The Infinite Loop : Interview des auteurs Elsa Charretier et Pierrick Colinet

Elsa Charretier Pierrick Colinet The Infinite Loop

Interview accordée à Isabelle B. Price le 11 Novembre 2015 pour le site Univers-L.com

Bonjour, pouvez-vous vous présenter pour nos lectrices (âge, études, parcours…)

Pierrick : Je m’appelle Pierrick Colinet, et je suis scénariste de comics. J’ai commencé à travailler dans ce milieu il y a environ 3 ans, après des études de cinéma. The Infinite Loop est notre premier vrai projet professionnel à tous les deux.

Elsa : Et je suis Elsa Charretier, dessinatrice de comics. Pierrick et moi avons un peu le même parcours en fait. Cinéma, puis la découverte du comics il y a 3 ans !

Comment est née l’idée de The Infinite Loop ?

Elsa : The Infinite Loop est un projet qui a commencé à germer dans nos têtes il y a environ deux ans. Pierrick avait l’idée de cette histoire d’amour entre deux femmes, qu’il voulait écrire sur fond de voyage temporel. Le projet était trop ambitieux à l’époque (trop long, et donc difficile à vendre à des éditeurs), et surtout je ne pense pas qu’on était prêts pour réaliser cette histoire. On l’a donc mis de côté pour se concentrer sur un autre livre. Un an plus tard, on s’est tout les deux retrouvé sans travail, et niveau timing, on a senti qu’il était temps de se remettre à The Infinite Loop. On avait un élan nouveau, et une énorme envie de faire cette histoire, sans se demander si un éditeur allait vouloir ou non du projet. Le crowdfunding BD était en train de se développer en France à ce moment là, donc on s’est lancé. Trois semaines pour préparer la campagne, 45 jours de campagne, et au final, un financement bien supérieur à nos espérances. On a récolté 12500 euros sur les 5000 demandés au départ. A partir de là, les choses se sont enchaînées : la réalisation du livre, la publication au Etats-Unis chez IDW, et aujourd’hui l’édition Glénat Comics.

Pourquoi avoir choisi une héroïne féminine qui plus est homosexuelle et en plus rousse (ça fait beaucoup de minorités) ?

Pierrick : En fait, les personnages sont à la base de cette histoire. Je ne me suis pas dit que j’avais envie d’écrire une histoire qui traiterait d’homophobie. Teddy et Ano sont nées ensemble dans ma tête, en tant que couple, et tout le reste de l’histoire en a découlé. A partir de là, j’ai eu envie de développer leur combat pour avoir le droit de s’aimer librement.
C’est vrai que les héroïnes sont plus rares que les héros dans le divertissement. Et c’est un fait qu’un livre avec une femme en personnage principal vend moins… Et elle est rousse, en effet, ça fait beaucoup de minorités. Quand Elsa et moi avons commencé à travailler sur les designs des personnages, Teddy est apparue rousse dès le début.

Vous avez fait appel à un financement participatif sur le web pour boucler le premier tome de The Infinite Loop. L’accueil a été excellent et vous avez réuni plus que la somme demandée. Vous attendiez-vous à un tel accueil ?

Pierrick : Le premier jour de la campagne a été extrêmement stressant. On n’avait absolument aucune idée de l’accueil que le public allait nous réserver. Pour tout vous dire, on avait même mis de l’argent de côté au cas où il faudrait compléter pour financer le projet. L’objectif a été atteint en 5 jours, et après ça, ça a été juste du plaisir. On savait que le livre se ferait, on savait que les gens étaient enthousiastes, et la campagne s’est nourrie de ça. Les blog et les sites BD/Comics en ont beaucoup parlé, les gens et les contributeurs ont énormément participé à la diffusion de la campagne, et tout ça nous motivait encore plus pour essayer d’atteindre les nouveaux objectifs.

Elsa : Finalement, même si l’on a pas interagit directement avec tous les contributeurs, c’est une vraie petite communauté qui s’est créée autour du livre. Et aujourd’hui, on voit même des gens qui ont eu le livre grâce à Ulule, venir en dédicace, super fiers de nous montrer qu’ils ont aussi acheté la version Glénat pour continuer à nous soutenir. C’est extrêmement touchant. Je pense que les gens ont aimé l’idée de l’évolution du projet, de ses différentes étapes, de ses différentes éditions. Je ne sais pas s’ils en ont tous conscience, mais cette campagne Ulule et la participation directe ou indirecte de tous ces internautes, nous ont amené là où on est aujourd’hui.

Quelle a été la réaction du public à la sortie du livre ? Aux USA et en France ?

Elsa : Dans les deux cas, les gens ont trouvé intéressant le fait que le livre ait d’abord été financé sur internet. Pour les américains, qui financent leurs comics sur Kickstarter depuis plus longtemps et en bien plus grand nombre, c’est évidemment le côté européen qui les surprend le plus. Leur culture du « self-made man », fait qu’ils accueillent avec enthousiasme ce genre de démarches. Pour le livre en lui-même, il se trouve qu’il y a justement ces derniers mois une vague de comics LGBT chez eux. Ça correspond au débat sur le mariage gay dans les différents états. La jeune génération d’auteurs qui n’a pas vraiment pu s’exprimer sur le sujet jusque là créée aujourd’hui beaucoup de livres de qualité. Et une bonne partie du lectorat a une grande attente à ce niveau là.

Pierrick : Le livre vient tout juste de sortir en France, donc il est un peu tôt pour avoir du recul sur l’accueil ici, mais on fait un peu le même constat qu’aux Etats-Unis. Les gens ont vraiment envie de voir plus de diversités dans les livres. Le bon signe étant que notre lectorat n’est pas exclusivement LGBT.

The Infinite Loop est sorti aux Etats-Unis avant de sortir en France, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Pierrick : Depuis le début, nous savions que si le projet devait aller au delà du crowdfunding, on le proposerait à un éditeur américain en priorité. D’abord parce qu’on se sent tous les deux une affinité pour le milieu du comics américain, et aussi tout simplement parce qu’il n’y a pas de production de comics mensuelle en France. Aux Etats-Unis, les épisodes de 24 pages sortent tous les mois, et sortent en album relié tous les 6 mois de parution. En France, pour des questions de taille de marché entre autres, c’est quasiment impossible à mettre en place. Pour vous donner une idée, la moyenne des titres indépendants doivent être entre 4000 et 8000 exemplaires, pour un pays de 250 millions d’habitants. Ca paraît donc difficilement viable pour un petit marché comme le notre. Il y a de la création comics en France, mais les livres sortent directement sous forme de reliés, et on tenait vraiment à avoir un rythme mensuel. Glénat comics publie en France des titres étrangers. Et même si nous sommes français, The Infinite Loop ayant été d’abord publié aux Etats-Unis, il est considéré comme un titre américain. Ce qui est plutôt marrant quand on y pense, parce que le financement initial du comics s’est fait chez nous.

A la fin du livre il y a un article très intéressant sur l’homosexualité dans les comics ? Est-ce quelque chose que vous avez toujours souhaité ajouter ?

Elsa : Depuis le départ, notre démarche est engagée. On a fait notre possible en tant qu’auteurs pour exprimer notre idée sur ce combat, et Katchoo était la touche finale parfaite pour compléter le propos. C’est un puits de science. Elle a une culture comics dingue, et elle est incollable sur l’histoire des LGBT. Je vous conseille d’ailleurs d’aller lire son blog, The Lesbian Geek.

Quelque chose à ajouter pour vos lectrices et lecteurs ?

Pierrick : Si je devais rajouter quelque chose, j’encouragerais les gens à continuer à soutenir les projets de crowdfunding. Cela permet de faire de la BD/ du comics de manière différente, de soutenir des auteurs qui souhaitent passer par des circuits alternatifs, et d’apporter beaucoup de diversités dans la production.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Pierrick : Du boulot, toujours plus de boulot !

Elsa : Des projets intéressants, des collaborations enrichissantes, et dans l’immédiat, un joli succès pour The Infinite Loop !

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef.Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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