To date or not to date, une expérience Outre-Manche

Londres

« Être lesbienne et célibataire à Londres, il y a pire ! »

C’est par cette phrase un peu abrupte qu’une collègue bien intentionnée décida de me réconforter après une rupture imprévue (mais quelle rupture ne l’est pas finalement), au beau milieu d’une expatriation de quatre ans dans la capitale anglo-saxonne. On pourrait penser que cette déclaration manquait un peu de tact certes, mais elle eut cependant l’effet escompté. Quelques semaines plus tard, je me lançais donc dans l’aventure. Toutefois, hors de question pour moi de me précipiter tête baissée dans les bars et boîtes à la mode. Que ceux-ci se trouvent dans le Marais ou à Soho ne changeait pas la donne. En bonne timide maladive, je me tournai donc vers le net. L’invention qui évita que ma vie amoureuse ne soit aussi excitante qu’un documentaire sur la migration des escargots.

La communauté homosexuelle de Londres est à l’image de sa population : extrêmement cosmopolite et diverse. En quelques semaines de fréquentation d’un site commodément nommé « Pink Sofa », j’eus l’occasion de converser virtuellement avec une galloise travaillant dans un magasin de fringues, une britannique pur jus de Nottingham consultante en RH, une infirmière originaire de Pologne, une étudiante en provenance direct du Pakistan, une irlandaise travaillant dans la prévention des MST, un officier de police de la Met (non ce n’était pas Sam !), une banker des caraïbes, une serveuse lituanienne, et une indienne chercheuse en physique. Cette dernière est maintenant ma compagne depuis plus de quatre ans.

Cette diversité amène bien souvent une ouverture d’esprit et une curiosité très rafraichissantes. Cela donne aussi des sujets de conversation lors du premier rendez-vous, rite de passage pas toujours facile à négocier. Un autre avantage certain, malgré l’antagonisme historique entre nos deux nations (cent ans de guerre, faut quand même le faire), d’expérience l’accent français est jugé plutôt « so cute » que « so ridiculous ». Quand les bons points sont difficiles à récolter, il ne faut jamais cracher sur les bonus gratis !

De même, la maitrise imparfaite de la langue (allons mesdames, pas de mauvais jeux de mot s’il-vous-plait !) n’est absolument pas un barrage. On se débrouille toujours pour se comprendre, et les maladresses sont généralement de bonnes occasions de briser la glace. Je me rappelle encore de la tête de mon actuelle compagne lorsque, au cours de notre premier rendez-vous, j’essayais de lui parler de mouton (sheep) et qu’elle comprenait successivement bon marché (cheap), frite (chip) et navire (ship). Pour finir, j’imitai avec la grâce et l’élégance qui me caractérisent le bêlement dudit animal pour lui faire comprendre mon propos, ce qui la fit beaucoup rire. De la même façon, un léger problème de prononciation me fit dire que je me brossais les nénés (tits) au lieu des dents (teeth). Bon l’air de rien, ça évite les rendez-vous coincés ce genre de choses !

Bref, se lancer sur la scène londonienne lorsqu’on est une froggy a deux implications presque certaines. D’une part, rencontrer des gens différents, d’origine et de culture aussi diverses qu’il est possible de l’imaginer. Du Zimbabwe à la Norvège en passant par l’Australie et la Chine, Londres attire pour son ouverture d’esprit et ses opportunités professionnelles. D’autre part, être soi-même une espèce d’outsider presque exotique (même si les français sont plutôt nombreux à Londres, je n’ai pas rencontré plus de trois lesbiennes en provenance de l’hexagone durant mon séjour). C’est une position inhabituelle, qui vous amène à entendre les a priori que peuvent avoir les autres nationalités sur notre pays. Il y a du bon et du mauvais évidemment, nous sommes censées être bonnes cuisinières, expertes en vins et fromages, romantiques, mais aussi compliquées, froides, possiblement malpolies, et évidemment arrogantes. C’est une bonne façon de se rendre compte que les idées reçues que nous avons sur nos voisins sont probablement aussi fausses que les leurs.

En conclusion, il ne s’agit pas de devoir s’expatrier pour trouver l’âme sœur, une belle histoire ou juste une soirée intéressante. Mais si la vie vous entraîne de l’autre côté de la Manche, ne soyez pas effrayée par le challenge. Nouer une relation dans cette ville, à moins de rester dans le SW7 autrement appelé la « froggies valley », c’est s’ouvrir sur une ou plutôt d’autres cultures. Et ça vaut la peine de se donner un peu de mal. To date or not to date ?… To date, definitely !

Pour finir, les conseils de la grande Yaka Faukon, pour un date réussi en territoire londonien :

  • Y a qu’à choisir un endroit bien bruyant pour que votre niveau de compréhension de la langue passe pour une surdité légère, et surtout, sourire d’un air entendu en toutes circonstances, en particulier si vous n’avez rien compris à la conversation.
  • Faut qu’on sache que commander un verre de vin blanc vous place dans la catégorie banker potentiellement arrogante, commander une bière, dans celle des casuals peut-être malpolie, commander un jus de tomate vous classe dans les « bizarre mais c’est normal après tout ils mangent des escargots et des grenouilles ! ».

A propos de Sylvie Geroux

Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

6 commentaires

  1. En France aussi, tu peux commander un verre de Chardonnay et voir la personne en face de toi te regarder, un mojito à la main, comme si tu te la jouais « princesse au petit pois ». Idem pour le jus de tomates, 90% des gens qui m’ont vue en boire semblaient penser que j’étais quand même très bizarre…peut-être pas si dépaysant London, finalement.

  2.  » I’m brushing my tits !  » XD

    Au niveau des idées reçues sur les français(es), tu n’as pas eu : ils n’ont pas une bonne hygiène, ce sont des libertin(e)s : )

    • Pour l’hygiène, non pas trop par contre certaines demoiselles s’attendaient à me voir du poil aux pattes… Il semble que les françaises aient la réputation de ne pas fréquenter le rasoir de trop prêt.
      Le côté libertin là, oui sans aucun doute. Le fait que je sois une adepte de la monogamie a parfois surpris… Voir déçu ! ^_^

  3. j’ai adoré ta chronique!!!!!! mille merci c’était excellent 😉

  4. Isabelle B. Price

    Merci pour le fou rire sur brossage de nénés ! C’est sûr que ce genre d’incompréhension doit vraiment détendre l’atmosphère !
    Et c’est assez amusant de voir les a priori que l’on peut avoir sur les autres. Si on dit qu’on ne boit pas de vin et qu’on n’aime pas les escargots et les grenouilles, on n’est définitivement pas vraiment française, c’est ça ?

    • C’est tout à fait ça, figure-toi ! Il se trouve que justement je n’aime pas le vin et mon amour du fromage se limite presque à la vache qui rit. Lorsque j’avouais ce coupable défaut, j’avais usage de plaisanter en leur disant de ne pas l’ébruiter car je pourrais perdre ma nationalité… Certaines personnes ont mis un temps à se rendre compte que c’était une blague ! 😉

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