QUESTIONS À AXELLE MALLET
À votre avis, pourquoi vous a-t-on contacté pour participer à ULTEC ?
Pourquoi me contacter pour ULTEC ? Et bien, je pense qu’après le chaleureux accueil que vous avez réservez à mes deux romans Retour de flamme et Le choix de la reine édités aux éditions KTM, vous avez vu en moi une candidate potentielle pour participer à ce projet novateur visant à enrichir la culture de nos différences sous toutes leurs formes.
Pourquoi avoir accepté de participer à ce projet ?
Ma participation vient, tout d’abord, du fait que, grâce à vous, ce projet existe ! Je suis très admirative et respectueuse des gens qui Agissent, Proposent et Innovent.
En second lieu, je pense qu’avec ULTEC, vous permettez enfin aux créateurs que nous sommes, au-delà du support public qui nous est propre, d’éviter le cantonnement dans une discipline unique et restrictive pour nous illustrer dans d’autres domaines artistiques en proposant, avec parfois plus ou moins de maîtrise (…) un autre regard sur cette visibilité lesbienne qui nous est chère. Quant à vos lectrices et lecteurs (ne soyons pas restrictives !), vous leur offrez la découverte, l’écoute, le partage et le dialogue… Que souhaiter de plus !
À travers ce travail en particulier ?
Concernant mon projet personnel, ULTEC m’offre l’opportunité de m’exposer davantage en vous soumettant une autre forme de parole bien différente de celui du roman et ses 200 pages ! En effet, la poésie, même s’il s’agit également de mots, est une forme d’expression rapide, concise et ciblée (comme la pub !), faisant appel à la fulgurance de l’instinct, la profondeur de l’émotion et la spontanéité du ressenti. Elle reste pour moi le support idéal à la manifestation de mon être et de mon esprit, souvent paresseux mais jamais fainéant.
Avec ce recueil de poésies choisies, TRADOCIFER me donne aussi l’occasion de dire à chacun que parfois, quelques lignes valent mieux que de longs discours…
Quelle place occupe dans votre vie ou votre œuvre la question de la visibilité homosexuelle ou LGBT ?
Dans ma vie privée et familiale (même si depuis qu’ils savent, certains ont déménagé à Homophobia-land…), la visibilité lesbienne occupe toute la place car je pense que ce que l’on cache, n’est pas… c’est un peu comme entrer en psychanalyse : parler, dire tout haut ce qu’on ressent tout bas, donne corps à l’âme. De fait, on ne peut plus l’ignorer ni s’ignorer.
Dans mes écrits, bien qu’il s’agisse du dernier support par lequel j’aurais imaginé pouvoir communiquer, exprimer mes vérités, mon droit à la différence, mes intentions et sentiments (j’y ai, en effet, toujours préféré la réalisation audio-visuelle), cette visibilité est bien évidemment omniprésente. C’est d’ailleurs pour cela que j’écris même si, malgré une imagination fertile, un gout prononcé pour les intrigues et autres messages subliminaux à l’attention de ce monde plein d’incompréhensions, de jugements et d’agressivités à notre égard : Ecrire des romans a toujours représenté pour moi un travail ardu et laborieux !
Dans ma vie professionnelle, par contre, ayant déjà été victime de discrimination homophobe, (et n’étant pas prête à la subir de nouveau…) je reste malheureusement encore INVISIBLE ! Pour autant, avec un peu d’humour, de maturité et de distance, j’arrive aujourd’hui à évoluer dans ce domaine comme une actrice sur une scène de théâtre, ce qui, finalement se révèle très riche d’enseignements sur les mentalités, les comportements et les idées reçues sur l’homosexualité. Une bonne façon d’être aux premières loges pour agir « discrètement » à la source, non !
Croyez-vous qu’il faille être soi-même visible pour contribuer à la visibilité homosexuelle ?
Absolument. C’est la responsabilité de chacun (et plus encore de celles et ceux qui sont déjà publiques) d’aider l’autre à ouvrir son cœur et son esprit, de réagir face à l’ignorance pour désamorcer la peur et la violence qu’elles peuvent générer !
Cela me rappelle une anecdote qui illustre parfaitement mon idée sur le sujet. C’était lors d’un de mes voyages à travers le monde, il y a plus de 10 ans déjà. J’étais avec ma fiancée du moment et, lors d’une excursion en groupe, nous avons succombé (sans la moindre provocation ou désir de choquer d’ailleurs…) à l’envie de nous donner un baiser. Quoi de plus naturel, en somme, quand l’Amour est là… Tous les regards se sont bien évidemment tournés vers nous avec leurs lots de rotations malsaines, gènes, incompréhensions, surprises et agressivités aussi. Face à un tel malaise, notre guide, soucieux de maintenir l’unité et le calme, s’est alors senti obligé de nous aborder et nous a demandé de «nous tenir»… car il y avait des enfants dans le groupe. Je l’ai alors regardé droit dans les yeux, lui ai sourit gentiment et répondu : Allons ! Ce ne sont pas les enfants qui posent problèmes ! Ce sont les réponses que les parents vont devoir donner à leurs questions innocentes et vierges de tout jugement. Si certains sont perclus de morale religieuse ou terrifiés à l’idée d’une possible «contamination», ils transmettront l’homophobie. Si d’autres choisissent de banaliser l’Amour dans toutes ses formes d’expressions, ils permettront la tolérance et le respect.
(Bon, d’accord… je ne l’ai pas dit exactement avec ces mots là car je pataugeais dans un bain de boue en m’agrippant au rebord pour ne pas glisser… mais c’était l’esprit…).
ULTEC, c’est une lecture tout en couleur. Quelles couleurs pensez-vous justement transmettre à travers vos poèmes ?
Pour la plupart, des couleurs sombres… parsemées de rouge sang et de blanc immaculé. Mes trois couleurs préférées, en fait. Des contrastes saisissant comme la souffrance, la passion et les sentiments qui s’y mêlent.
Pouvez-vous nous parler un peu de vos projets actuels ? D'autres livres en vu ?
Mon projet prioritaire reste toujours et encore la réalisation d’un long métrage ! Depuis un an maintenant, je travaille sur l’écriture du scénario de Retour de flamme et cherche des contacts pour que ce travail puisse enfin voir le jour. Tâche difficile, je peux vous l’assurer… loin d’être gagnée mais je suis connue pour ne jamais « lâcher l’affaire » !
Sinon, mon prochain roman est déjà finalisé… dans ma tête… Et oui, je vous l’ai déjà dit : paresseuse, la demoiselle ! Toujours du mal à démarrer sur une page blanche et pianoter sur le clavier.
En parlant de clavier, j’ai également envie de me remettre à la chanson. Textes, musique et interprétation ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ?! En tous cas, c’est un support sur lequel je n’ai que peu d’expériences et pas vraiment de talents innés (mes amies proches peuvent en témoigner…LOL !) mais qui a le mérite de me détendre et de pouvoir, une fois de plus, aborder différemment le thème qui nous occupe ici : la visibilité lesbienne ! Peut-être l’objet d’une future parution dans ULTEC ? Qui sait…
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