La scène de sexe ou le syndrome de la planche savonneuse

scene sexe


[Voix off profonde, chaude et mystérieuse]
 : Le sexe… *pause théâtrale*… En littérature (Je sens une légère déception dans l’assistance ou c’est moi ? ^_^), c’est un sujet épineux s’il en est, qu’on soit auteure ou lectrice. La scène de sexe, par définition, peut se retrouver n’importe où, de la SF au thriller, elle est loin d’être réservée à la romance érotique. Mais selon ce qui l’amène, sa fréquence, son contexte et sa qualité, elle peut servir l’intrigue ou la desservir. Elle peut attiser l’intérêt ou irriter le lecteur.

Du coup, la première question qui se pose lorsque nos héros ou héroïnes se retrouvent devant le seuil de la chambre à coucher (ou le tapis en peau de bête du salon), pourrait se résumer ainsi : On la joue Disney Channel ou HBO ?

Je schématise évidemment, mais c’est le principe qui compte. On a effectivement l’option de la succession classique : échange de regards brûlants, baiser passionné (Bin quoi ?! Si, si, même chez Disney, ils s’embrassent les gens !), puis déplacement géographique du canapé vers le lit (ou éventuellement, dépliage du clic-clac, mais il y a un risque de couper un peu l’ambiance). Pour ensuite passer directement au lendemain matin, les seuls témoins des ébats nocturnes étant les draps froissés et les cheveux en désordre des protagonistes. De cette façon, on évite les maladresses, et on reste concentré sur l’histoire de fond. Petit bémol, on risque d’avoir une partie du lectorat un peu frustrée par ce saut dans le temps, à un moment aussi crucial. Mais c’est un choix qui peut avoir tout son sens selon le ton du roman.

L’autre solution : entrer dans la chambre avec nos héros… Bravant les interdits et les « Oh mon Dieu !! Ma mère va lire ça et savoir que c’est moi qui l’ai écrit ! » C’est là que commence une tout autre gamme de problèmes. En dehors de décider, à quel genre de sexualité vont s’adonner nos deux (ou plus) protagonistes, et là je pense notamment à la science-fiction qui offre un panel de possibilité sans limites dans ce domaine (Docteur Spock si tu m’entends…), il faut surtout choisir comment décrire l’acte lui-même. Non, parce que je vous vois venir à penser : « Rhooo ! Mais elle est coincée ou quoi ? C’est quoi son problème ! » Mais dans les faits, c’est loin d’être simple à décrire ce genre de chose. En ce qui me concerne, le problème principal rencontré est un souci de choix de vocabulaire. Comment décrire, je ne sais pas… Disons un cunnilingus, par exemple, (Qui est-ce qui rigole au fond de la salle ? Je n’ai pas [encore !] dit de gros mots ! Non mais !) tout en étant ni trop soft, ni trop hard.

En clair, entre la version métaphorique fleurie : « et elle posa son pétale de lys avide sur le bouton de rose gorgé de sève de sa partenaire » qui a une grande chance d’avoir pour conséquence des lectrices perplexes, qui reviennent à la page précédente pour vérifier si nos héroïnes sont bien dans la chambre à coucher et non dans la serre du jardin à repiquer les tomates… Et la version « département d’anatomie comparée du muséum d’histoire naturelle » : « Et écartant les grandes et petites lèvres, elle posa délicatement son appendice buccal sur le clitoris lubrifié de sa partenaire » qui vous donne l’impression d’avoir soudainement switché vers le dernier Patricia Cornwell en pleine description d’une autopsie gynécologique. Ce n’est décidément pas évident de trouver le mot juste.

Sans parler du ton évidemment, entre les gémissements rauques (qui ont ma préférence, je dois dire), les « oh mon amour, je vois des étoiles dans tes bras », et les « oh oui ! Baise-moi, fais-moi jouir, putain ! » Ce n’est pas non plus toujours facile de se positionner (pas de mauvais jeu de mots, s’il vous plait mesdames !).

Alors je vous le dis tout net, la scène de sexe est une planche savonneuse, où en tant qu’auteure, je ne m’aventure qu’avec grande prudence et moultes relectures ; et en tant que lectrice, le sourcil levé et l’œil attentif. Qu’en est-il donc pour vous, amies lectrices, auteures ou « je-passais-juste-par-là-par-hasard »  ? Des avis sur la question, des conseils ? Pour une fois que la Grande Yaka Faukon demande des conseils au lieu de les donner… ^_^

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

8 commentaires

  1. Et pourtant ça ne devrait pas n’être que savonneux. Chaque scène doit trouver sa place dans l’histoire. Si il faut une scène de sexe, pourquoi pas, du moment que ce n’est pas calibré. C’est qu’on peut parler de passion amoureuse sans dénuder ses personnages non (d’ailleurs, le traitement de la nudité au cinéma ne partage t-il pas les mêmes problèmes savonneux: une femme nue OK mais un sexe d’homme oulala)?

    Pour ma part j’aime pouvoir partager les sentiments des personnages. Parfois un simple baiser chaste suffit à m’intéresser à l’histoire (A kiss that counted de karin Kallmaker), parfois à m’en détacher. Si cela sert l’histoire, c’est bien, sinon à quoi bon? Après, cela doit être crédible, comme n’importe quelle autre scène. Je ressens différemment une scène écrite d’une scène filmée. Souvent ça coince visuellement, les baisers à la MTV ou à la Disney franchement… Quand, à l’époque de Facebook, on voit deux jeunes adultes s’embrasser comme dans les films des années 50 sans avoir la vitalité des actrices des années 30, c’est dur. Dans le doute, finalement, autant s’abstenir (entre Le temps de l’innocence de Scorcese et le film lesbien avec le baiser le plus long de l’histoire, il n’y a pas photo à mes yeux).

    • Tout à fait ! le traitement des scènes de sexe au cinéma comme à la télévision, présente les mêmes « dangers ». Le débat est assez similaire. Si on regarde la façon dont HBO présente les choses dans la série GOT, c’est évident. Des scènes de sexe en veux-tu (bin non pas autant) en voilà. Sans réelle utilité autre qu’apparemment servir un certain fantasme masculin. Oui parce qu’en plus clairement il y a un gros décalage en terme d’exposition de nudité féminine et masculine, comme vous l’avez fort bien noté.

      Je comprends donc tout à fait votre point vue, mieux vaut pas de sexe qu’une scène mal foutue qui tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu d’une histoire pourrie… Au moins l’avantage d’écrire la scène et non de la tourner, c’est qu’on n’a pas, en plus, à s’inquiéter du jeu des acteurs ! ^_^

  2. Alors si la « grande Grande Yaka Faukon » demande des conseils…
    Bravo en tout cas pour l’humour…
    Si vous attendez des conseils de vos lectrices vous aurez bien évidemment du tout et du n’importe quoi, du baiser chaste (quoique ! les lectrices en demandent quand même un peu plus …) à la description de la scène d’amour la plus détaillée possible.
    Mais c’est surtout à vous de voir ce que vous souhaitez écrire, ce que vous êtes « apte » à écrire, ce que vous voulez écrire…
    Mais il est vrai que votre maison d’édition, en ce qui concerne les scènes de sexe ou d’amour (tout dépend de quel côté on se place, sans jeu de mot…), est plus soft que hard.
    Mais laissez vous porter parce ce que, vous, vous auriez envie de lire…

    • Ah, mais c’est que justement l’image d’Harlequin est peut-être un peu rose bonbon, mais ça a bien changé. les romances érotiques ont le vent en poupe. Et quand ils disent érotiques, ile ne rigolent pas… Bref, là n’est pas vraiment la question et vous avez raison, quelque soit la scène, qu’elle soit détaillée ou non, c’est ce qui l’amène qui pourra, avant tout, en faire un atout ou une cata.

      Oui, c’est exactement ce je me dis la plupart du temps… « Qu’est-ce que moi, j’aurais envie de lire ? » Mais bon, il n’empêche que je me demande parfois ce que d’autres auraient attendu de ce moment, ce qu’elles auraient voulu y trouver ou ne pas y trouver. Mais comme vous le dites, autant de lectrices, autant d’avis, j’imagine ! ^_^

      Merci de votre commentaire, en tout cas.

      • Bonjour.. On ne se dit jamais bonjour sur ce site….
        Bref je me suis replongée très rapidement dans Nadya et Elena, pour moi, la scène d’amour est « incomplète », on passe, j’exagère un peu, à elles s’enlacèrent à elles reprenaient leur souffle…
        Dans Crash et crush la scène d’amour est parfaite quoique rapide.
        Voilà.

        • C’est vrai ça ! Bonjour donc ! 😉

          Merci d’une part pour cette lecture et d’autant plus pour votre retour. Tout à fait exact, je pense qu’il y a eu une évolution entre les deux. C’est que j’ai commencé à étudier la question entre temps ! Bon je suis contente que ça progresse en tout cas… ^_^

  3. Cécile Salander

    Je-passais-juste-par-là-(presque)-par-hasard, et je ne peux m’empêcher de saluer l’excellence du sujet, tout savonneux qu’il soit, ainsi que la belle hardiesse dans son traitement !

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