SUGAR RUSH : UNE SERIE DECOMPLEXEE ET SANS TABOU
(SUITE)



La visibilité atteint son paroxysme en privilégiant la vie de Kim avec Saint à la vie de Kim en compagnie de Sugar. Ce n’est plus l’histoire d’une ado raide dingue de sa meilleure amie hétéro c’est l’histoire d’une jeune qui tombe amoureuse entre dans le monde des adultes et en vient à se projeter dans l’avenir. Alors que les séries nous habituent à aborder tout de suite l’homoparentalité lorsque deux femmes sont en couple, Saint s’amuse habilement de cette idée en déclarant à Kim « Dis-moi, j’ai réfléchi… Quel est ton sentiment sur les mères porteuses ? Faut qu’on réfléchisse à qui va porter les enfants. Je sais que c’est rapide, mais je suis un peu plus âgée que toi. » Kim est estomaquée et bégaye qu’elle n’y avait pas encore songé. A 17 ans, en même temps, on ne lui en demande pas tant. Et soudain Saint éclate de rire et l’adolescente comprend qu’elle s’est faite piégée et que Saint se moquait d’elle.
En effet, leurs problèmes et préoccupations sont plus ordinaires. Elles doivent apprendre à se faire mutuellement confiance. Saint essaie d’apprendre à se confier et à partager ses sentiments alors que Kim essaie de ne pas devenir parano et jalouse dès qu’une fille croise le regard de Saint. Et toutes les deux s’interrogent sur la question de l’engagement et de ce que cela implique.
Comble de la visibilité, l’aspect sexuel n’est jamais ignoré. Au tout début, Kim est paniquée à l’idée de coucher avec Saint. Elle n’a eu que deux expériences précédentes et à la trouille de ne pouvoir satisfaire la fille du sex shop. Puis les deux jeunes femmes sont montrées à plusieurs reprises au lit après avoir fait l’amour. Elles se réveillent ensemble, s’embrassent, se dépêchent de rentrer pour pouvoir s’envoyer en l’air… Elles traversent même une grave crise de libido !
Alors que la sexualité féminine est mise en avant depuis quelques années seulement à travers les séries télévisées comme Sex and The City, la sexualité lesbienne est malheureusement toujours aussi ignorée. The L-Word a certes créé une brèche, seulement peu de séries osent s’y engouffrer réellement. Et il faut reconnaître que de ce point de vue là, Sugar Rush est plus tendre et moins trash que The L-Word. La série est plus sensuelle, amusante et inventive que son aînée.
En deux saisons, Sugar Rush a énormément évolué. Le succès auprès du public ne se dément pas et de nombreux fans se plaignent de l’absence d’une troisième saison. J’avoue que l’idée est extrêmement tentante et séduisante mais je préfère voir la série s’arrêter ainsi en plein succès et avec une représentation aussi positive que de la voir tourner en rond et nous resservir des vieux poncifs éculés.
En restant une mini série innovante et novatrice, Sugar Rush a énormément apporté à la représentation lesbienne adolescente. Pas de coming-out désespérant de mièvrerie, pas de dramatisation à outrance et une romance inédite et rafraîchissante. Un incontournable à découvrir d’urgence !
En bonus, il faut rajouter la présence d’une bande originale exceptionnelle composée de chansons qui collent parfaitement aux différents moments clés de la série. Les musiques sont agréables et marquantes telles le générique, et ont données lieu à la sortie d’une compilation.
Isabelle B. Price (07 Décembre 2007)









