Salon du Livre 2015 – Alors, où sont les lesbiennes ?

L’année dernière, souvenez-vous, j’arpentais les allées du salon du livre 2014 à la recherche des fictions lesbiennes… Sans trop de succès. La table ronde sur la romance homosexuelle à laquelle j’avais été gentiment invitée avait statué l’évidence… Dans la tête de beaucoup, la romance homosexuelle signifiait la romance gay H/H.

Qu’en était-il cette année ? De retour sur le stand Harlequin, après une petite fête d’anniversaire d’HQN avec champagne et petits fours (on avait perdu les verres mais pas les assiettes), une séance de dédicace dans une atmosphère décontractée et plus animée que je ne l’aurais pensé… Me revoilà dans les allées encombrées de ce hall gigantesque. On y trouve un peu de tout : le Brésil, pays à l’honneur cette année, le stand de la littérature du Bassin du Congo aux couleurs chatoyantes, le Royaume du Bahreïn qui nous offre des dates au passage, ou la Pologne (qui ne nous offre heureusement pas de Vodka). Les grands noms de l’édition sont là, mais aussi d’autres dont on n’a parfois jamais entendu parler, de Zola au manga, en passant par la teen romance et l’érotisme. Il y en a pour tous les goûts !

Tous les goûts ? Et bien pas tout à fait quand même… Je m’offre une fausse joie en lisant de travers l’affiche annonçant le stand Leslibraires.fr. À distance, avec mon désir de trouver des lesbiennes quelque part, j’ai cru lire Lesbi et non lesli. Bon je me demandais aussi ce que c’était que ce drôle de nom : Lesbibraires ! Le jeu de mot aurait été plutôt malheureux. Je ne suis pas certaine qu’associer les lesbiennes et les ânes soit très vendeur.

Bref, je finis par repérer un drapeau arc-en-ciel dans une allée bordant la limite des exposants. Leur banderole affirme bien clairement éditeur LGBT. Ça semble bien parti ! J’ai apparemment découvert un éditeur américain traduisant ses bouquins en français. Je regarde les livres en exposition… Les couvertures ne laissent guère de place à l’interrogation, nous avons affaire à de la romance et à de la romance H/H uniquement. J’interroge l’émissaire, une jeune femme avenante qui répond à ma question sans détour. Non, ils n’ont pas de roman lesbien… Ou alors seulement dans leur rayon jeunesse (Encoooore !! Cette réponse qui m’a déjà été opposée l’année dernière par un éditeur français, me laisse toujours perplexe…). Elle précise cependant qu’ils ont de la romance lesbienne dans leur maison mère (c’est-à-dire aux US) mais qu’ils n’en ont pas traduit en français. La raison ? Apparemment, pas de marché en France. Ou c’est en tout cas ce que pense leur direction marketing. La France, le pays où il n’y a pas de lesbiennes ? Ou celui où les lesbiennes ne lisent pas ? Allez savoir ce que pensent nos amis américains.

Autant dire que ce n’est pas encore gagné. Je n’ai pas vu sur le salon, les éditeurs LGBT que nous connaissons toutes, genre KTM, STedition ou Des-ailes-sur-un-tracteur. Peut-être que l’investissement est jugé trop important (la location d’un stand minimum standard pour un petit éditeur coûterait environ 1500 € — données 2010) pour le retour qu’ils pensent avoir sur un salon comme celui-ci, qui brasse forcément une majorité d’hétéros. Mais c’est un peu dommage que sur le Salon du Livre de Paris, le seul éditeur LGBT que je trouve soit américain… Et soit en fait juste « G » en ce qui concerne la langue française.

Tout n’est pas perdu pour autant. Certes sur le SDL de Paris, trouver des livres lesbiens relève apparemment de la chance. Il faut probablement trouver les auteures un peu OVNI qui publient des romans lesbiens chez un éditeur classique (comme moi finalement). Cependant, encore peu connu, mais je l’espère, en développement, un Salon du Livre Lesbien s’organise à Paris cet été pour la 4ème année consécutive. En ce qui me concerne, je l’avoue, j’ignorais totalement l’existence de cet évènement avant d’y être invitée, il y a quelques semaines de cela. Quoiqu’il en soit, l’idée est intéressante, et je compte bien profiter de cette occasion pour poursuivre mon enquête. En plus, franchement, Harlequin présent sur un Salon du Livre Lesbien, moi je trouve ça classe, quand même ! ^_^

En conclusion, les bons conseils de la Grande Yaka Faukon pour trouver un livre lesbien au Salon du Livre de Paris:

  • Y a qu’à acheter un porte-voix et beugler (puisque lesbi-braire n’était qu’une vue de mon esprit) : « La petite Lesbi Enne attend sa grande sœur à la Cafétéria. » Si tu ne peux venir aux lesbiennes, peut-être viendront-elles à toi…
  • Faut qu’on essaye de convaincre nos éditeurs « historiques » de l’utilité d’une visibilité si ce n’est lesbienne disons au moins LGBT avec toutes les lettres, sur un Salon d’une telle envergure… Le kidnapping semble une idée à creuser.

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

3 commentaires

  1. Isabelle B. Price

    J’ai beaucoup aimé ta chronique et après quelques jours (ok plusieurs semaines) de réflexion, je me pose une question que je voulais te soumettre. Sachant le stand vaut au minimum 1500 euros, est-ce que tu as une idée du nombre de personnes attendues à ce genre d’événement pour qu’on extrapole sur le nombre de femmes et le nombre de lesbiennes ?

    Parce qu’en terme de rentabilité sur des petites structures autres que les géants de la romance, je pense que ce n’est pas aussi avantageux que cela.

    Est-ce que concrètement le contact ne se fait pas aujourd’hui autrement dans la littérature lesbienne qu’en face à face à ce type d’événements ? C’est une question que je me posais et que je voulais partager avec toi.

    • Mmm, excellente question… La première impression quand tu y es le samedi dès 11h, c’est Beaucoup de monde ! ^_^ et alors l’après midi, carrément ambiance surpopulation. Cependant c’est assez approximatif, je te l’accorde alors j’ai fait quelques recherches rapides. Les chiffres des organisateurs pour 2014 était de 198 000 visiteurs sur les 3 jours ouverts au public. Apparemment il y a eu une légère baisse en 2015 mais les chiffres ne sont pas encore sortis. Disons en moyenne sur les dernières années, on est un peu en dessous du 200 000.

      Si on extrapole avec 50% de femmes… (Ce qui n’est pas vraiment l’impression que j’ai eu à première vue. J’ai trouvé le public très féminin, mais je n’ai pas trouvé de statistique sur le sujet.) ça nous fait 100 000 femmes environ. La proportion communément utilisée pour l’homosexualité est de 5 à 10% de la population… Ca nous fait 5000 à 10 000 lesbiennes sur le salon à la louche ! O_O

      Bon en terme de retombée purement commerciale directe, je ne sais pas. Beaucoup sont là pour flâner, ou faire dédicacer leur livre. Mais en terme de visibilité, je trouve l’évènement intéressant. Il y avait cette année plus de 1000 exposants et ça va du plus gros au plus pointu. Franchement si les éditions de l’ ASSOCIATION POUR LA VALORISATION DU PATRIMOINE ROUSSILLONNAIS arrivent à trouver leur intérêt à payer un petit stand… Je me dis que les éditeurs LGBT pourraient peut-être y penser.

      C’est vrai que le contact dans la littérature lesbienne se fait plutôt, j’ai l’impression, soit par internet soit dans les petites librairies au drapeau arc-en-ciel. Mais est-ce par choix ou par manque de choix ? Je ne sais pas, je me dis que ce serait une belle occasion de « normaliser » la cullture LGBT, que de lui donner une place au milieu de ces centaines de stands en tout genre. Enfin déjà, il faut apparemment pousser aux fesses de ces éditeurs LGBT et de leurs auteurs pour qu’ils participent au salon du livre lesbien. Pourtant la participation est gratuite. Alors c’est pas gagné ! O_O

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