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L'HOMOSEXUALITÉ FÉMININE EN INDE

(SUITE)

 

Dans le cycle en sanskrit Kathasaritsagara, rédigé au XIe siècle, il est question d’une jeune femme qui, lors de la cérémonie où elle doit choisir son fiancé parmi une assemblée de prétendants, tombe immédiatement amoureuse d’une femme mariée et la désigne. Leur relation, inattendue, est cependant reconnue. Elles sont qualifiées de « swayamvara sakhis », soit des petites amies volontairement choisies.

Homosexualite feminine en Inde

 

Un poème épique bengali du XIVe siècle (Krittivasa Ramanayana) explique des choses plutôt surprenantes : deux femmes entre elles pourraient donner naissance à un enfant qui aurait la particularité de n’avoir aucun os et donc un corps informe. Le poème raconte en effet que le dieu Shiva demanda aux veuves du Maharaja Dilipa qui venaient de mourir de s’accoupler afin de faire naître un enfant grâce à sa bénédiction. Il est dit que les deux Reines qui s’aimaient beaucoup consentirent à faire l’amour et accouchèrent d’un enfant né sans os mais de leurs deux vulves. Ce roi, appelé Bhagiratha, fut restauré dans sa pleine santé grâce au sage Astavakra. Il devint l’un des plus célèbres et des plus puissants rois indiens. Ce récit s’appuie sur un traité médical ayurvédique du 2e siècle (Susbruta Samhita) qui concevait que deux « semences » féminines issues de la vulve pouvaient se féconder l’une l’autre.

L’Inde du Nord, sous domination perse et donc de culture musulmane, reconnaît aussi l’homosexualité féminine. Dans les poésies urdus du genre rekhti, né au XVIIIe siècle, le terme dogana désigne une amante et le verbe chapti (qui veut dire frotter) sert à qualifier les relations sexuelles entre femmes. Mais ces poèmes sont écrits par des hommes pour des hommes. Pour certains spécialistes, ces poèmes exclusivement sexuels seraient à prendre comme des preuves de misogynie indienne et porteraient d’abord la réprobation sur les femmes lascives (adultères, lesbiennes…). Mais ces poèmes imitent une voix et une écriture féminine et certains poètes s’habillaient en femme pour réciter leurs vers, ce qui rend leur interprétation plus complexe et plus homophile. La plupart relève d’une écriture masculine et de fantasmes masculins plutôt que des pratiques féminines. Mais pas tous… En effet, il semble que certaines femmes aient écrit des poèmes d’amour (ghazals) pour d’autres femmes, telle la princesse de Bhopal, Gunna Begam, morte en 1773, ou encore la célèbre courtisane d’Hyderabad, Mah Laqa Bai Chanda, dont on raconte qu'elle venait aux fêtes complètement nue, mais que son corps était si habilement peint que personne ne s'en apercevait. Elle accompagnait le nizam (souverain d’Hyderbad) à la guerre, habillée en homme. Telle une Amazone, elle aurait excellé au tir à l'arc et au javelot, et montait parfaitement à cheval. Leurs poèmes furent exclus des recueils canoniques de poésie urdu par Mohammed Hussain Azad mais à leur époque, ils furent écrits par des femmes et furent également lus par des femmes de manière minoritaire.

À l’époque coloniale, les couples de femmes, bien qu’illégaux, existent toujours. Un officier britannique du service médical indien en rend compte dans sa correspondance avec le sexologue Havelock Ellis qui théorise l’inversion au même moment en Angleterre. En 1900, il évoque ainsi un couple de femmes de caste différente, une veuve ayant des relations sexuelles avec ses trois servantes et un couple en prison.

Les débats des années 1970-1990 sur l’homosexualité en Inde soulevaient de graves questions identitaires et étaient instrumentalisés soit pour dénoncer la période coloniale et l’influence perverse de l’Angleterre sur la culture indienne, soit pour dénoncer qui les Musulmans, qui les Hindous, pour leurs mœurs particulières. Les travaux historiques sur l’homosexualité en Inde sont assez récents et émanent de la diaspora indienne vivant aux États-Unis, au Canada ou en Angleterre. La principale spécialiste actuelle est l’historienne Ruth Vanita qui a dirigé et publié en 2002 Queering India: same-sex love and eroticism in Indian culture and society qui essaie de montrer que l’homophobie est un produit d’importation coloniale, mais qu’il existe un continuum lesbien que divers acteurs – y compris avant la colonisation – ont essayé d’effacer de l’histoire. Ce travail pionnier est militant et n’a pas d’équivalent en France d’après mes recherches.

Depuis 2009, l’homosexualité n’est plus un crime en Inde et de plus en plus d’œuvres paraissent en Occident. Nous en avions un peu parlé sur le forum (http://www.univers-l.com/forum2/viewtopic.php?f=15&t=650). Mais pour autant, la réprobation sociale reste forte et le nombre de suicides de jeunes homosexuelles est important en Inde comme dans bien d’autres pays partout dans le monde.

 

Pour en savoir plus :

http://www.tassedethe.com

http://www.gaytoday.com

http://www.tetu.com

http://www.youtube.com

 

Stéphanie Bee (26 Juillet 2010)

 

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