Le Mariage entre Femmes dans l’Histoire

Est-ce ce samedi 25 juin 2011, jour de Gay-Pride à Paris, qui me donne l’idée d’un petit article sur le mariage dans l’histoire ? Ou est-ce le hasard de lectures et de découvertes diverses qui m’ont donné envie de prolonger les débats entamés sur le forum ? Qui sait : sans doute un peu des deux.

Ce petit parcours a pour objectif de montrer que la question du mariage entre adultes consentants du même sexe s’est déjà posée dans l’histoire, dans différentes communautés occidentales ou non, et qu’il n’est donc pas le fruit ou la production dégénérée d’une dérive contemporaine de pays développés qui auraient tout oublié de la « nature »…

Nous avons déjà évoqué des cas de mariages entre femmes qui furent enregistrés en Europe parce que l’une des deux se faisait passer pour un homme et était considérée comme un homme jusqu’à ce qu’on découvre la « supercherie ». Je renvoie ainsi au portrait de Catharina Linck, qui est représentatif de nombreux cas identifiés particulièrement dans le monde anglo-saxon à l’époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècles) sous le nom de female husbands qui sont bien présentés dans l’article de la revue Clio sur le sujet.

C’est le premier type de mariages entre femmes, mais il représente simplement un contournement des institutions en place et ne menace pas les normes qui restent fondamentalement hétérosexuelles. En 1746, l’écrivain anglais Henry Field publia une satire inspirée par la vie de Mary Hamilton qui rendit les affaires de « female husband » objet de discussion et de moquerie. Le livre n’est toujours pas traduit en français, mais il a été publié et peut être acheté en ligne.

Mariage entre les femmes dans l'Histoire

La plupart du temps, quand des lesbiennes voulaient vivre ensemble en Europe dans les siècles précédant le nôtre (et c’est finalement encore le cas aujourd’hui), elles renonçaient au mariage et décidaient de vivre ensemble et de fonder un foyer à l’écart de la société et de sa désapprobation. Ce fut le cas des Dames de Llangollen mais aussi le choix d’Anne Lister.

Mais il existe également d’autres types de mariages entre femmes dans des circonstances bien particulières. Ce fut le cas en Afrique chez certains peuples avant et après la colonisation. Chez les Nandis du Kenya, les mariages entre femmes auraient représenté 3% des unions et étaient célébrés et admis par la communauté lorsque les femmes étaient infertiles ou n’avaient eu que des filles et manquaient d’un héritier mâle. Dans ce cas, le mariage était précédé d’une cérémonie qui était une sorte de « rituel d’inversion » pendant laquelle une femme devenait socialement un homme. Mais dans ces types de mariage, les relations sexuelles entre femmes n’étaient pas socialement admises. Il s’agissait simplement de survie économique. Dans ces sociétés, le mariage est avant tout un contrat social et non véritablement un sacrement religieux. Il est donc possible, pour des raisons économiques et sociales, d’envisager des mariages entre personnes de même sexe et en particulier entre femmes sans que cela ne choque particulièrement le reste de la communauté, même si ces unions ne sont pas souhaitables car elles indiquent souvent une marginalité économique. Ou bien alors, comme dans le cas de la Reine de la Pluie, le mariage est le signe de sa puissance et du contrôle social exercé sur la société : les femmes se marient entre elles pour garder le pouvoir et asservissent l’homme qu’elles renvoient au rang de simple reproducteur.

Il existe un autre cas de figure bien différent : celui des mariages entre femmes sur le continent américain peu avant l’arrivée des Européens. Ces cas ont beaucoup surpris les Européens. En 1937, un psychiatre de la mouvance freudienne, le Docteur Devereux publia une longue étude sur « L’homosexualité institutionnalisée des Indiens Mohave » dans laquelle il dissertait à propos de cas qu’il n’avait pas pu directement étudiés lui-même mais qu’on lui avait rapportés. Le cas qui le retient le plus est celui d’une Indienne Mohave de la tribu Nyoltc qui était née vers 1850 et qui avait été tuée vers l’âge de 45 ans, en 1895. Elle s’appelait Sahaykwisa, ce qui en indien mohave signifiait « ombre » ou « esprit féminin ».

Mariage entre les femmes dans l'Histoire

Les Mohaves (ou Mojaves) vivaient au Sud-Ouest des États-Unis actuels, au contact entre le désert qui porte leur nom et le fleuve Colorado. Sur la photographie suivante, on voit deux Indiens de cette tribu vers 1871.

Mariage entre les femmes dans l'Histoire

Sur cette autre photo posée, on découvre les costumes et maquillages traditionnels de cette tribu.

Mariage entre les femmes dans l'Histoire

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