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DES LESBIENNES À HOLLYWOOD ?

(SUITE)

 

Le témoignage d’Eva, bien des années plus tard, dans ses mémoires, accrédite l’idée d’une « oasis lesbienne » à Hollywood, au 8080 Sunset Boulevard. En 1921, la protégée d’Alla est une jeune actrice du nom de Jean Acker aux allures de garçonne.

Des Lesbiennes a Hollywood

 

La jeune fille est brièvement mariée pour les studios de la MGM au jeune premier talentueux de l’époque mais totalement homosexuel, Rudolph Valentino (leur mariage dure quelques mois seulement). Elle-même est totalement transformée en vamp par les producteurs.

Des Lesbiennes a Hollywood

 

La carrière brillante de Nazimova cessa avant l’arrivée du cinéma parlant en 1927. Elle illustre un premier temps des studios de Hollywood et montre déjà la puissance de la MGM.

 

Mercedes de Acosta


La principale source des rumeurs et des potins circulant sur la vie des actrices présumées lesbiennes ou bisexuelles est la dessinatrice de costume, puis auteure de pièces, Mercedes de Acosta. En 1960, la publication de ses mémoires Here Lies the Heart créa le scandale. Mercedes de Acosta y outait un certain nombre d’actrices parmi les plus célèbres d’Hollywood entre 1915 et 1934. Il y était notamment question de ses liaisons homosexuelles avec les sex symbols de cette génération à savoir Greta Garbo et Marlène Dietrich.

Les deux actrices ont eu un rôle important dans l’émergence d’une subculture lesbienne aux États-Unis dans les années 1903 grâce aux rumeurs qui circulaient sur leurs mœurs, leur rejet de l’institution du mariage et leur anticonformisme vestimentaire comme le montre le montage suivant :

 


Les deux actrices sont aussi les premières icônes queer à embrasser des femmes à l’écran, habillées en hommes :


Il reste que les dires de Mercedes de Acosta, s’ils sont plus que plausibles dans bien des cas, n’ont pas été confirmés : dans le cas de Greta Garbo, par exemple, l’ouverture des lettres de cette dernière en 2000, certes en partie censurées par les descendants qui gardent jalousement les mystères de la vie privée de l’actrice, n’a pas corroboré les récits de Mercedes de Acosta qui semble avoir été littéralement obsédée par la « Divine ». En revanche, on sait qu’Eva Le Gallienne avec qui elle eut une brève aventure au début des années 1920, fut très mécontente de se voir ainsi « dénoncée ». Sans être cachée ou sans s’être mariée comme tant d’autres pour échapper aux rumeurs, elle n’était pas à l’aise avec son lesbianisme. L’affaire qu’elle avait eue avec l’actrice bisexuelle et mariée, Josephine Hutchinson, vers 1927, lui avait montré tous les effets dévastateurs du scandale.

Des Lesbiennes a Hollywood

 

Le mari de Josephine Hutchinson, furieux d’être ainsi cocufié, avait lancé une procédure de divorce et averti la presse qui avait révélé le lesbianisme de l’actrice (on parlait alors en terme voilé de « shadow actress »). Eva Le Gallienne en avait été profondément affectée et avait commencé à sombrer dans l’alcoolisme avant de se remettre, péniblement. Le livre de Mercedes fut donc considéré comme un coup de poignard dans le dos.

 

Un « chart » façon L-word avant L-word ?


À lire les mémoires de Mercedes de Acosta, puis les témoignages d’autres actrices de cette époque, naît le sentiment d’une très petite communauté reliée par des aventures sexuelles ou sentimentales. Au centre de la toile se trouve la séductrice Mercedes de Acosta, croqueuse de femmes, mais aussi l’initiatrice, Alla Nazimova. Les unes et les autres se font profiter de leur carnet d’adresses et se font aider d’hommes, en général en quête de couverture respectable.

Y avait-il plus de lesbiennes dans l’industrie du cinéma qu’ailleurs dans l’entre-deux-guerres ? On peut en douter. En revanche, la carrière cinématographique permit à des femmes d’obtenir une véritable indépendance financière et un pouvoir économique et médiatique. Elles n’avaient pas besoin de la protection financière des hommes. La confusion des « genres » pouvait donc naître et il semble que certaines actrices, dont Greta Garbo ou Katherine Hepburn, se soient senties à la fois femme et homme. En revanche, contrairement à ce qui se fit en France à la même époque, ou plutôt à Paris dans l’entre-deux-guerres, les actrices américaines d’Hollywood restèrent dans leur « placard » que ne fit que renforcer (et non créer) le code Hays. On est donc bien loin de la communauté indépendante et relativement ouverte du « chart » d’Alice dans The L-Word.

 

Stéphanie Bee (26 Octobre 2009)

 

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