il m’avait fallu quelques semaines pour découvrir que ce commentaire suivait la faillite d’une maison d’édition lesbienne. Il y avait alors fort à parier que nous ayons affaire à la réaction émotionnelle d’une cliente dépitée ou à la vengeance d’un stagiaire hétéro… Tout ça, c’est évidemment la faute des lesbiennes qui regardent le foot en buvant de la bière, comme tout le monde le sait !

Bref, de la même façon que pour l’offre, les lesbiennes qui recherchent une littérature qui leur corresponde vont peut-être plus facilement se tourner vers les maisons d’édition spécialisées… Voire vers les fan-fics lorsqu’elles sont particulièrement aventurières. Il faut dire que trouver une romance lesbienne sur, disons Amazon, relève du challenge si on ne cible pas l’éditeur ou l’auteure qu’on connait déjà. L’absence d’une classification « gay et lesbien » digne de ce nom sur la plupart des sites d’achat en ligne, et dans les bibliothèques, n’aide pas vraiment. Au mieux, on nous répond de regarder dans la catégorie érotique. Réponse qu’Amazon.fr m’a faite il y a quelques mois de cela. Il faut croire que soit les lesbiennes s’autodétruisent avant la majorité, soit elles deviennent des obsédées sexuelles.

De son côté, la romance M/M est en plein essor parce qu’elle a su toucher le public féminin hétérosexuel. Hors celui-ci reste le cœur de cible des éditeurs de romance, et statistiquement une population bien plus nombreuse que la population homosexuelle. Pourquoi les femmes hétéros sont-elles attirées par l’idée d’une relation gay ? Je ne peux pas dire que je le comprends… Mais une chose est sûre, les filles craquent pour ce genre de couple. Et les éditeurs l’ont bien compris.

Au contraire, le saphisme est lui un fantasme traditionnellement plutôt masculin, pour diverses raisons, souvent mauvaises, que nous passerons sous silence aujourd’hui, puisque ce n’est pas le thème du jour. Les hommes hétéros ne sont apparemment pas particulièrement friands de littérature romantique, il n’y a donc pas trop de chance qu’une hausse de la demande vienne de ce côté-là.

Quelles qu’en soient les causes, ce phénomène renforce en tout cas l’impression déjà bien présente en France que le visage de l’homosexualité reste majoritairement masculin. Cela change petit à petit, comme ce site l’illustre si bien. Il est donc à espérer que ce changement garde le cap, et ouvre toute grande la porte des éditeurs classiques, et donc d’un lectorat multiple, aux romances lesbiennes.

En conclusion, les bons conseils de la Grande Yaka Faukon pour réussir cette mission :

  • Y a qu’à : écrire beaucoup d’histoires d’amour lesbiennes, et inonder les éditeurs classiques… Éventuellement menacer de repeindre en arc en ciel la Mercedes du directeur de la maison d’édition pour l’obliger à nous publier. La guerre c’est la guerre !
  • Faut qu’on : substitue subtilement les romances des lectrices qu’on croise dans le bus ou le métro avec des romances lesbiennes afin de développer sournoisement leur appétit pour ce genre… Et également qu’on achète une encyclopédie aux grands pontes des sites genre Amazon pour qu’ils puissent vérifier par eux-mêmes que non, lesbien n’est pas synonyme d’érotique.

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

29 commentaires

  1. Pour la question des auteurs lesbiennes et de la romance homosexuelle, MM ou FF, je ne sais pas si cette remarque fera bien avancer le schmilblick mais elle peut être intéressante à connaître : dans les auteurs écrivant du MM, il y a un certain nombre d’auteurs lesbiennes. Et il y a même, pour une discussion à laquelle j’avais participé il y a des années, beaucoup de bi ou au moins de personnes ayant déjà eu, à un moment donné de leur vie, soit des tendances homosexuelles, soit une expérience homosexuelle. Je n’ai pas de chiffre précis mais, de mémoire, il me semble que, parmi les questions qui étaient alors posées aux auteurs, il y en avait une du genre : « quel a été votre premier contact avec l’homosexualité » et, bingo, on avait toutes au moins une expérience personnelle à raconter, une bisexualité ou des tendances bi à avouer, quand l’auteure ne déclarait pas être elle-même en couple homosexuel. Ça doit bien être de l’ordre de 90% ! Donc c’est vraiment très important, comme proportion.
    Après, pour les raisons, je pense qu’écrire du MM ou du FF, c’est toujours écrire sur l’homosexualité et, si on a des tendances, une expérience antérieure ou si on est homosexuel soi-même, ce peut être un sujet attirant les auteurs.
    Et, pour les auteurs que je connais étant elles-mêmes homosexuelles et n’écrivant pourtant que du MM, je me souviens que l’une d’elle en a parlé, une fois, et elle disait qu’elle n’était pas en couple depuis longtemps et que voir des femmes en couple la déprimait.

    Enfin, voilà pour la petite remarque (tardive ! Je vois que cet article date d’il y a plusieurs mois, mais bon), qui apportera peut-être quelques pistes de réflexion supplémentaires. :)

  2. Malheureusement pour le problème de classification dans les bibliothèques, il n’y a pas de classification lesbienne ; ils sont effectivement mélangés dans les romans. En même temps, dans certaines bibliothèques, ils mélangent déjà les romans policiers avec les romans. Donc cela n’a rien de surprenant. Leur seule distinction est un pictogramme sur la tranche pour signaler que c’est un roman policier. Donc, oui, si on ne recherche pas un roman précis ; c’est compliqué. Il faut comme vous le disiez lire les résumés sur les livres, c’est un peu au «feeling» en quelque sorte… Mais c’est comme cela, il y a des années que j’ai trouvé le roman de M.R. Hall «Le puits de solitude» ou les différents tomes de Jeanne Galzy «La surprise de vivre». Alors oui, il faut prendre le temps de chercher… D’autant que vous pouvez les trouver dans une bibliothèque, et pas dans une autre car le choix des catalogues des bibliothèques dépend du (ou de la) bibliothécaire, certains commanderont des livres en fonction des goûts de leurs lecteurs, et d’autres en fonction de leurs propres goûts (et tant pis si ces romans choisis restent dans les rayons).

    Merci pour votre info concernant le choix des éditons Harlequin de préférer publier en numérique. Je comprends bien que cette décision soit prise en fonction des projections de ventes. On en revient au principe de l’offre et de la demande. J’ai le sentiment que dans le début des années 90, on pouvait peut-être consommer différemment. Je parle de mon expérience personnelle, j’avais tellement envie de lire des romans lesbiens de n’importe quelle sorte, que lorsque j’en trouvais dans un espace librairie d’un centre commercial, je l’achetais et je me préoccupais moins de sa qualité littéraire. Même chose quand à l’époque où j’habitais plus près de Paris, je faisais la razzia «Aux mots à la bouche». La venue dans les années 2000 de maisons d’éditions LGBT sur le marché, n’aurait-elle pas changé notre comportement, plus d’offre, on leur devient alors plus sélectif, et on recherche plus la qualité que le quantitatif. C’est la même chose pour les films. C’est les auteurs qui en pâtissent du coup, d’où j’imagine qu’il est plus difficile de réussir à se faire publier.

    Une pensée qui n’a rien à voir avec le sujet, mais je lis en ce moment pas mal de fanfictions, et lorsque je lis les commentaires des lecteurs, qui par moments, reprochent à leurs auteurs de tarder à poster la suite de leur ff, ou bien leur reprochent leur choix de l’intrigue (je lis en ce moment une ff où la protagoniste est victime d’un viol) ; on lui a reproché d’avoir inséré cela, elle a été obligée de se justifier en révélant que cela permettrait d’expliquer la naissance d’un bébé et le rapprochement entre les 2 femmes. Tout cela pour dire, que cela me donne une vision différente du métier d’écrivain, où je me dis (que cela soit la personne qui écrit une ff gratuitement ou un auteur publié), qu’il faut être courageux, faire preuve d’une certaine abnégation et aimer passionnément écrire pour pouvoir subir des critiques de ses lecteurs.

  3. Désolée pour mon post précédent… Peut-être était-il un petit trop virulent ? (je ne sais pas). Je relisais ce que vous écriviez Sylvie comme une boutade : «Faut qu’on substitue subtilement les romances des lectrices qu’on croise dans le bus ou le métro avec des romances lesbiennes afin de développer sournoisement leur appétit pour ce genre» et cela m’a fait repenser à une situation lorsque je travaillais dans la bibliothèque municipale de ma ville de naissance. J’avais une collègue qui, malgré le fait qu’elle travaillait dans une bibliothèque, n’aimait pas lire, et écoutait donc les avis de certains lecteurs sur les livres afin de conseiller dans leur choix de lecture, d’autres personnes. Ce n’était pas de la romance lesbienne, mais des polars ; elle conseillait à tout va de lire les polars de Sandra Scoppettone, sans visiblement savoir qu’ils contaient les enquêtes d’une privée lesbienne. Je dois avouer que je jubilais dans mon coin et me gardait bien de l’informer de cet état de fait.

    Il faut reconnaître que l’on peut trouver différents romans avec des personnages lesbiens dans des bibliothèques municipales à condition d’être curieuse…

    Une petite question pour Sylvie concernant son roman «Nadya et Elena», et je suis désolée si vous avez déjà répondu à cette question par le passé, «Pourquoi Harlequin n’a pas décidé de l’imprimer ?» Tout le monde ne possède pas une carte bancaire (moi en l’occurrence), alors après impossible de se procurer des ebooks. Et puis on les trouve partout les Harlequin.

    • Bonjour,
      Tout d’abord, pas d’inquiétude, je n’ai pas trouvé votre post trop virulent en ce qui me concerne. ^_^ Lorsque j’acquiesce sur le fait que tous les films ou romans lesbiens ne sont pas des chefs d’œuvre, je n’y voyais pas une critique du « genre », mais juste un fait qui comme vous le faites remarquer est tout à fait normal. De plus la critique est subjective, vous avez raison et des films considérés comme des chefs d’œuvre m’ont parfois laissée de marbre alors que d’autres jugés moyen ont pu me toucher d’avantage.

      Concernant les bibliothèques, le problème de la classification est intéressant. Comment faire en sorte qu’une lesbienne cherchant un livre lesbien ou ayant des personnages lesbiens puissent s’y retrouver sans avoir à lire chaque résumé (ou connaître déjà l’auteur qu’elle recherche), sans pour autant risquer de disqualifier les éventuels lecteurs-lectrices hétéro en les mettant dans une zone « LGBT » ? Ma compagne était entrée en guerre contre sa bibliothèque de quartier à Londres parce que la nouvelle direction avait classé les romances lesbiennes dans la catégorie « romance » sans distinction, sous prétexte que les classer dans une catégorie LGBT limitait le lectorat. Je comprends le principe, mais s’ils pouvaient juste ajouter à ce classement, une classification informatisée recoupant ce genre d’info, on pourrait s’y retrouver plus facilement, à mon avis…

      Bref, concernant votre question, Les éditions Harlequin ont créé cette collection tout numérique (HQN) afin de pouvoir prendre le risque de publier de nouveaux auteurs et de nouveaux genres. Clairement ils ne l’impriment pas, parce que les coûts de production seraient alors bien plus élevés et leurs projections de vente ne sont pas suffisantes. C’est vrai que du coup ça complique la vie de certaines lectrices, entre la carte bancaire et la « liseuse », il faut être équipée !

  4. Juste un passage rapide pour vous faire savoir à toutes que je me régale à vous lire (que ce soit la chronique de Sylvie en elle-même, bravo d’ailleurs) ou encore vos commentaires très éclairants qui poussent à la réflexion. Puissent les commentaires sur ce sujet vivre et se renouveler encore longtemps !

  5. Vous dites que tous les romans ou films lesbiens ne sont pas des chefs-d’œuvre, cela me paraît assez normal. De grands écrivains ou bien de grands réalisateurs (qui ont connu le succès pour une œuvre) ne réussissent pas à tous les coups un chef d’œuvre romanesque ou de grands films admirés par le public ou par la critique. D’autant que c’est très subjectif, une personne peut très bien crier au génie pour un roman ou pour un film, alors qu’une autre le détestera. De plus, on peut changer de perception sur une œuvre au cours de sa vie. A sa sortie, je n’avais pas aimé lire la Bd «Le bleu est une couleur chaude», ma compagne avait adoré, mais malgré cela, je n’avais lu que trois pages et avait arrêté, le graphisme me rebutait.

    Depuis la sortie du film «La vie d’Adèle» qui malgré quelques défauts, (et ce n’est pas l’interprétation de Léa Seydoux qui est en cause, je l’ai trouvé aussi juste que celle d’Adèle Exarchopoulos) que j’ai bien aimé, m’a donné envie de lire la bd, et cette fois-ci, je l’ai appréciée.

    Je pense qu’une grande majorité de lesbiennes doivent quand même préférer lire des romances lesbiennes, et non pas des romances hétéros. Il y a quand un besoin minimum de se retrouver et de pouvoir se projeter dans le roman. Il est certain aussi qu’on a toutes besoin de lire autre chose que de la romance lesbienne selon ses propres goûts. Etre homo n’est qu’un composant de la personnalité, on ne se définit pas que comme cela.

    Dire qu’un roman lesbien est un roman «de genre» me paraît réducteur, et dire que parce des films ou des romans lesbiens (parce qu’ils sont lesbiens) pourraient être disqualifiés d’emblée pour réussir à devenir de futurs chefs d’œuvre me semble excessif. Hélène de Monferrand a obtenu le Goncourt Premier roman en 1990 pour «Les amies d’Héloïse» ; Sarah Waters a reçu pour son second roman «Affinity» le prix Stonewall book, a reçu le prix des Libraires et le British Book Awards (auteur de l’année 2002). Elle a été élue «auteur de l’année» par le Sunday Times en 2003. Shamin Sarif a obtenu un Award pour son roman «The world unseen» ainsi que pour «Despite the falling snow». Elula Perrin, en son temps, avait connu un grand succès pour son roman autobiographique «Les femmes préfèrent les femmes». C’était une grande militante, et j’avoue qu’elle me manque beaucoup. Elle, elle aurait été capable de remettre à leur place les Frigide Barjot et consœurs…

    Evidemment que pour parvenir à obtenir ces prix, il faut qu’ils arrivent à être publier. Et c’est peut-être cette difficulté qui poussent certains auteurs (comme kyrian malone et jamie leigh, ainsi que Céline Ansart) à se retourner vers l’auto-impression. Et commander ce genre de roman en librairie est une véritable gageure, j’en sais quelque chose, et lorsque vous n’arrivez même pas à vous les procurer dans une librairie LGBT, je vous assure que cela a de quoi énerver.

  6. Après se pose également la question de savoir si les lesbiennes ont toutes envie de lire des  » histoires de lesbiennes »… si l’on rapproche cela de la production cinématographique, je ne pense pas être la seule ici à avoir vu tous les films  » lesbiens »… pour autant il y en a peu que je qualifierai de chefs d’oeuvre… il en va de même pour les livres. Le fait qu’il y ait une romance lesbienne dans l’histoire n’est pas gage de qualité :-)
    Je reste convaincue qu’il serait tout à fait possible qu’un roman  » lesbien » devienne un best seller… si l’intrigue passione les foules… non ?
    Au delà du marketing, de la pub et autres moyens de promotion… le bouche à oreille ( sans compter les réseaux sociaux qui démultiplient cet effet) me semble rester à l’origine des grands succès…

    • Hum, effectivement pour avoir vu au moins quelques uns de ces films, on ne peut pas dire qu’ils soient tous des chefs d’œuvre… Je dirais même qu’il y a un certain nombre de totales catastrophes ! Quant à savoir si toutes les lesbiennes ont envie de lire des histoires de lesbiennes, j’imagine que statistiquement non. Quoique à un moment de leur vie au moins, je serais prête à parier que oui. Par contre il est clair que la plupart n’ont certainement pas envie de ne lire QUE des histoires de lesbiennes.

      Sur le reste, je suis d’accord, rien n’empêche en soit un roman lesbien de toucher le grand public. Sarah Waters en est un bon exemple, je pense. Tipping the velvet a même été nominé par le New York Times comme un des meilleurs livre de l’année 1998. Il n’empêche que pour cela, il faut d’une part qu’il soit publié. Cette première barrière n’est pas facile à passer. D’autres part qu’il soit suffisamment visible pour que le bouche à oreille puisse entrer en action. Très logiquement, plus il y a de bouches, plus il y aura d’oreilles ! ^_^

      • Est-ce que ces films ou ces livres ne sont pas des chefs d’œuvre parce que le fait même qu’ils soient qualifiés de « lesbiens » les disqualifie d’emblée ou ne le sont-ils tout simplement pas ? Je me garderais bien de répondre à cette question ! 😉
        Ceci étant, d’expérience, le fait même qu’un roman propose une héroïne lesbienne en fait pour un éditeur français straight un « roman de genre », éditeur qui le disqualifie d’emblée ou le prend avec l’idée qu’il sera assez « sulfureux » pour émoustiller les rédactions.
        Pour ce qui est du désir de lire du « lesbien », je ne réponds que pour moi : j’ai écrit du « lesbien » faute de trouver ce que j’avais envie de lire.

  7. salut,
    c’est sûre qu’on trouve moins de bouquin. je suis obligé de lire en anglais certains car je pense qu’ils ne seront jamais traduits et qu’ils sont absolument superbes.
    Je crois que j’ai tout acheté chez lengrenage dans la collection romance et là je deviens english pour un moment le temps d’avoir qqch à se mettre sous la dent.
    Et de toute façon comme dit Yumi si ces des hommes qui sont à la tête des maisons d’éditions et qu’en plus ils sont « anti-lesbien », rien ne sortira.
    En tout cas grâce aux ebooks, je lis bcp de romance lesbiennes.

  8. Je partage l’opinion de Yumi qui pense que les lesbiennes lisent beaucoup… Et cependant, qui n’a pas été surprise de voir les Editions Labrys cesser leur activité, tout comme les éditions de la Cerisaie.

    Est-ce dû au fait que les lesbiennes achètent moins de livres, ou que si elles ne sont pas bien informées, elles ne les trouvent pas ? Ou parce que les éditions grand public sont plus frileuses pour publier de la romance lesbienne. Il y a quelques années pourtant, on pouvait trouver dans plusieurs maisons d’éditions différentes, des romans lesbiens :

    – «Les amies d’Héloïse» d’Helene de Monferrand chez De Fallois
    – «Amie» de Frédérique Noiret et Michel Léviant chez Fixot
    – «La surprise de vivre» de Jeanne Galzy chez Gallimard
    – «Carol» de Patricia Highsmith chez Calmann Levy

    Ou même des polars :

    – les romans de Sandra Scoppettone chez Fleuve Noir
    – ceux de Stella Duffy au Serpent Noir
    – ou les différents romans d’Anne Rambach (Tokyo…) chez Calmann Levy

    J’aurais plutôt le sentiment que c’est la crise qui empêche les grands éditeurs de publier des romances lesbiennes (peur de ne pas vendre, de ne pas rentrer dans leurs frais) que le manque d’intérêt pour ce genre de romance. Et puis surtout, l’arrivée d’internet a changé la façon de «consommer» de la littérature, les ebooks sont plus faciles à se procurer, moins chers… On ne peut pas nier l’importance d’internet dans ce changement, les magasins Virgin en ont fait les frais.

    Ce qui est plus surprenant, c’est de voir comment les Editions KTM résistent à cet état de fait. En même temps, c’est tout de même la seule maison d’édition lesbienne que l’on pouvait trouver chez Virgin, et que l’on trouve encore à la Fnac. Est-ce que tout cela n’est pas dû à une bonne visibilité ou une bonne communication ?

    • Comment vous dire… 😉
      Le « genre lesbien » comme toute « littérature de genre » est considéré comme une littérature de moindre qualité. Les lesbiennes qui lisent de la littérature ne lisent donc pas les « romans lesbiens » (ceux estampillés tels). Ainsi, un roman qui sort dans une maison lesbienne se vends à 1500 exemplaires au grand maximum la première année. Il vit certes un peu plus longtemps que les autres mais on ne fait pas vivre une auteure ou un éditeur avec ça. Pour KTM qui résiste, et les EGL aussi rachetées par une plus grande maison, j’ai mon idée (très loin de votre hypothèse) mais une obligation de réserve e; je vous invite donc à poser la quesiotn à ces maisons d’édition.
      Je pense enfin qu’il est publié autant de livre à thématique lesbienne qu’autrefois sans les maisons straight. Il suffit de les trouver. Un petit tour chez nos libraires LGBT en boutique ou en ligne vous donnera les titres.
      Quand aux ebook, ils ne me semblent pas si « moins chers » que cela et on en trouve pas dans les maisons LGBT. Et sur ce point, leur choix commercial m’échappe.
      Bonne soirée !

      • Oups ! Impossible de corriger les coquilles…

      • Bonjour et merci de vos commentaires.
        Vos chiffres sont très intéressants, je me posais justement la question. Effectivement difficile de vivre avec cette échelle de vente. Et en effet, je ne pense pas qu’il y est nécessairement moins de romances ou romans lesbiens que précédemment. Mon propos était plutôt de m’interroger sur la différence apparemment flagrante entre l’offre M/M et celle F/F. Disons qu’il s’agissait d’étudier une disparition proportionnelle en quelques sortes.
        Concernant les ebooks, ils peuvent être moins cher à l’achat ou non, suivant la décision de l’éditeur de privilégier ou non le papier sur le numérique. C’est très visible dans certaines collections.
        Par contre une chose me parait certaine, les livres numériques sont moins coûteux à produire pour l’éditeur (c’est même gratuit me semble-t-il pour l’auteur qui s’auto-publie chez Amazon par exemple). Bref la prise de risque de l’éditeur est probablement moindre lorsqu’il ne publie qu’en version numérique comme l’a choisi HQN.

        • Merci à vous de ces précisions.
          Ah ! le prix du livre.
          Base 100 HT. (Le prix public est donc augmenté du taux de TVA)
          L’auteur : de 2 à 12 %. La « moyenne » est autour de 6 % à 10 % selon la notoriété de l’auteur et la considération que porte un éditeur à ses auteurs. Je ne peux vous en dire plus mais vous auriez des surprises.
          La « fabrication » (correcteur, composition, imprimeur, frais divers) : de 10 à 20 % (selon le prix final et le nombre de pages)
          Le libraire : de 30 % à 40 % selon son « poids économique » = les « petits libraires » se voient accorder moins de marge que les gros réseaux de distribution. Il faut savoir aussi que les frais de port sont à sa charge.
          Le diffuseur-distributeur : leur pourcentage est assez opaque et très variable. Ce « poste » ne concerne pas les éditeurs LGBT (à ma connaissance).
          Le restant va à l’éditeur.
          Un petit éditeur qui vend « en direct » a donc une marge (j’ai dit « marge », pas bénéfice) qui tourne autour de 75 % du prix du livre ; 35 à 45 % s’il passe par un libraire.
          Pour une édition numérique, l’éditeur zappe 80% de la fabrication. Il propose en général à l’auteur d’augmenter son pourcentage. Les premiers contrats étaient à 50 % du prix, aujourd’hui, ils sont entre 15 % et 25 %.
          Je vous laisse faire les additions qui vous intéressent ! 😉 Et je laisse les éditeurs me démentir (il y en aura !)

          • Mmm, vous venez de faire sauter ma calculatrice ! 😉 Merci pour ces chiffres, c’est effectivement édifiant.
            Ça serait intéressant de lire un démenti d’éditeurs mais je doute qu’ils se risquent par ici. Merci encore d’avoir pris le temps de me répondre !

          • N’hésitez pas à me contacter si vous avez d’autres questions.

  9. Merci à vous pour cet article.
    Je ne pense pas que ces « romances » soient moins nombreuses qu’avant (avant quoi ?), elles ont de toute façon toujours été très marginales, et très clandestines. Combien de fois avons-nous lu un livre en y découvrant avec surprise des personnages lesbiens ?
    Ceci étant, il me semble manquer un troisième ingrédient à votre analyse : le fait que nous vivons dans une société par essence hétérosexiste où la sexualité féminine n’existe qu’à travers celle des hommes. Point d’homme, point de sexualité féminine, donc, et ce ne sont pas les femmes qui rattrapent l’affaire. Je ne prendrai que deux exemples. Venus erotica et les Contes pervers. Des amours féminines, certes, mais à quel prix ! Et les deux auteurs concernées n’étaient pourtant pas étrangères à l’homosexualité féminine.
    J’ajouterai pour finir que l’on pourrait porter la même analyse sur la présence de personnages afro-descendants ; ou même de personnages handicapés ; comme si la « bonne romance » ne pouvait se faire qu’entre blancs en bonne santé. Dans le rayon lesbien (identifié comme tel), il y a un peu de personnages malades ou handicapés ; les noirs, dans cette affaires, sont une fois encore banni. (je parle littérature française, j’imagine que les Américains sont moins coincés de la négritude que nous).

  10. Il me semble qu’aux USA, il y a pas mal de livres de type romance lesbienne. Traduisons les comme le font les Editions Labrys et Dans l’Engrenage. Leurs bouquins sont plutôt pas mal… Ils n’en sortent pas beaucoup mais la qualité est là.
    Quant aux mangas, je n’ai vu que quelques animes mais je suppose que pour les editions papiers c pareil… Franchement c’est d’un cloche, d’une nullité…. Les couples sont mal assortis. Il y a toujours une fille qui fait 16/20 ans et l’autre qui fait 10/11 ans avec le cerveau qui va avec. Elles sont habillés comme des écolières et babillent comme des bébés. Bonjour l’horreur. Moi je peux pas regarder ni lire des conneries pareilles.
    Mais bon ce n’est que mon avis.

  11. Merci Sylvie.

    Mais sommes-nous bien d’accord que la romance lesbienne n’a pas vraiment entièrement disparu mais qu’elle reste simplement confidentielle (ok, les ouvrages de KTM ne bénéficient pas de la même diffusion que les J’ai Lu)? Il me semble que la question économique serait plutôt: une romancière lesbienne peut elle vivre de de son travail d’écrivain si elle décide d’écrire une histoire d’amour entre femmes (car oui, je crois que « les romances lesbiennes sont plus facilement écrites par des auteures elles-mêmes homosexuelles »)? Je n’en sais rien. Ce que je sais par contre, c’est que je n’ai jamais autant lu de romance lesbienne que ces dernières années…

    • Oui, oui, nous sommes bien d’accord. Disparition est un terme un peu mélodramatique pour la situation. La romance lesbienne existe toujours bien entendu. Il s’agissait plutôt d’une impression d’absence comparée à la romance gay chez les éditeurs traditionnels.
      C’est une excellente question que tu poses… J’aimerais bien avoir la réponse des auteures qui publient régulièrement. En ce qui me concerne, en tout cas, pas de risque que je lâche mon boulot pour le moment !
      Je pense également que la romance lesbienne se développe (à un rythme inférieur au M/M certes mais tout de même) et devient plus visible, grâce notamment au numérique comme tu l’as fait remarquer. S’il n’est pas toujours plus facile de trouver cette romance sur le net lorsqu’on ne sait pas ce qu’on recherche exactement, il est en tout cas plus facile de l’acheter !

  12. Merci Sylvie.

    Mais sommes-nous bien d’accord que la romance lesbienne n’a pas vraiment entièrement disparu mais qu’elle reste simplement confidentielle (ok, les ouvrages de KTM ne bénéficient pas de la même diffusion que les J’ai Lu)? Il me semble que la question économique serait plutôt: une romancière lesbienne peut elle vivre de de son travail d’écrivain si elle décide d’écrire une histoire d’amour entre femmes (car oui, je crois que « les romances lesbiennes sont plus facilement écrites par des auteures elles-mêmes homosexuelles »)? Je n’en sais rien. Ce que je sais par contre, c’est que je n’ai jamais autant lu de romance lesbienne depuis l’invention de l’ebooks.

  13. Mystère… très mystèrieux en effet…pourtant personnellement , les lesbiennes que je connais lisent… voire lisent beaucoup… donc étrange.
    En même temps cela me fait penser au cas des mangas… pour lesquels le constat est similaire puisque la production de mangas Yaoi ( ceux avec des histoires d’amour entre garçons) sont nettement plus nombreux que les Yuri ( ceux avec des histoires d’amour entre filles) quand je vois les chiffres, pour exemple sur un site que je fréquente on compte 2269 yaoi pour 412 yuri, comment expliquer un tel écart ?
    ( Là aussi , les histoires en hommes sont écrites en grande majorité par des femmes… )
    Apparemment les adolescentes de tout bord aiment à lire des histoires entre garçons, il sont beaux, sexy , même s’ils sont homos cela les fait fantasmer…. alors que 2 filles… pour une ado hétéro… cela ne fait pas du tout rêver ( cela aurait plutôt même tendance à les dégoûter).
    Alors là on peut se dire, ben l’inverse doit être vrai aussi, ça fait baver les mecs des histoires entre filles, donc les ado mâles devraient lire des yuri… ben non… parce que les histoires yuri… c’est souvent  » concon », les mecs préfèrent les mangas carrément pornos ou avec des petites culottes partout.
    Ce serait donc la propension au romantisme des filles qui tue toute chance de voir d’autres personnes que des lesbiennes s’intéresser à des histoires de lesbiennes… ???
    Ce qui est vrai pour le  » porno », ne l’est donc pas pour la romance… hommes et femmes, homos ou hétéros, peuvent apprécier de voir du sexe entre personnes du même sexe… mais là où les femmes sont capables de s’intéresser à des histoires parlant de couples gay…. les hommes ne s’intéresse pas à des histoires de couples lesbiens ( si y a pas de sexe).
    En gros… il n’y a qu’un pas… pour dire…. que c’est la faute des hommes… ce sont eux qui font que la balance ne pèse que dans un sens et pas dans l’autres…. :-)

    • Et oui, bien d’accord. On observe exactement la même chose pour les mangas, et même pour les fanfics si on n’est pas sur un site spécialisé.
      Quant au couple lesbien pour un homme… Il est bien souvent sujet à des fantasmes qui ne permettent pas le développement d’une réflexion psychologique trop poussée…

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