The L Network

Network

Les sites LGBT se sont développés en France comme en Europe ces dernières années. Si l’on trouve sur le net en première ligne une majorité de site axés sur les rencontres, il existe aussi un nombre croissant de sites d’information, d’action militante, de santé, ou de culture. Toutefois qu’en est-il de la vie professionnelle ? Après un tour d’horizon de la planète Net LGBT Française, j’ai fait le constat suivant. Si certaines administrations ou grandes entreprises ont leur propre site, comme le ministère de la défense, celui des finances ou encore la SNCF, les quelques sites plus généralistes se comptent sur les doigts d’une main. Leur action reste principalement focalisée sur la défense des droits des LGBT au travail, et en passant leur bureau semble systématiquement majoritairement masculin.

Bien sûr, il n’y a aucun mal à voir ces sites se battre pour le droit à vivre son homosexualité au grand jour dans le monde de l’entreprise, bien au contraire. Mais c’est en Grande Bretagne que j’ai découvert un genre de site un peu à part, que l’on pourrait assimiler à un réseau professionnel LGBT, et dont l’équivalent ne semble pas exister en France. En effet, partant d’un principe assez répandu outre-manche qui veut que votre réseau soit votre puissance, ces sites s’orientent ostensiblement sur la réussite professionnelle des gays.

J’ai eu l’occasion de fréquenter de près l’un d’entre eux appelé GWN pour Gay Women Network à Londres. Il est intéressant de voir fonctionner un tel réseau. Le but de celui-ci n’est pas de vous conseiller sur la gestion de votre coming-out, une partie de ses membres ne sont d’ailleurs pas out et ne souhaitent pas forcément l’être. Mais il est d’aider les lesbiennes qui le désirent à développer leur carrière en organisant des rencontres, des workshops et autres panels. Pour cela, le site assure une discrétion et une confidentialité totale. Parti au départ du monde de la banque (il faut dire qu’à Londres de quel autre monde que celui de la finance aurait pu émerger une telle force de frappe !), celui-ci s’est maintenant étendu au droit, à l’industrie, l’ingénierie, le monde universitaire et continue à se diversifier au fil de ses adhérentes. C’est un succès qui a déjà largement dépassé les prévisions des créatrices du network selon leurs propres aveux.

Les évènements organisés peuvent être purement sociaux comme les Christmas et Summer drinks. Ils peuvent aussi se développer autour d’un thème. J’ai ainsi pu assister à une conférence très enrichissante sur l’immigration et le droit d’asile pour les homosexuels et transgenres, ou rencontrer Shamim Sarif qui avait aimablement accepté de participer à un de ces évènements organisé autour de la projection de son film I can’t think straight. Ils peuvent également se centrer sur le coaching professionnel avec des ateliers sur la prise de parole en public ou les qualités nécessaires au management d’une équipe par exemple. Ou encore, faire partager l’expérience de lesbiennes ayant atteint leurs objectifs professionnels dans des domaines aussi divers que les médias, les grandes banques d’investissement ou la fonction publique. Mais le point commun de chacune de ces rencontres est un espace réservé au networking. Autour d’un verre et de quelques petits fours, il y a toujours un de ces cocktails organisé avant ou après l’évènement principal, dont le but avoué est de favoriser les discussions entre personnes partageant des centres d’intérêt professionnels. Pour cela les co-chairs du site (élues chaque année par les membres du bureau) veillent au grain. Elles tournent dans la salle, présentent les nouvelles têtes, et vous mettent en relation avec les bonnes personnes au bon moment. De ces rencontres naissent parfois des amitiés, mais bien plus souvent des relations professionnelles qui peuvent être très utiles.

Le networking est à mon sens peu valorisé en France de façon général. Le fait est qu’il n’existe même pas un mot convenable pour traduire le concept de… Réseautage ? Alors un network lesbien, il me semble qu’on n’en est loin. Et je me suis moi-même posée la question. Pourquoi s’adresser à des lesbiennes pour favoriser le développement de votre carrière. Il existe des ateliers et des coaches classiques qui sont certainement tout aussi qualifiés. Mais finalement la bonne question à se poser ne serait-elle pas plutôt : « Pourquoi pas ? ». Pourquoi ne pas utiliser ce que beaucoup de gens voient encore comme un handicap, faire partie d’une minorité, pour l’utiliser comme une force ? Sans se restreindre à un réseau uniquement LGBT, sans s’enfermer dans un ghetto lesbien, juste utiliser les atouts d’une communauté qui peut se révéler soudée quand elle s’en donne la peine. Je n’ai pas encore toutes les réponses à ses questions, mais une chose est sûre. Je l’ai vu à l’œuvre outre-manche et les résultats étaient plutôt encourageants.

Les bons conseils de la Grande Yaka Faukon :

  • Y a qu’à trouver quelques lesbiennes PDG out pour lancer l’affaire… Allons, allons, on doit pouvoir trouver ça non ?… Non ?!
  • Ok, alors faut qu’on engage quelques célébrités pour attirer les PDG… Mmm, des idées ? Muriel Robin, Amélie Mauresmo ?

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

5 commentaires

  1. Et oui, je crois aussi que le monde latin a des leçons à prendre du monde anglo-saxon. C’est bon de le rappeler! Je crois que tout ça ne changera que grâce à notre belle jeunesse. Et dés la maternelle et la petite école, pour que ces associations de grandes écoles ou d’universités puissent promouvoir une lgbt-way-of-life. Il est là le terreau du networking.

    Parce que souvent j’ai remarqué que quand je faisais l’apologie de ces assoc. US d’étudiants noir, ou chicanos ou gay ici, en France, les remarques étaient souvent une incompréhension, voire un rejet. Comme si notre modèle français « d’intégration » s’opposait au lobying actif? Pour ma part je ne le crois pas. Le promotion par elles-même des lesbiennes, ce n’est pas un gadget. Au contraire je pense que ça résonne avec d’autres problématiques liées à la visibilité/intégration des minorités. Combien de patronnes d’entreprise, de maires, de députés noire, musulmane et transgenre en France?

    La force de ces associations, c’est que quand c’est rodé, c’est gagnant pour tout le monde. Je crois qu’au moment où les gens en seront persuadés, les parrains ou marraines suivront d’office… ?

    • J’ai parfois l’impression effectivement qu’en France on a tendance à se méfier du concept même de communauté. La hantise du communitarisme est brandie comme une menace opposée aux valeurs républicaines. Mais on oublie qu’une communauté est une valeur ajoutée à un tout. Il faudrait pouvoir retrouver une attitude positive face à cette notion et faire comprendre qu’une communauté, quelle qu’elle soit, si elle est unie, active et organisée, a beaucoup à apporter à ses membres comme à l’ensemble de la population.

      Bref tu as raison, cela passe sans aucun doute par la jeunesse et l’éducation. Espérons que le reste suivra !

  2. hello Sylvie,
    j’ai vraiment bien tes chroniques!
    et j’ai lu cette dernière avec attention…..

    Le concept de network LGBT existe chez nous et les gays nous ont « devancé » depuis un moment, car le réseau professionnel existe depuis un moment.

    Depuis 1.5 année, dans la partie francophone de la Suisse, nous avons créé le réseau LWork qui rejoint ce que tu as décrit dans ton article.
    si tu veux aller jeter un oeil sur le site, ça se passe là: http://www.lwork.ch
    😉
    @ bientôt pour un prochain article!

    • Merci ! Ca fait toujours plaisir de lire ce genre de commentaire. ^_^

      Effectivement au cours de mes recherches j’ai bien repéré que la Suisse était plus avancée et j’ai navigué un peu sur le site Lwork. C’est encourageant, je pense qu’à terme tout ça va se développer y compris en France.

      @ bientôt
      Sylvie

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