On Ne Choisit Pas Sa Famille : Interview de Christian Clavier, l’interprète de César

On Ne Choisit Pas Sa Famille : Interview de Christian Clavier, l'interprète de César

Interview accordée en Novembre 2011 pour Comme au Cinéma

Le grand public sait peu que vous êtes scénariste de beaucoup de films cultes dans lesquels vous avez joué. Pourquoi cette discrétion ?

La notoriété de l’acteur sur certains rôles a beaucoup occulté le travail du scénariste. J’ai écrit beaucoup de films et j’y ai toujours pris énormément de plaisir. J’ai commencé avec mes camarades du Splendid (Le Père Noël Est Une Ordure et Les Bronzés). A l’époque on a très vite compris que si on ne s’écrivait pas nos propres rôles personne ne nous en offrirait. Donc pour s’employer comme acteurs on s’est mis à écrire. J’ai continué en écrivant des pièces de théâtre puis des adaptations de films avec Martin Lamotte et Jean-Marie Poiré (Papy Fait De La Résistance, Twist Again A Moscou, Mes Meilleurs Copains). Mon goût pour l’écriture est d’ailleurs devenu plus aigu au contact de Jean-Marie Poiré. Il était scénariste avant de se lancer dans la réalisation et a beaucoup travaillé avec Michel Audiard. J’ai poursuivi avec Michel Delgado, mon coscénariste sur L’Enquête Corse, L’Auberge Rouge et aujourd’hui sur On Ne Choisit Pas Sa Famille. Ces scenarii de comédies inventives ont souvent trouvé une connexion avec le public. Du coup, de gros succès ont fait que je suis devenu un acteur très connu et un scénariste moins reconnaissable.

Cette notoriété a-t-elle accentué votre plaisir de jouer et a-t-elle eu un impact sur votre goût pour l’écriture ?

Je me suis toujours beaucoup amusé à jouer des personnages à défauts dans les comédies et à faire des « bêtises » avec mes partenaires. Le plaisir est resté le même. Aujourd’hui je retrouve Jean Reno, mon complice, et Muriel Robin pour la deuxième fois mais de façon plus intense. Avec Michel Delgado on lui a écrit un rôle vraiment sur mesure. C’est une nouvelle partenaire de ping-pong pour moi puisqu’on incarne un faux couple qui se comporte comme chien et chat. Je me suis régalé. Jouer ce qu’on a écrit procure toujours une grande satisfaction. Quand on trouve des acteurs qui servent au mieux les situations ou les dialogues qu’on a couchés sur le papier on a envie de réécrire pour eux. Pour autant, j’étais ravi de découvrir Helena Noguerra pour laquelle je n’avais jamais écrit. Je me suis servi de la fantaisie qu’elle a déployée dans L’Arnacoeur pour lui proposer un rôle. Quand il s’agit de Jean Reno, je sais que ça va coller. J’ai écrit en fonction de ce qu’il représente, de ce qu’il a déjà joué, de ce que j’aime de lui, de ma connaissance approfondie et intime de lui comme ami. Il avait très envie qu’on refasse un fi lm ensemble. C’est lui qui a donné l’impulsion pour On Ne Choisit Pas Sa Famille. Concernant Muriel Robin, j’avais à progresser sur le plan de l’écriture. Je l’ai imaginée dans une couleur assez proche de sa nature de femme et de comédienne qui nous a tant fait rire sur scène. J’avais en tête le souvenir de Jacqueline Maillan pour laquelle j’ai écrit. L’alchimie, les rapports et les pas de deux acteurs-auteurs sont très importants.

Même s’il n’existe pas de recettes d’écriture types, avez-vous des règles et des ingrédients qui vous servent de base ?

J’essaie toujours d’écrire pour le grand public et de la manière la plus drôle possible des fi lms avec des sujets mais sans message. Le thème de Papy Fait De La Résistance est dans le titre. Le Père Noël Est Une Ordure évoque le « charity business ».

A chaque fois, mon envie est de faire une comédie avec du fond mais l’un ne doit pas prendre le pas sur l’autre. Je ne veux jamais m’empêcher d’écrire une scène drôle ou complètement absurde parce qu’il y a du fond et ce n’est pas parce qu’il y a du burlesque que ça va nuire au fond. Si je devais défi nir ma marque de fabrique, ce serait celle-là. Dans On Ne Choisit Pas Sa Famille il est question d’homoparentalité : deux femmes veulent adopter une petite Thaïlandaise. J’ai choisi ce pays pour sa photogénie, pour son accueil incroyable et parce que ce n’est pas un état de droit. En cas de transgression de la loi sur l’adoption on court un très grand danger. Ces deux femmes ont un vrai désir d’enfant. Elles ont une dimension maternelle importante. Elles vont donc défi er les autorités par nécessité en s’aidant d’un personnage complètement décalé. Le fond est là, les ressorts de comédie aussi. Et puis j’adore faire faire un voyage ou un parcours exotique au public. C’était déjà le cas dans Les Bronzés ou dans Les Visiteurs puisque dans ce dernier on remontait dans le temps.

Est-ce que passer à la réalisation est un rêve logique, naturel ou légitime quand on a une carrière de scénariste aussi importante que la vôtre ?

J’ai beaucoup reculé l’échéance. Longtemps, ça ne m’a pas paru être le moment. Et puis d’un coup de vraies envies d’images et de découpage se sont concrétisées. J’entrevoyais la possibilité de pouvoir combler tout ce que j’avais pu ressentir comme plaisir ou comme frustrations sur des films que j’avais écrits. J’éprouvais surtout un grand désir de diriger les acteurs. Je me sentais probablement plus prêt, plus en confiance. Et l’histoire d’On Ne Choisit Pas Sa Famille me tenait à cœur. Je me suis servi de mon expérience avec des réalisateurs comme Yves Simoneau qui m’a dirigé pendant 120 jours sur l’énorme production qu’était Napoléon. Ses exigences ont été riches d’enseignement.

J’ai aussi pris appui sur mes vingt ans de collaboration avec Jean-Marie Poiré. Il me demandait mon avis sur les montages. Je le voyais tourner, découper, se battre avec le temps. Quand j’ai pris la décision de réaliser le fi lm j’ai beaucoup retravaillé le scénario. Je me suis entouré d’une équipe réduite à laquelle se sont ensuite greffés tous les autres techniciens du fi lm. Je leur ai beaucoup délégué et eux m’ont énormément aidé, qu’il s’agisse de la directrice artistique en charge des décors, des costumes, des maquillages et des coiffures, de mon premier assistant très attentif à mes idées et à mes changements d’idées, du monteur avec lequel j’ai travaillé depuis le début en Thaïlande, en parallèle du tournage, pour voir ce que je pouvais éventuellement améliorer, mais aussi du chef opérateur qui a accepté de faire beaucoup de plans tout en soignant énormément la lumière. Je faisais 22 plans par jour, souvent à deux caméras : c’est important de multiplier les axes et les valeurs pour une comédie. J’ai emmené ce petit cercle, ainsi que le reste de l’équipe française et thaïlandaise, dans une frénésie de travail pendant presque quatre mois, dont plus de trois là-bas. Ça m’a donné envie de renouveler l’expérience. Je ne me suis pas du tout senti bridé en tant que comédien. L’acteur a bien aidé le réalisateur et vice versa. C’était une dépense d’énergie énorme, c’était fatigant mais très dynamisant. Et puis, à partir du moment où vous donnez à l’équipe et aux acteurs le sentiment que vous savez à peu près où vous allez les choses sont plus faciles.

N’est-ce pas lourd de multiplier les casquettes (scénariste, réalisateur, acteur, producteur) pour un premier film ?

J’ai tout cumulé. Sur le papier ça peut paraître une charge inouïe. On peut se dire : « Ce type est maso ! ». En fait, non ! C’est plus facile de produire son propre film parce qu’on se donne les moyens pour qu’il soit à la hauteur de ses ambitions. Finalement, ça facilite le travail du metteur en scène. J’ai pu prendre des décisions très pensées plus rapidement. On a dû faire 850 plans environ. C’est beaucoup en seulement neuf semaines de tournage, sachant que j’étais à la fois devant et derrière la caméra. Cumuler toutes ces casquettes m’a peut-être permis de réaliser le fi lm avec l’énergie nécessaire pour y arriver.

Dans quel état d’esprit avez-vous abordé le premier jour de tournage ?

Le premier jour de tournage a eu lieu en Thaïlande. On a commencé par la scène dans laquelle Muriel Robin prend conscience que Maily vient de perdre son grand père. On est tous partis en bateau à 5h30 ou 6h00 du matin pour traverser une baie absolument magnifique d’Asie afin de rejoindre un village de pêcheurs extrêmement exotique. Pour nous c’était aussi un voyage. J’ai eu le sentiment de me retrouver en Côte d’Ivoire en 1978 pour le tournage de Les Bronzés. L’exotisme du voyage correspondait à l’aventure du fi lm. Il y a donc eu beaucoup d’excitation et un peu d’appréhension aussi mais si j’avais commencé par tourner les scènes de Paris j’aurais eu davantage de trac. Là, l’exotisme, le pays, l’énorme équipe thaïlandaise qui nous accompagnait, soit au total 180 personnes avec les Français, ce village de pêcheurs incroyable à filmer, c’est passé ! Il fallait de toute façon que j’avance. Il y avait trop de matériel embarqué, de problèmes de marées. Des bateaux arrivaient, d’autres non. Le tournage a pris le dessus et c’est devenu un moment réjouissant.

Certaines scènes vous ont-elles donné du film à retordre ?

La scène du dîner à Bangkok a été particulièrement complexe. J’ai tourné soixante plans en deux jours, de nuit, par une chaleur écrasante. Mais deux caméras et deux cadreurs permettent de faire beaucoup de choses. En termes de jeu il fallait garder la même énergie. J’avais demandé aux acteurs de bien connaître leur texte comme pour des répétitions au théâtre. Je leur avais expliqué que je ne ferai pas beaucoup de prises mais beaucoup de plans compte tenu du temps de tournage assez court. Je n’avais pas le choix. Ils ont joué le jeu.

Quel style visuel aviez-vous en tête pour le film ?

Je voulais absolument réaliser le fi lm en cinémascope. Comme c’est une comédie avec des dialogues très écrits vraiment basée sur un quatuor et sur des situations fortes j’ai pensé que le cinémascope allait me permettre de faire rentrer le pays dans le cadre. C’est un format qui permet de gagner en spectaculaire. La Thaïlande s’y prête. Les décors ressortent davantage et on n’est pas que sur les acteurs. Je souhaitais aussi une très belle lumière sur les acteurs, chaleureuse, brillante, avec du contraste et du caractère. On a souvent trop tendance à négliger la lumière dans les comédies.

Comment est née l’envie de raconter l’histoire de ces deux femmes désireuses d’adopter ?

Les situations qui décrivent le monde dans lequel on vit m’intéressent énormément. L’homoparentalité est un sujet de mœurs actuel. Quand on se demande si c’est bien ou pas que deux personnes du même sexe puissent adopter des enfants, les réactions divergent. Pourtant, c’est une réalité : beaucoup de couples d’hommes ou de femmes ont envie d’adopter. Et il y a beaucoup d’enfants qui seraient plus heureux dans leur nouveau foyer que dans des orphelinats. Il me semblait intéressant d’aborder cette problématique. J’ai bâti un vaudeville contemporain là-dessus. Je joue le faux mari de Muriel Robin qui va en Thaïlande avec de faux papiers pour des raisons d’argent et qui se fi che d’avoir ou pas des enfants. Évidemment, le voyage se passe beaucoup moins bien que prévu. Avec ce personnage à la limite de l’homophobie je me retrouvais dans un Feydeau ! Tout comme lui parlait des Français du début du vingtième siècle, je parle des Français d’aujourd’hui sur un sujet d’actualité en créant des situations de vaudeville pour faire rire comme c’était le cas avec La Cage Aux Folles. Comme la loi thaïlandaise ne permet pas à un couple de femmes d’adopter elles transgressent la loi. A partir du moment où il y a transgression il y a danger donc vaudeville, dissimulation d’identités et mensonges. Mon envie était de faire rire avant tout sur la base d’une situation d’aujourd’hui.

Comment avez-vous envisagé les caractères des principaux personnages ?

Pour Kim et Alex je ne voulais absolument pas d’un couple de femmes caricatural. Toutes les deux sont jolies, séduisantes et totalement investies par leur problématique. Muriel amène une légitimité très forte tout en étant un vrai clown. C’est un turbo de drôlerie. Luix et César, les personnages qu’on joue Jean et moi, sont dans un rapport d’autorité. Jean, c’est le Lino Ventura d’aujourd’hui. Quand il dit ou demande quelque chose on est obligé d’y répondre. L’image que l’on garde de lui dans les films d’action qu’il a tournés a servi la comédie. Il y a une dimension de force, de danger même qui se dégage de lui. Son personnage vit selon des valeurs très traditionnelles : il est médecin, s’intéresse beaucoup à cette petite orpheline et cherche à savoir si le couple Kim-César est bien sous tous rapports. Comme il ne sait pas qu’il s’agit d’un faux couple le trio César-Kim-Luix est très intéressant à traiter en termes de ressorts de comédie.

Un personnage comme César permet-il toutes les audaces en plateau ?

On est en présence d’un anti héros qui ressemble à tout le monde. L’imagination est complètement libre. J’ai toujours aimé jouer mes personnages avec la plus grande liberté pour aller jusqu’au bout de leurs possibilités, qui peuvent être inouïes. Tout ce que César pense m’amuse parce qu’il voit le monde par le petit bout de la lorgnette. Ses centres d’intérêt sont étonnants. Il n’a pas beaucoup d’affect pour les enfants, en tout cas au début. Il agit pour de l’argent. Il va se retrouver dans un pays qu’il ne comprend pas, qu’il n’apprécie pas forcément. Et il va vivre des situations invraisemblables. C’est très plaisant à jouer. J’adore ce personnage car il n’est jamais désagréable même s’il manque toujours de tact. Il dit tout ce qui lui passe par la tête comme les enfants. Il est maladroit, lourdaud, mais n’a pas mauvais fond.

Du coup, on ne peut pas complètement lui reprocher ses prises de position. Il ne peut être qu’énervant et ça, c’est extrêmement drôle. On s’est même amusé avec la couleur de ses cheveux. Il les teint parce qu’il ne supporte pas de vieillir. Beaucoup d’hommes sont comme lui. Suite à une teinture ratée il est acajou bordeaux. C’est quand même une très jolie couleur : on dirait qu’il a un buffet sur la tête ! J’ai accepté d’être teint comme ça pendant quatre mois. C’était gratiné ! Quand je rentrais dans un restaurant les têtes se retournaient.

L’enjeu du film c’est Maily, la petite fille de cinq ans qui doit être adoptée. Quel type de fillette souhaitiez-vous pour le rôle ?

Au départ, je voulais engager une petite fi lle plus âgée, genre huit ou neuf ans, mais qui paraîtrait plus jeune. Je pensais que ce serait plus facile pour elle de jouer. La responsable du casting m’a suggéré de rencontrer Maily Florentin Dao même si elle avait à peine cinq ans lors des essais. J’ai découvert une vraie personnalité ! J’ai pris le risque de faire le fi lm avec elle et pourtant on nageait en pleine inconnue. Certains enfants peuvent être très bons, très émouvants ou très craquants comme elle, d’autres en revanche catastrophiques. Maily joue naturellement juste. Ses parents m’ont beaucoup aidé, mais honnêtement c’était un vrai pari.

Quelle est votre plus grande satisfaction sur le film ?

J’ai éprouvé un immense plaisir à tourner. A tourner comme acteur et à filmer les autres. J’ai mené le tournage à un train d’enfer. J’étais vraiment le type qui fouette les chevaux pour faire avancer la diligence, mais je crois que toute l’équipe s’est amusée avec cette dynamique. Et ça a apporté de l’énergie à la comédie. Je suis dans cet état d’esprit sur tous les films que je tourne en tant qu’acteur. Il m’est déjà arrivé de m’ennuyer énormément sur certains tournages parce que le rythme était trop lent. Je trouvais que ça nuisait beaucoup à la comédie.

Là, l’énergie du tournage m’a fait passer un moment vraiment merveilleux.

Interview Originale sur le Site CommeAuCinéma.com

Christian Clavier

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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