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WILLOWRA POUR LES FANS

 

Par Kadyan.

 

Pour celles ayant lu Willowra, ce chapitre se situe après la blessure de Victoria durant la deuxième guerre mondiale et avant sa rencontre avec Ginger.
Pour celles n’ayant pas lu Willowra, je dois expliquer que Willowra est le nom du domaine - propriété d’élevage de mouton situé au Sud de Australie Occidentale – où Victoria, la fille adoptive de Maggy et Jason, a grandi. Suite à la mort de la femme qu’elle aimait, Victoria a quitté Willowra pour s’engager dans l’armée sous une identité masculine. Après avoir pris part à la guerre du Pacifique où elle a été blessée, la véritable identité de Victoria a été découverte.

 

Sydney, Nouvelle Galle du Sud, fin 1946

Victoria vérifia une nouvelle fois l’adresse inscrite sur le morceau de papier jauni avant d’appuyer sur le bouton de la sonnette. Sans vouloir se l’avouer, elle était impressionnée par la beauté du quartier d’Elisabeth Bay. La maison, elle aussi, reflétait un certain niveau de vie et une nouvelle fois, elle se demanda ce qu’elle faisait là. La porte qui s’ouvrit sur un enfant de cinq ans à l’air sérieux fit sourire Victoria. Qu’ils avaient pu le chambrer lorsque Mac leur avait annoncé la naissance du bébé, témoignage de la venue de Meggan dans le Queensland juste avant leur départ pour ce qu’ils ne savaient pas encore être l’enfer : Kokoda.
— Bonjour, ton papa est là ?
— Tim, qui est-ce ? questionna une voix de femme qui arrivait de derrière la maison.
Sans hésiter, dès qu’elle la vit, Victoria reconnut la femme des photos. Si elle ne les avait pas vues cent fois, elle ne les avait pas vues une fois.
— Oui ?
— Meggan ? Meggan Preston ?
— Oui.
Meggan détailla la jeune femme mince qui lui souriait comme si elle la connaissait. La chemise et le pantalon en toile bleue plus les bottines de travail surprenaient Meggan mais la présence d’un swag en bandoulière lui fit presque ouvrir la bouche d’étonnement. Il était rare qu’une femme se promène à Sydney, et encore moins dans ce quartier, dans ce genre d’accoutrement.
— Je m’appelle Victoria McKellig et je cherche Mac. Il m’a donné cette adresse il y a quelque temps déjà, se justifia Victoria devant le froncement de sourcils.
Devant l’absence de reconnaissance de son nom, Victoria hésita. Mac n’avait-il pas parlé d’elle à sa femme ? Victoria sortit de sa poche le papier sur lequel Mac lui avait écrit son adresse et le tendit à Meggan qui le prit pour reconnaître immédiatement l’écriture de son mari. Au fil des années, celui-ci l’avait habitué à faire preuve de générosité, plus souvent que nécessaire, en donnant du travail à des hommes rencontrés au cours de ses déplacements. Pourtant, jamais encore il n’avait donné son adresse personnelle et surtout pas à une femme. Meggan ne put cacher une légère suspicion lorsqu’elle répondit :
— Il ne devrait pas tarder à rentrer du travail.
Victoria se sentait incertaine devant cette belle femme d’allure sophistiquée qui la regardait froidement. Elle hocha juste la tête avant de désigner du menton un poivrier situé au bord de la route en dehors de la propriété.
— Merci. Je vais l’attendre là-bas.
Victoria se détourna pour se diriger vers l’arbre. Meggan observa un instant la femme qui s’éloignait. Cette femme lui rappelait quelqu’un, mais qui ? Le nom aussi lui disait quelque chose mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.
Alors qu’elle s’éloignait sans se presser, le swag battait le dos de Victoria en rythme avec la démarche claudiquante. Elle avait tout juste fait quelques pas hors de la propriété lorsqu’elle entendit :
— Attendez !
Un air interrogateur sur le visage, Victoria se retourna. Meggan lui désigna une table et des chaises sous un grand tamarinier sur le côté de la maison.
— Installez-vous à l’ombre, il fait encore très chaud malgré. J’allais préparer le thé, vous en prendrez bien une tasse.
— Je ne veux pas vous déranger, hésita Victoria devant les propos un peu forcés de la maîtresse de maison.
Les deux femmes paraissaient aussi incertaines l’une que l’autre. Un monde le séparait mais la mélancolie que Meggan lisait dans les yeux de cette inconnue la touchait et, sans savoir pourquoi, la troublait.
— Vous ne me dérangez pas. J’allais le préparer. Mac aime prendre le thé après une dure journée de travail.
Pour la première fois depuis son arrivée, Victoria sourit mais garda ses réflexions pour elle. Elle aurait plutôt imaginé Mac une bière à la main après le travail. Ils en avaient descendu pas mal ensemble à chaque fois qu’ils n’étaient pas au front.
— Merci, dit Victoria en se dirigeant vers le salon de jardin.
Rien que de poser son barda et s’asseoir, elle se sentit mieux. Cette maudite douleur en haut de la jambe ne la quittait qu’au repos. Une nouvelle fois, Victoria maudit le médecin qui lui avait promis que ça s’améliorerait avec le temps. Presque un an depuis qu’elle a quitté le centre de rééducation et la douleur était toujours là. Comment espérer trouver un travail stable avec un handicap pareil qui la faisait presque grimacer à chaque pas ? Victoria ne cherchait pas la stabilité mais elle n’osait pas non plus imaginer retourner à Willowra parce qu’elle n’arrivait pas à se débrouiller seule. Elle s’était toujours débrouillée seule. Victoria serra les dents devant l’émotion qui la gagnait.
De la fenêtre de la cuisine, Meggan, attendant que l’eau chauffe, observa cette étrange femme. Où Mac l’avait-il rencontré ? Pendant la guerre certainement. Mais pourquoi n’en avait-il jamais parlé ? Qu’y avait-il entre eux ? Un doute incontrôlable se glissa dans les pensées de Meggan. Imaginer son mari adoré avec une autre la fit frémir. La pensée que cette femme n’était pas le genre de son mari la rassura un peu. Elle connaissait Mac depuis l’adolescence et, jamais, durant tout ce temps, il n’avait regardé de femme un peu masculine. Non, la femme qui était assise sous le tamarinier n’était pas la maîtresse de Mac. Mais qui était-elle, alors ?
Meggan força toute son éducation pour être aimable avec son invitée lorsqu’elle s’installa avec elle à l’ombre des arbres. Heureusement, Tim, tel un cyclone se précipita vers les biscuits et elle passa plusieurs minutes à le gronder, lui rappeler ses manières et l’obliger à accompagner les biscuits de thé bien noir.
Voyant le sourire de Victoria lorsqu’elle regardait son fils, Meggan osa finalement la questionner :
— Vous avez des enfants ?
Un léger sourire passa sur les lèvres de Victoria et Meggan remarqua immédiatement l’humour pétiller dans les yeux bleus.
— Non mais ma mère devait toujours se battre avec nous pour que nous ne nous jetions pas sur les biscuits lorsqu’elle les sortait du four.
Victoria, bien que nostalgique de cette époque sans soucis, élargit son sourire.
— Vous avez beaucoup de frères et sœurs ?
— Deux frères et une sœur. J’avais un autre frère mais il est mort lorsqu’il avait 10 ans. Le docteur a dit qu’il avait une malformation. Un matin, il ne s’est pas réveillé. Et vous, vous êtes nombreux ? Je sais que Mac a trois frères…avait trois frères.
— La mort de Dave à Tobrouk a laissé un vide, confirma Meggan, surprise que Victoria semble au courant de ce genre de chose. Heureusement, ses deux autres frères étaient trop jeunes pour s’engager. Ils sont à l’université maintenant. Quand à moi, j’ai une sœur. Mon frère a été tué en janvier 44 à Shaggy Ridge.
Victoria écarquilla les yeux de surprise.
— Il était dans la 7 ième division ? Avec Mac ?
— A la 7ème oui mais pas à la 21ème brigade. Il a rejoint la 18ème brigade le jour de ses 18 ans. Maman ne s’en est jamais remise. Elle est morte fin 45.
— C’était vraiment une sale bataille. Je suis désolée.
Les souvenirs envahirent Victoria. Shaggy Ridge…des deux jours d’assaut tournés en boucherie, la position intenable sous les contre-attaques des Japs, l’arrivée des renforts, le retour en Australie, enfin. Alors qu’un lourd silence s’installait après ces confidences, le bruit d’une voiture qui arrivait vite fut un répit bienvenu. Le sourire revint sur les lèvres de Meggan alors que l’anxiété nouait les intestins de Victoria lorsqu’elle réalisa que Mac arrivait. Malgré ses belles paroles à l’hôpital, elle se demanda comment Mac l’accueillerait. Comme un de ses compagnons d’arme survivant ou comme la menteuse qu’elle était réellement. Victoria se leva.
Mac marqua un temps d’arrêt lorsqu’il vit la femme à côté de la sienne. Il fronça les sourcils puis un sourire illumina ses traits lorsqu’il reconnut son pote, Vic. Surprenant Meggan et Victoria, il se précipita en avant et enserra Victoria dans une embrassade virile.
— Bon sang, Vic ! Quel plaisir de te voir ! Je parlais justement de toi l’autre jour avec Foley et Vern. On se demandait ce que tu devenais. On ne peut pas dire que tu soit le roi de l’écriture…pardon, la reine, ajouta-t-il en murmurant.
Légèrement en retrait, Meggan assista à cette scène étrange. Tout dans l’attitude de son mari indiquait sa joie immense de revoir cette femme mais la poignée de main, l’embrassade n’avait rien de sexuel comme si son mari retrouvait une sœur perdue de vue…pas une sœur, un frère. Meggan se sentit déboussolée.
— Tu veux une bière, Vic ?
— Nous en étions au thé avec ta femme. Il paraît que tu es un amateur, se moqua gentiment Victoria. Je ne m’en étais pas rendue compte…
Ignorant les insinuations, tout sourire, Mac se tourna vers sa femme.
— Une bière, j’ai besoin d’une bière et peut-être même d’un whisky. Tu me suis, mon gars ?
Victoria rit doucement. C’était le Mac qu’elle connaissait, celui qui remontait le moral à ses troupes par quelques phrases appropriées.
— Qu’est-ce que tu crois ? Tu m’as toujours battu sur ce terrain là mais je ne suis pas une dégonflée.
Le sourire quitta le visage de Mac, puis celui de Victoria.
— Je sais ça, Vic. Je n’oublie pas. Ni moi, ni les autres, crois-moi. Nous te devons…beaucoup.
Ne sachant quoi répondre, Victoria hocha la tête pour cacher son émotion.

 

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