The Fem, the Butch and the Boyish

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Ok, certaines d’entre vous auront reconnu l’analogie avec le célébrissime western de Sergio Leone « The Good, the Bad and the Ugly ». Provocation de ma part, je le reconnais. Mais surtout constat dépité de l’opinion qui ressort parfois des sites et des forums lesbiens que j’ai pu fréquenter. Sur les sites de rencontres par exemple, combien de profils comportent une mention du style « recherche femme féminine. Butch et garçon manqué s’abstenir » ? Un certain nombre et même un nombre certain dirons-nous… Tous les goûts sont dans la nature, certes et comme me l’a fait remarquer une amie récemment : si tu es sur un site de rencontre et que tu aimes les carottes et pas les choux de Bruxelles, autant être claire et ne pas perdre de temps. Bon évidemment, ça se défend, mais si statistiquement, la nature justement a tendance à choisir le 50/50, je n’ai pas eu l’impression de rencontrer autant de profils recherchant au contraire une lesbienne boyish.

Il est dans notre habitude de classifier chaque chose et par extension chaque trait de personnalité. Donc dans notre monde, vous devez d’abord « décider » — ce n’est pas le mot juste j’en conviens, mais c’est juste pour simplifier la démonstration — si vous êtes hétéro, lesbienne ou bi. Déjà cette première classification, qui parait évidente à certaines, pose problème à d’autres. Certaines affirment qu’il est idiot de vouloir mettre chaque personne dans une boîte. C’est vrai au fond, mais alors pourquoi ressent-on ce besoin ? Je ne sais pas trop. De mon côté, je me dis que c’est peut-être parce que c’est quand même bien pratique pour savoir où on met les pieds…

Toujours est-il qu’une fois identifiée comme une lesbienne ou une bi, voilà qu’un nouveau type de classification se présente à vous. Pour compléter votre profil, vous devez maintenant décider si vous êtes Féminine, Boyish, Butch ou Androgyne ? Il y a parfois plus de choix, mais dans l’ensemble cela se résume à ces trois ou quatre « catégories ». Cette classification m’a toujours hérissé le poil parce qu’elle définit la féminité de façon vraiment restrictive. Elle se base non seulement sur une apparence purement physique, mais même « stylistique » pourrait-on dire. La féminité pour moi se cache dans bien autre chose qu’une jupe ou une paire de boucles d’oreilles. J’ai vu des filles en pull cachemire et chemisiers à fleurs ayant la douceur d’un taureau et la sensibilité d’un char d’assaut.

La propension d’une partie de la communauté lesbienne à rechercher uniquement la compagnie de fille à la féminité affichée me parait parfois presque plus comme une question d’ego. Pour être du bon côté de la barre, pour être « in », il faut être au bras d’une Fem. Drôle de réflexion vraiment. J’ai eu le malheur sur un forum lesbien de déclarer que, pour ma part, j’avais un faible pour les filles garçonnes, et je me suis retrouvée à devoir justifier pourquoi j’étais lesbienne si j’aimais les apparences masculines. Tout est pourtant dans cette phrase, il s’agit juste d’apparences. Alors ok, on ne va pas le nier, en matière amoureuse les apparences ont leur importance. C’est bien joli de dire que c’est ce qui est à l’intérieur qui compte, mais il y a tout de même le premier obstacle extérieur à franchir. Je peux tout à fait comprendre qu’on se sente plus attiré par ceci que par cela. Je le ressens aussi parfois. Mais la réaction que j’ai pu constater de la part de certaines personnes envers les lesbiennes non girly m’est apparue davantage comme un rejet qu’une préférence. Et je trouve ça dommage. J’ai même entendu et lu par-ci par-là que les lesbiennes butch donnaient une mauvaise image du milieu. Qu’elles cautionnaient un stéréotype. Que pour être une lesbienne, il faudrait au contraire embrasser tous les « attributs » de la Femme avec un grand F. Mmm, mais quand ces attributs se résument apparemment à un sac à main en croco, des talons et un tube de rouge à lèvres… Qui parle de stéréotypes !

D’une façon générale, je trouve personnellement dommage de se fermer à toute rencontre sur la base de critères aussi étriqués. Parce qu’il y a une différence entre avoir l’œil attiré par un style et construire une relation avec quelqu’un. Mais surtout ce genre de discours me dérange parce que chaque femme, et disons soyons fous, chaque être humain devrait justement avoir le droit d’être qui il veut ou qui il est sans avoir à se justifier… Évidemment à condition que ce « qui » en question ne soit pas un serial killer ou un détrousseur de petites grand-mères !

Pour finir les conseils de la Grande Yaka Faukon pour résoudre cette crise existentielle, Amies B & B (non pas Bed and Breakfast, ni Brigitte Bardot ! Butch and Boyish…) et GG (Non pas Good Game, on vous a reconnus fans de MMORPG ! Girly Girls…),

  • Y a qu’à acheter ce sac en croco Chanel qui ira parfaitement avec vos Rangers, ou ce treillis qui ira à merveille avec vos Louboutins. ^_^
  • Faut qu’on impose aussi qu’il existe tout un panel de Girly B et de Butchy Fem pour que leur foutu questionnaire à choix multiples en perde son latin !

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

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