Naissance des Pieuvres : Interview de la réalisatrice et des actrices principales

Naissance des Pieuvres : Interview de la réalisatrice et des actrices principales

Interview accordée à Olivier Valkeners pour le site Lalucarne.org

À l’exercice de l’interview, la réalisatrice et ses actrices se prêtent sans concession. Avec la fraîcheur de l’innocence, elles font part de leur expérience, avec en prime, une bonne dose de déconnade !

La jeune cinéaste a 27 ans. Et à cet âge, avoir son premier film sélectionné à Cannes, « Ça correspond à une forme de rêve assez étrange. C’est beaucoup de pression aussi » nous confie la réalisatrice. «  Pour la suite, et puis pour celui-là aussi. On arrive, on est personne, je n’ai pas fait de court-métrage, personne ne sait qui je suis, donc on se dit que c’est facile d’être balayé du revers de la main.
Cannes, c’est le public le plus dur du monde. En tous cas, c’est la légende… Du coup à la fois ça fait rêver, et à la fois ça fait peur.
Mais bon ça s’est plutôt bien passé, donc je suis ravie ! »

Et nous aussi ! Concernant la genèse, la question à 1000 $ que tout le monde pose : D’où vient le titre ?

Céline explique : « Pour moi la pieuvre, c’est la jalousie, le désir, la manifestation physique des sentiments – contradictoires, parfois – c’est ce petit monstre qui se loge au creux du ventre et qui se manifeste de façon un peu tentaculaire, qui jette son encre… Et du coup, la première fois qu’on tombe amoureux, c’est le moment où naît la pieuvre et, pour nos trois personnages, vraiment, c’est la naissance de la pieuvre. »

C’est la personnification du désir et de l’amour…

« Voilà ! Ça pourrait s’appeler naissance du désir en fait… »

Et pourquoi avoir choisi le milieu de la natation synchronisée ?

Céline : « D’abord parce que c’est un sport qui me fascine depuis très longtemps.
J’ai découvert ça à l’adolescence, un peu dans les mêmes conditions que l’héroïne, et au moment de me lancer dans une fiction sur l’adolescence, ça m’a paru évident, je me suis replongée dans ce milieu là.
En plus, visuellement, c’est un sport que j’avais très envie de filmer. C’est un univers très coloré, en même tps, d’effort physique.
Il y avait un vrai lieu de mise en scène. Et puis en plus, c’est un sport qui est “réservé” aux filles, et qui du coup, produit un vrai discours sur la féminité.
Il y a tout ce rapport de surface et d’apparence, où on sourit, où on affiche une féminité exubérante, y’a pas un cheveu qui dépasse, il s’agit de gommer l’effort, et puis, en “sous-marin”, en “sous terrain”, ça s’agite, ça travaille, c’est physique, c’est le sacrifice, et il s’agit de ne pas le montrer.
Le parallèle entre les sentiments, l’adolescence, la féminité et ce sport fonctionne… »

Et pour toi, le parallèle était clair dès le départ, dès l’écriture ?
Ou est-ce que le choix de la natation synchronisée était évident parce que tes souvenirs d’adolescence te menaient là et que cela est venu après ?

Céline : « C’était plutôt le parallèle entre les questions de féminité et ce sport qui m’ont paru évident, maintenant, le symbolisme s’est vachement accentué au moment du tournage, parce que soudainement, on met la caméra sous l’eau, et on voit bien… C’est beaucoup plus éloquent que ce dont on avait pu rêver…
Ça s’est radicalisé. Le lien entre le sport et le discours s’est radicalisé au fur et à mesure. »

Concernant la natation synchronisée justement, les figures aquatiques étaient réellement exécutées par toi, Adèle ?

Adèle : « Oui, je n’étais pas doublée. J’ai appris la natation synchronisée avec un coach. J’ai appris tous les mouvements de surface, les mouvements de bras, et alors pour le coup, c’était du travail, parce que j’ai passé genre 40 heures en répétitions pour apprendre ce qu’il y a dans le film. Donc en surface, je fais exactement ce que font les autres filles.
Moi j’adore apprendre, c’est quand même une aventure, quand on apprend ça pour un film. Quand on m’a dit « Faut apprendre la natation synchronisée pour le film », j’étais trop partante, je voulais absolument pas qu’on me mette une sorte de praticable sous l’eau et que je fasse semblant, je voulais apprendre !
Mais comme dit Céline, ce qu’il y a de bizarre avec ce sport, c’est un effort physique incroyable, c’est épuisant, et à la fois, faut pas montrer qu’on fait des efforts. Sous l’eau, c’est très tentaculaire, ça s’agite, et à la surface, c’est très rigide, très maîtrisé.
C’était vraiment une aventure…
Maintenant, je ne me lancerais pas dans la synchro pour en faire une carrière !
Je ne pense pas qu’on puisse en faire carrière d’ailleurs ! » (rires)

Justement, niveau carrière, des projets ?

Adèle : « On continue nos études et puis on verra. »

Bien que ce soit un film qui raconte sensiblement – mais sans sensiblerie – le parcours de trois filles, qui envisage 3 désirs, très différents, 3 problématiques, un film sur les filles, de façon générale, l’imagination manque semble-t-il dans le milieu du cinéma puisque l’étiquetage est encore de mise, les jeunes actrices ne recevant des propositions que pour des projets similaires. Rien de très motivant en soi !

Pour Adèle, c’est d’ailleurs très clair : « C’est vrai que le cinéma, c’est vraiment mon truc, moi, j’adore ! C’est un peu ma passion, mais j’ai pas envie de me retrouver sur des trucs que je n’arriverais pas à défendre après… Des merdes quoi, en gros !
On a déjà eu des propositions mais y’a rien encore où je me serais dit, “ouais, pourquoi pas ?”. »

Louise intervient : «  J’ai un peu du mal à parler de projets, parce que nous on est là, en plein là dedans ! Pour nous c’est presque que le début. On est au milieu mais on n’en est pas sorties encore. Pour moi c’est impossible de penser à après tant que je n’aurai pas vu ce que ça va donner, pas vécu ça… »

Et pour Céline : « J’ai des projets d’écriture avec d’autres réalisateurs, pour d’autres réalisateurs, et puis surtout j’attends la fin de cette histoire.
Parce que l’objet qui suit est forcément lié à la carrière de celui-là pour moi, sa rencontre avec le public.
C’est un peu difficile de me projeter dans la suite sans savoir comment tout ça est sanctionné.
Je veux dire, là, l’accueil de la critique est bon, le film existe, c’est plutôt favorable pour se lancer dans un 2ème film, mais pour l’instant, j’ai pas de projet précis.
En tous cas, y’a un bon retour avec le public, ça se passe bien, les gens sont intrigués, les gens restent, le film les passionne pas mal, c’est positif. »

Pauline, silencieuse et discrète, Louise, réfléchie et posée, Adèle, volubile et avenante, défendent avec une vraie honnêteté le film que Céline leur a offert.
Elles s’estiment d’ailleurs toutes trois chanceuses d’avoir atterri sur le film.
Mais comment ?

Adèle : « On a toutes les trois un parcours différent.
Pauline elle a été castée dans les jardins du Luxembourg à Paris, un casting sauvage, et on s’est retrouvées ensemble sur le casting, et Louise, elle, avait répondu à une petite annonce dans le “Studio Magazine”. »

Pauline : « En fait moi j’ai été castée pour un autre film (Tel Père, Telle fille), mais j’ai pas été prise. Et donc on m’a rappelée pour les pieuvres… »

Adèle : « Moi, j’avais fait un film avant, Les Diables, il y a 5 ans, et du coup je connaissais la directrice de casting, et c’est comme ça que je me suis retrouvée sur le casting.
Quand j’ai lu le scénario, c’était très bien écrit, il y avait déjà presque un univers visuel. Il y avait une ambiance qui se dégageait du scénario. Céline nous a dit après qu’en tant que scénariste, elle l’avait écrit sans forcément penser ensuite à le mettre en scène, du coup le scénario est très riche… »

« Et très juste ! » ajoute Louise
« Moi je sais que la première chose qui m’a vraiment plu dans le scénario, c’est que plus j’avançais, plus je le lisais, plus je me disais : ce qu’il y a d’écrit, c’est ce que j’ai pu ressentir plusieurs fois en fait ! C’est super juste !
Parfois dans le scénario, je lisais des choses en me disant, mais j’ai pensé exactement pareil ! Ça s’est passé comme ça !
Pas tout, bien sûr. L’histoire, celle de mon personnage, c’est pas la mienne, mais les sentiments qui étaient derrière, ils étaient très perceptibles dans le scénario, et moi, c’est vraiment ça qui m’a touchée, qui m’a donné très envie de faire ce film.  »

Heureusement, car à propos de la réponse à l’annonce :

Louise : « Moi-même je ne sais pas pourquoi [j’ai répondu] !
Je fais du théâtre, et c’est ce que j’aimais, à la base, et j’ai envoyé ça, mais vraiment, je ne sais pas pourquoi ! J’avais envie, je voulais voir comment c’était derrière… Mais c’est débile, parce que j’aurais pu tomber sur un scénario pourri ! C’est ce que je me dis à chaque fois !
C’est vrai, je ne l’aurais peut-être pas fait alors, mais du coup, j’ai eu de la chance… Je ne sais pas moi-même, je ne m’explique pas pourquoi j’ai répondu… Mais je suis bien tombée ! »

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre