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TIPPING THE VELVET  : L'ADAPTATION DU CÉLÈBRE ROMAN DE SARAH WATERS

(SUITE)

 

NAN  : Je voulais te dire... Je suis désolée de t'avoir quittée comme ça.
FLORENCE  : Ça m'a blessée à l'époque.
NAN  : Tu voulais absolument que je te dise ce que je faisais mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas mentir non plus, alors j'ai renoncé à toi.
FLORENCE  : Mentir sur quoi ?
NAN  : Je ne vivais pas avec un homme mais avec une femme. Elle m'a trouvée dans la rue et m'a emmenée chez elle. Que faisais-je dans la rue ? Je me vendais aux hommes, déguisée en garçon.
FLORENCE  : Quand tu dis que tu vivais avec cette femme, tu étais.
NAN  : Son amante ? Son esclave, plutôt. Elle me gâtait mais je n'étais qu'une putain captive.
FLORENCE  : Tu n'as jamais été heureuse ?
NAN  : Oh, si. Quand j'étais amoureuse. Elle s'appelait Kitty. C'était mon premier amour et elle m'a brisé le cœur. Et je suis heureuse depuis que je suis ici. Très heureuse sauf que je n'ai pas pu te dire la vérité. Maintenant, c'est fait. Tu vas me demander de partir.
FLORENCE  : Non. Je voudrais te dire quelque chose. Le soir où tu m'as quittée, j'ai rencontré une fille à la conférence. Elle s'appelait Lilian. Je voulais absolument faire sa connaissance. À la fin, je suis allée la voir et nous avons discuté. Tout est parti de là. C'était comme si elle comprenait toutes mes pensées. Je n'avais jamais ressenti ça pour personne. Je...
NAN  : Tu l'aimais.
FLORENCE  : Oui. Et elle aussi mais pas de la même façon. Elle avait un ami qui voulait l'épouser mais elle refusait d'être sa propriété, même si elle l'aimait. Quand elle est tombée enceinte, il l'a abandonnée et elle est venue chez nous. Ce furent les mois les plus heureux de ma vie.
NAN  : Et puis ?
FLORENCE  : Elle est morte. Elle est morte en couches.

 

Puis Nan revoit Kitty et fait un choix qui changera son existence à jamais. Elle choisit l'amour en la personne de Florence. Florence, qu'elle présente à sa famille à la fin de la série puisqu'elle est enfin libre et qu'elle vit sa liaison au grand jour sans se cacher.

NAN  : Alors on y va ? Tu te sens d'attaque ? Prête à rencontrer ma famille ?
FLORENCE  : Si tu es prête.

 

Tipping The Velvet possède des décors et des costumes fantastiques qui nous replongent avec délice dans l'Angleterre victorienne. La débauche de couleurs, les différents tons et matières qui s'affrontent et se complètent, donnent toute son atmosphère à la série. Une atmosphère empreinte de poésie, de musique et de volupté.

Les actrices sont incroyables en travesties, en chanteuses et danseuses de music hall. Elles sont tout à fait crédibles et les répétitions de Nan et Kitty sont un pur délice. Les hésitations, les défauts de Nan, sa prise d'assurance et la maîtrise des gestes et des pas qu'elle fait siens sont tout simplement magnifiques. On peut cependant regretter que lorsqu'elles présentent leurs numéros sur scène, on ait du mal à imaginer la véritable atmosphère d'un music hall.

Deux aspects majeurs du livre ont cependant été un peu trop ignorés à mon sens. Tout d'abord, lorsque Nan porte pour la première fois des vêtements masculins, il est dit dans le livre « Trop vrai. Elle ressemble à un garçon. C'est le but, je sais, mais on la prendrait pour un vrai garçon, si tu vois ce que je veux dire. Sa figure, sa ligne, sa façon de se tenir. Et ce n'est pas ça qu'on veut, n'est-ce pas ? »

Dans le livre, Nan a un côté masculin qui est totalement ignoré dans la série. Dans celle-ci, même habillée en homme, l'actrice Rachael Stirling irradie une telle féminité qu'il est difficile de se tromper. Et c'est comme si cet aspect avait voulu être souligné par le maquillage de la jeune femme qui au lieu d'atténuer sa beauté ne fait que la souligner.

Rachael Stirling est très loin d'être comme le souligne la Nance du livre, « travestie non plus simplement en homme mais, pour compliquer à souhait la situation, en l'homme que j'aurais pu être si j'avais été plus femme ». Vraiment dommage que cet aspect ait été occulté. La série aurait-elle souffert d'une baisse d'audience si Nance avait été plus masculine, si elle avait eu l'air d'une « butch » ? Possible. Seulement nous ne le saurons jamais puisque cela n'a pas été tenté.

Ensuite, ce qui est à mon sens le plus important dans le livre et qui a été totalement ignoré dans la série c'est l'homophobie. L'homophobie de Kitty qui demande à Nan de ne rien dire à leur sujet, qui lui demande de se cacher et qui refuse d'avouer que leur liaison à une quelconque importance. Cette homophobie, cette peur d'être jugée à une époque où les conventions sont plus fortes que tout, amènent Kitty à rompre avec Nan pour vivre une vie « normale » auprès d'un homme, en l'occurrence Walter. Cette réalité du livre est ignorée dans la série.

Dans le livre, Nan souffre également de cette homophobie qu'elle a intériorisée. Elle a peur que Frank, le frère de Florence, apprenne qu'elles sont amantes. Elle veut taire leur relation parce que Kitty lui a enseigné la peur et la honte. Florence lui apprendra la fierté et le bonheur mais ce sera long. La fin de la série est trop rapide et occulte cet aspect. C'est vraiment dommage parce qu'il fait toute la richesse et la complexité du livre.

Il n'empêche que cette série est une adaptation réussie qui parle d'amour avec beauté et sensualité. Tipping The Velvet est un hymne à la liberté, une série à la gloire de l'indépendance et de l'affirmation de soi. À ne surtout pas rater.

N'hésitez pas pour autant à lire le livre, un livre magnifique qui véhicule un message de fierté, d'affirmation de soi et de tolérance. Florence ne dit-elle pas à Nan lorsque celle-ci propose de faire comme si rien n'avait changé entre elles après qu'elles aient fait l'amour : « Faire semblant ? Jouer la comédie, chez moi ? Si Frank n'apprécie pas mon style de vie, il n'a qu'à ne plus revenir. Lui et tout le monde qui pense comme lui. Tu ne voudrais tout de même pas que les gens pensent que nous avons honte ? »

Et puis ce qui est génial lorsqu'on lit un livre c'est que notre propre imagination prend le relais des mots et permet de créer le visage que l'on souhaite au héros ou à l'héroïne et de prolonger une scène comme nous le désirons.

 

Isabelle B. Price (Juillet 2005)

 

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Discussion sur le Forum à propos de Tipping The Velvet

 

 

Site Officiel BBC (en anglais)

Site Officiel de Rachael Stirling (en anglais)


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