Christa Winsloe (1888-1944), une lesbienne en uniforme ?

Christa Winsloe

Si le nom de Christa Winsloe ne vous dit peut-être rien, en revanche, peut-être connaissez-vous les adaptations cinématographiques de sa pièce de théâtre la plus connue : Mädchen in Uniforms qui furent deux grands succès dans les années 1930 et à la fin des années 1950.

Christa Winsloe est née à Darmstadt au sud de Francfort, dans la Hesse, un des Länder allemands, le 23 décembre 1888, l’année où un nouvel Empereur, Guillaume II, monte sur le trône. Elle est la fille d’un officier de la cavalerie hessois. Elle fait donc partie de la noblesse et reçoit à ce titre une éducation classique pour les jeunes filles d’officiers allemands, destinées à devenir à leur tour des épouses et des mères de soldats. La tradition militaire prussienne domine alors la toute jeune Allemagne unifiée « par le fer et par le sang » sous l’égide du chancelier Bismarck en 1871. À la mort de sa mère, dans sa jeunesse (à une date que je n’ai pu découvrir), elle est placée dans une prestigieuse institution destinée aux filles de la noblesse : la Kaiserin-Augusta-Stift, à Postdam, qui, à cette époque et jusqu’en 1918, est considérée comme la deuxième capitale de l’Allemagne après Berlin.

Christa Winsloe

C’est à cet endroit qu’eut lieu la Conférence de Postdam en 1945 qui devait régler les problèmes de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette enfance très stricte lui servit de matière première pour Mädchen in Uniform. Y découvrit-elle son attirance pour les jeunes filles comme son héroïne Manuela von Meinhardis ? S’éprit-elle comme elle de son professeure qui venait l’embrasser le soir avant de s’endormir ?

Christa Winsloe

Toujours est-il qu’au lieu de la rendre disciplinée et soumise comme un agneau à la volonté de son père, elle refuse plusieurs demandes en mariage et obtient même en 1909 d’apprendre la sculpture, un art considéré comme masculin, dans une école d’art de Munich, en Bavière. Elle se spécialise dans la sculpture d’animaux. Elle mène alors, à l’évidence une vie non conventionnelle pour les jeunes filles de son âge et de son milieu social. La pression devient forte et elle doit se résoudre à épouser en 1913 le baron hongrois Ludwig Hatvany pour faire cesser la désapprobation familiale. C’est un très riche propriétaire terrien féru de littérature et fils d’un grand industriel enrichi dans le raffinage du sucre. Elle commence à écrire et publie son premier roman : Das schwarze schaft, le Mouton noir qui accompagne son désir de normalisation et son envie de vivre une vie rangée, mais témoigne aussi de sa grande liberté créatrice. Ce mariage ne dure pas : le baron consent au divorce après la Guerre en 1924 et lui accorde une très confortable pension qui lui assure une indépendance financière.

Son divorce semble la libérer des conventions sociales fortes qui pèsent sur elle. Dans les années 1920, elle vit un temps à Vienne où elle rencontre un premier succès d’auteur avec un opéra théâtral, puis elle se rend à Berlin où s’épanouit alors une importante subculture lesbienne. Tout n’est pas rose. Comme les travaux de l’historienne Claudia Schoppmann l’ont montré, depuis 1909, les débats se multiplient en Allemagne pour étendre le paragraphe 175 qui criminalise l’homosexualité masculine à l’homosexualité féminine. Le juriste Rudolf Klare par exemple veut son extension pour limiter les risques de « séductions » lesbiennes qui détourneraient les femmes allemandes de leur mission procréatrice dans un contexte dramatisé d’effondrement des naissances après la Guerre.

La jeune République de Weimar tente d’installer la République et la démocratie dans un pays de tradition impériale après 1918. Christa Winsloe s’engage aux côtés du SPD, le parti socialiste allemand fondé en 1875 et qui domine après guerre. On ne connaît rien de sa vie sentimentale dans les années 1920. En 1930, elle écrit la pièce de théâtre qui la rend immédiatement célèbre : Gestern und Heute qui raconte la passion morbide de la jeune collégienne Manuela von Meinhardis pour son professeure et chef de dortoir, Fräulein von Bernburg. L’année suivante, en 1931, la pièce est adaptée à l’écran par Leontine Sagan avec Dorothea Wieck et Herta Thiele dans les rôles titres sous le titre Mädchen in Uniform.

Christa Winsloe

C’est la première fois qu’un film ne compte que des rôles féminins. La dimension lesbienne du film n’est pas vue par le grand public alors que la directrice du film est lesbienne, l’auteure du livre original aussi et que des actrices lesbiennes font partie du tournage, telle Erica Mann, l’une des filles de Thomas Mann.

La voici fumant avec les cheveux courts :

Christa Winsloe

Et de face :

Christa Winsloe

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