The Science Of Love : Interview de la Scénariste et Réalisatrice Joyce Draganosky

The Science Of Love : Interview de la Scénariste et Réalisatrice Joyce Draganosky

Interview accordée à Diane Anderson-Minshall pour CurveMag Vol.17#1

Joyce Draganosky s’est vue récompensée d’un Emmy Award pour son travail en tant que scénariste, réalisatrice et cinéaste. Ses films ont été sélectionnés par des douzaines de festivals renommés de par le monde et ont reçu de nombreuses récompenses. Sa dernière œuvre, The Science of Love, a remporté la bourse de la Fondation de production Alfred P. Sloan et fait actuellement le tour des festivals internationaux. Avant cela, son Extreme Mom avait remporté le prix du meilleur film au Director’s View Film Festival et le Triumph Award à la International Angelus Competition. Il a aussi raflé des prix à la Columbia University, remportant le prix du meilleur film, The National Board of Review Award, Lifetime’s Outstanding New Film maker, meilleure actrice et le prix du public. Extreme Mom a concouru dans de prestigieux festivals de films comme The Hamptons et Seagate Foyle en Europe. Le premier film de Joyce, Jared, a été présenté dans de nombreux festivals dans le monde entier et a remporté le grand prix du Jury à Madrid.

En tant que scénariste et réalisatrice freelance et détentrice d’un Emmy Award, Draganosky a travaillé sur différents projets pour des clients tels que HBO, Time Warner, ABC, CBS et NBC. Elle est diplômée d’un MFA à l’Université de Columbia et travaille en ce moment à l’élaboration de son premier long-métrage.

Draganosky et sa compagne Laureen Callo vivent dans leur adorable maison de caractère à Brooklyn. (« Nous n’avons pas de chat », plaisante-t-elle.)

Parlez-moi de The Science of Love. Vous l’avez écrit, réalisé, monté et produit. Comment cela s’est-il passé ?

The Science of Love est une comédie romantique lesbienne qui pose la question suivante : « Peut-on prouver l’existence de l’amour ? » Donc nous avons Sydney, qui est une chercheuse coincée, « intelligente mais belle » qui est en conflit avec sa chef Ilena, qui est totalement sexy et séductrice. Elles s’opposent au sujet des recherches de Sydney qui démontrent qu’un scanner du cerveau peut mesurer l’amour véritable. Et il y a toute cette tension sexuelle… Et puis elles font ce combat d’épée très sexy en talons aiguilles. C’est vraiment un petit film délirant. J’ai adoré le faire. La raison pour laquelle je porte autant de casquettes dans la production -scénariste, réalisatrice, productrice et monteuse- n’est pas parce que je suis une obsédée du contrôle. C’était simplement nécessaire. C’est un très grand  court-métrage, une mini grosse production, mais sans le budget d’une grosse production. J’essaie d’écrire et de réaliser tous mes projets mais monter et produire sont des choses que je ne fais que par nécessité, quand je me passionne suffisamment pour un projet et qu’il faut que je le voie se réaliser.

En fait, j’ai gagné une grosse somme avec la bourse de la Fondation Alfred P. Sloan, mais je voulais réinvestir tout cet argent sur écran, à travers les tournages, l’achèvement d’un film en 35 mm, engager de bons acteurs et équipe, pour les lieux et la direction artistique. Il ne restait plus de budget pour engager un monteur. Heureusement, je sais comment faire et il se trouve même que j’aime ce procédé donc ça ne posait pas vraiment problème. Je ne l’ai pas produit seule, j’avais avec moi mon exceptionnelle compagne depuis 11 ans, Laureen Callo, comme productrice exécutive et deux autres producteurs à mes côtés – Christina Darcy et Jim Pelligrinelli.

Mai si je ne devais plus jamais jamais jamais rien produire, ça me conviendrait. Mon but premier est l’écriture et la réalisation.

Quel accueil a reçu The Science of Love ?

Il a été très bien accueilli. J’ai immédiatement reçu des propositions de plusieurs chaînes télé et distributeurs. Et participer aux festivals a été vraiment merveilleux. En fait, c’est un film crossover : il a été projeté dans des festivals hétéros généralistes l’année dernière avant de faire le tour de tous les grands festivals gay cette année. Donc c’est toujours intéressant d’observer les différentes réactions provenant de plusieurs types de publics. Le public hétéro a toujours apprécié le film, mais les femmes ont tendance à être mal à l’aise et il y a beaucoup de rires nerveux. Quant aux hommes hétéros, ils sont toujours émoustillés quand les deux héroïnes s’embrassent.

Pour le public gay, c’est comme si on avait toutes les nuances. Vous jouez devant cette scène bourrée à craquer de lesbiennes dans le gigantesque Castro Theater à San Francisco -vous saluez toujours- puis vous vous asseyez dans le noir avec elles et vous les entendez éclater de rire. C’est un tel plaisir. Ça me rappelle pourquoi je fais des films.

Est-ce que les courts-métrages gay sont un chemin vers la réalisation de longs-métrages pour vous ?

Tous mes courts-métrages ne sont pas gay mais je ne pense pas que le contenu importe autant que de faire juste de bons films de qualité. Bien sûr, c’est un des chemins vers la réalisation d’un long-métrage. Vous prouvez que vous savez écrire et réaliser. Écrire un bon long-métrage est tout aussi important, donc je me focalise aussi sur l’écriture de longs-métrages.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

J’essaie encore de découvrir l’exact dosage d’ingrédients afin de parfaire la super recette secrète de Seafood Pasta Pesto de Joyce. Quand je ne fais pas ça, je planche sur quelques longs-métrages. Il y a cet indépendant à petit budget que j’ai écrit et veux réaliser, et j’espère le faire en 2007. J’ai un autre long-métrage que je viens juste de finir d’écrire et que je vais sûrement juste vendre parce que c’est un budget plus élevé et qu’il est plus généraliste.

Comment est The Science of Love comparé à Jared  ou Extreme Mom ?

Jared  était mon premier, filmé avec quasiment aucun budget et une caméra numérique. C’était un devoir scolaire. Mais il s’est avéré excellent ; il figure parmi les favoris des festivals gays.  C’est l’histoire d’un jeune garçon qui, tout en s’interrogeant sur son orientation sexuelle et en s’essayant au travestissement, tombe amoureux du nouveau petit ami de sa mère. Extreme Mom était mon film de thèse à l’Université de Columbia et a bénéficié de moyens de production bien plus conséquents avec des acteurs professionnels. C’est une histoire dramatique poignante, sans contenu homosexuel. Il s’agit d’une femme emprisonnée dans le tourbillon de la vie -le récit de ses difficultés à prendre soin en même temps de son enfant et de sa mère âgée et infirme. C’est celui qui a remporté le plus de prix et d’honneurs et celui qui tend à m’ouvrir le plus de portes vers d’autres projets. The Science of Love est une comédie lesbienne délirante qui débat pour savoir si les scanners cérébraux peuvent mesurer l’amour véritable. C’est définitivement la plus grosse production des trois et celui qui a été le plus drôle à faire. Mais ils sont tous différents mes films, et j’aime chacun de mes bébés de la même manière. Mon but en tant que cinéaste est de travailler sur différents genres pour montrer la diversité et pour grandir, me perfectionner continuellement en tant que conteuse.

Le cœur a-t-il ses raisons que la raison ignore ?

Eh bien, c’est ce que dit le vieil adage. Mais mes films posent la question : la tête a-t-elle un cœur, elle aussi ? Et oui, je pense que c’est le cas. C’est une bataille séculaire, le conflit entre l’intellect et les émotions. L’esprit veut quelque chose et le cœur en veut une autre. Qui n’a pas connu ça ?

Quelle est la chose la moins rationnelle que vous ayez faite par amour ?

L’enlèvement ! Ma compagne Laureen Callo et moi venions juste de terminer The Science of Love et nous étions plus qu’épuisées. Elle fêtait un anniversaire important cette semaine-là mais j’ai réussi à lui faire croire que nous ne ferions rien de spécial, à part aller manger dehors. Pourtant, tout en m’occupant du film, je préparais secrètement une surprise très élaborée. La veille de son anniversaire, je suis passée la prendre au bureau pour aller déjeuner le midi, mais au lieu de ça, je l’ai mise dans la voiture, j’ai conduit jusqu’à l’aéroport et je l’ai emmenée à Paris ! Notre limousine nous a conduites jusqu’au Plaza Athenee où j’avais réservé une immense suite très raffinée -la même que celle qu’ils avaient dans le final de Sex and The City– celle avec la vue sur la Tour Eiffel, et plus de salles de bains que nécessaire et lorsque nous sommes rentrées dans la suite, des douzaines de roses longues tiges, du chocolat et du champagne nous attendaient.  Il n’y a rien de plus excitant que d’enlever quelqu’un par amour. Bien que devoir faire en douce sa valise  ait été un peu intimidant… Elle était tellement surprise qu’elle a pleuré. Tout ça n’avait rien de rationnel car on venait de dépenser une petite fortune dans le film. Mais ça valait chaque dollar et je n’hésiterais pas une seconde à le refaire. C’était complètement spontané et follement romantique. Parfois, vous devez chasser toute logique et laisser s’exprimer votre passion. Et puis, nous sommes ensemble depuis maintenant 11 ans et ça ne fait qu’aller de mieux en mieux.

Quels sont vos projets pour le futur ?

Nous venons juste de passer quelques semaines en Italie et nous prévoyons déjà une croisière en Russie pour le printemps prochain. Je meurs d’envie de voir Saint-Pétersbourg. Nous adorons voyager donc ça fait toujours partie de nos projets pour le futur. En plus de faire mon premier long-métrage l’année prochaine, mon autre gros projet consistera à superviser la rénovation de notre résidence secondaire, que nous sommes en train d’acheter.

Traduit par Magali Pumpkin

Interview Originale sur le site CurveMag.com

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