Slip Away : Interview de la scénariste, réalisatrice et actrice Michelle Bonilla

Slip Away : Interview de la scénariste, réalisatrice et actrice Michelle Bonilla

Interview de Michelle Bonilla par Danielle Riendeau, le 8 juillet 2011 pour le site AfterEllen.com

Il y a de grandes chances que vous ayez déjà vu l’actrice out Michelle Bonilla (probablement dans son rôle récurrent d’Harms, auxilière médicale dans la série Urgences) mais jamais vous ne l’aurez vue ainsi auparavant. Son dernier court-métrage, Slip Away – qu’elle a écrit, produit et dans lequel elle joue – fait sensation dans le circuit des festivals LGBT. C’est une œuvre sexy, fraîche et bien dosée narrant une relation lesbienne mise en péril par l’addiction.

Nous avons discuté avec Michelle par mail de l’histoire vraie et sans fard derrière le film, de l’expérience d’écrire une histoire aussi personnelle et de ses projets à venir.

Pour commencer, vous êtes à l’évidence plus connue comme actrice télé à succès, alors dites-moi comment vous en êtes venue à écrire, produire et jouer dans Slip Away ?

Slip Away s’inspire de faits réels, qui ont eu lieu à une période charnière de ma vie. C’était ma première « vraie » relation pour ainsi dire, et c’était aussi ma première relation homosexuelle. Et, si vous ajoutez à ça que c’était une relation avec une femme dépendante aux drogues et à l’alcool – eh bien, autant vous dire que c’est très stressant, chaotique et bouleversant. Tellement, d’ailleurs, que j’avais besoin de commencer à écrire sur le sujet.

Ça a été très thérapeutique de commencer à écrire Slip Away. Ça m’a pris environ six ans de l’écrire en intégralité puis de le préparer pour le tournage, car c’était un peu trop rapproché. En tant que scénariste, je me devais de garder une certaine distance, je devais garder le fond et la forme. Donc ça a pris le temps nécessaire pour évoluer, parce que c’était quelque chose de vraiment très puissant à gérer.

Je me suis donné le rôle de la dépendante/alcoolique, parce que dans la vraie vie, j’étais plus proche du personnage de Selena – magnifiquement jouée par Lauren Birriel – prise dans cette sorte de tourbillon d’émotions et de malentendus – ne me comprenant pas. De plus, jouer Jane était aussi pour moi une façon de « boucler la boucle » parce qu’en tant qu’actrice, il y avait tant de zones d’ombre que je souhaitais explorer. Je voulais pénétrer cet espace pour au final, pouvoir libérer tout ça – le laisser sortir. J’en suis aussi venue à avoir de la compassion pour toutes les Jane à travers le monde.

Et, parce que ceci m’est arrivé dans ma vie, et parce que les circonstances dans lesquelles je me suis trouvée étaient tellement expérimentales, je devais trouver les bonnes personnes pour m’aider à rassembler tout ça et raconter cette histoire. Il fallait que ce soit fait, et bien fait, afin d’amener le sujet sans assommer les gens avec un message.

Pour un acteur qui continue à créer et à évoluer, c’est naturel de se mettre à faire ses propres projets et à les produire. Le moment était venu. Il était temps que je mette les pieds dans le plat et que je m’assure que cette histoire soit racontée.

Comment en êtes-vous venue à travailler avec Tina Scorzafava ?

Une partie du processus quand on produit et qu’on est le créateur consiste à trouver un autre producteur et réalisateur. J’avais fait plusieurs recontres, avec des personnes différentes, qui m’avaient suggéré des réalisateurs. Et le nom d’une femme en particulier ne cessait de revenir : TM Scorzafava. Elle possédait les deux choses que je recherchais chez un réalisateur : quelqu’un capable de voir la douceur et la beauté mais qui sache aussi transmettre de la nervosité et du sexy. J’ai vu son travail et j’ai dit : « Elle l’a ! C’est ce que je veux ! »

Quand Tina et moi avons parlé de Slip Away, en terme d’atmosphère et de ton, elle a compris, au plus profond, ce que je désirais délivrer avec ce film. Et, à cause de ça, je savais qu’elle m’aiderait à faire de Slip Away le film sublime, magnifique, sexy et drôle qu’il est.

Maintenant, il serait indigne de ma part de ne pas mentionner immédiatement mon autre productrice, celle dont on a besoin pour qu’un projet comme celui-ci roule ! J’ai été bienheureuse, grâce au bouche à oreille et aux suggestions d’amis, de rentrer en contact avec la merveilleuse Jenn Garrison, qui est une autre fabuleuse réalisatrice à part entière qui vient compléter cette équipe. Sans ces deux femmes, et ma magnifique équipe technique, Slip Away n’existerait pas. Et je leur voue une immense gratitude.

En tant que scénariste, vous avez réussi à faire tenir des thèmes dramatiques et graves tels que l’usage de drogues, la maltraitance physique et la co-dépendance dans un format de 19 minutes. Comment avez-vous trouvé le juste équilibre ?

C’est pour ça que ça m’a pris six ans ! Je voulais être certaine que mon message passe, que je sois capable de raconter mon histoire, de façon réaliste, sans être mélodramatique. En tant qu’auteure, on doit se débarrasser du superflu et raconter seulement ce qui est pertinent pour l’histoire. Et je crois avoir été capable de réussir ça.

Dans une œuvre de ce type, en disposant de si peu de temps, il est facile de dépeindre l’un des personnages comme la « méchante » mais vous avez su faire preuve de beaucoup de compassion envers Jane. Parlez-moi de ça.

Je prends ça comme un compliment ! Donc merci beaucoup de l’avoir remarqué. Mon but n’était pas de faire de Jane la méchante, mais de raconter son histoire. En tant qu’actrice et scénariste, je voulais donner de l’humanité aux personnes dépendantes des drogues et de l’alcool parce qu’eux aussi ont une histoire. Dans ce film, je voulais briser de nombreux stéréotypes, comme la relation lesbienne complètement niq*** ou l’histoire Latino. Je voulais être sûre que l’universalité des thèmes abordés ressorte.

Les drogués ou les alcooliques, ce ne sont pas eux les ennemis. Et j’aime, j’aime, j’aime ajouter du relief aux personnages que je joue. Donc j’ai trouvé beaucoup de choses auxquelles me raccrocher chez Jane, en tant qu’actrice et cinéaste, et je suis contente que vous y ayez vu plus qu’une simple méchante – très contente !

Racontez-moi en quoi votre approche en tant que productrice, scénariste et actrice différait. Avez-vous le sentiment d’avoir eu plus de contrôle sur le côté créatif de l’œuvre finale, surtout pour façonner le personnage de Jane ?

Je devais appréhender le projet d’abord en tant que scénariste. M’assurer que l’écriture soit satisfaisante. Ensuite, j’ai dû enfiler ma casquette de productrice, pour aider à ce que tous les éléments de tournage et de production s’assemblent. À partir de là, je m’en suis volontiers remise aux personnes à qui je faisais confiance – TM, Jenn, et mon équipe – et j’ai endossé ma casquette d’actrice pour incarner Jane.

J’ai pris mon temps pour l’écriture, j’étais ouverte pour apprendre de nouvelles choses en tant que productrice, et j’ai été capable de faire ce que je sais faire en tant qu’actrice. J’y suis allée pas à pas. Et, comme pour chaque projet que vous créez, à ce niveau, il y a toujours plus de contrôle créatif. Néanmoins, vous voulez être capable de laisser les autres briller par leur propre talent. C’est ça la collaboration, et c’est très excitant. J’ai tellement appris grâce à cette équipe de femmes talentueuses et je suis très contente du résultat.

Et pour le film en lui-même, quels sont vos aspirations au-delà du circuit des festivals ? Voyez-vous cette histoire comme quelque chose que vous aimeriez adapter en long-métrage ?

Avant toute chose, je suis ravie que Slip Away connaisse une tournée des festivals aussi réussie ! Nous allons faire notre première au festival Outfest de Los Angeles en juillet et nous encourageons tout le monde à venir le voir.

Si l’opportunité m’était offerte, j’adorerais pouvoir l’adapter en long-métrage. Il y a tellement plus à raconter et tellement plus à explorer entre ces deux personnages. C’est ce qui m’a pris six ans : réduire un long-métrage en court-métrage ! J’ai écrit tellement de scènes supplémentaires, tellement plus de pages. Tout est là, qui attend.

Plus généralement, quels sont vos projets futurs ? Seriez-vous intéressée pour continuer à produire et à écrire ?

En ce moment, je travaille sur une websérie comique sur laquelle j’ai collaboré avec deux autres artistes, Matt Crabtree et Deidra Edwards. Tout est parti d’une idée originale que j’avais eue, et c’est devenu ce grand projet excitant et marrant qui sera fait par ma compagnie de production, Soul Arts Productions. Je co-écris, produis, joue, et je réalise aussi quelques épisodes. Et je travaille toujours au développement d’un pilote d’une heure que j’écris. Donc je suppose que la réponse est oui : je suis intéressée !

Un grand merci d’avoir pris le temps de discuter avec nous ! Pour conclure, comment nos lectrices peuvent-elles rester en contact avec vous ?

Vos lectrices peuvent toujours rester en contact avec moi sur ma page officielle Facebook et aussi sur Twitter. Je suis très honorée d’avoir de si merveilleux fans qui veulent me contacter, me soutenir dans ma carrière, et je réponds par mail ou par tweet. Donc j’invite les gens à monter à bord du  train de mon réseau social !
Et comme toujours, ils peuvent aller sur mon site web pour regarder des photos marrantes de tournage, voir mon travail du moment, et/ou des liens vers des articles de presse.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

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