Interview de Danielle Cormack, l’interprète de Bea Smith

Interview liée à la série Wentworth

Danielle Cormack - Wentworth

Interview accordée à Elaine Atwell le 28 juin 2016 pour le site Afterellen.com

Durant quatre saisons, Danielle Cormack nous a brisé le cœur (et nous a poussées à avoir des coupes de cheveux plus osées) dans Wentworth. Son interprétation de Bea Smith, la cheffe de la prison, a redonné vie à l’un des personnages australiens les plus emblématiques et a fait de Wentworth un succès international. Cette saison-ci, Bea entre en terrain inconnu dans le cadre de sa romance avec Allie, une autre prisonnière.

Étant donné notre SUREXCITATION DE FOLIE à ce propos, Danielle a eu la gentillesse de nous accorder une interview via Skype depuis l’autre bout du monde. Après quinze minutes de problèmes techniques au cours desquelles Danielle a adorablement proposé de faire l’interview en langage des signes, nous avons finalement pu commencer. L’échange qui suit est l’une des interviews les plus réfléchies et agréables qu’il m’ait été donné de faire avec qui que ce soit. Et même si l’on ne spoile rien, on entre vraiment dans la psychologie de Bea et dans les coulisses de la série.

Danielle Cormack : Bonjour vous ! Vous êtes la plus géniale des fans de notre série ! J’ai beaucoup aimé l’article de la semaine dernière [ndlt : article sur l’épisode 7 de la saison 4] ; il était vraiment sensationnel.

Afterellen : C’est toujours génial d’avoir ce genre de retours. L’année a vraiment été longue pour tout le monde, et en particulier pour tous ceux qui travaillent pour mon site. Du coup, c’est vraiment sympa d’écrire sur quelque chose de positif, sur quelque chose qui me réjouit. Même si, comme c’est Wentworth, je ne m’attends pas à ce que ça dure.

Ouais. Vous êtes à jour ?

Aussi à jour qu’on puisse l’être. Ça me prend quelques jours de regarder un épisode et d’écrire un article dessus. C’est la saison la plus folle qu’on ait vue. Vous y êtes tellement géniale ; enfin, je veux dire, vous êtes tout le temps géniale, mais je trouve que, cette année en particulier, vous avez eu l’occasion d’explorer de nouveaux trucs avec votre personnage.

C’était obligé. Quand vous confrontez un personnage à une telle intrigue émotionnelle, que vous lui faites porter un tel poids, qu’il est face à une violence aussi extrême, au bout d’un moment, il faut que l’on voie l’impact que ça a sur lui. Et ça semblait être la bonne saison pour faire ça.

Oui.

Au début, on dirait que tout s’est calmé, et Bea doit apprendre à vivre avec elle-même. À la base, lorsqu’on avait discuté de l’automutilation, j’avais suggéré que ça arrive en saison 3, mais les scénaristes n’étaient pas trop d’accord. Je crois que c’est sûrement parce que Jodie Spitteri en faisait un peu l’expérience. Mais, pour elle, c’était une réaction plus que de l’automutilation. Je voulais vraiment que les spectateurs voient Bea aux prises avec ses conflits intérieurs, mais je suis contente que ça ne soit pas arrivé avant cette saison-ci.

Oui, ça a été très fort. Je ne crois pas avoir vu une représentation de l’automutilation chez des femmes adultes avant. Mais ça a été un moyen très efficace de nous faire part de son état émotionnel.

Eh bien, quand vous assumez la responsabilité de l’évolution d’un être humain, ainsi que la responsabilité de raconter une histoire pour le monde entier, à mon avis, il faut voir ça d’un œil très respectueux et essayer de se renseigner le plus possible. Parce qu’il ne faut jamais montrer quelque chose comme ça sans vérifier ses informations d’abord. On sait que ces moments vont parler à beaucoup de personnes qui regardent la série. Et le nombre de retours que j’ai tous les jours de gens me disant à quel point la série est importante pour eux et qu’elle les a aidés, c’est génial.

J’imagine que vous avez aussi beaucoup entendu ça venant de fans LGBT, surtout pour cette saison. Je sais que c’est une période particulièrement difficile et éprouvante pour l’Australie en ce moment avec le référendum, et pourtant vous nous offrez l’une des meilleures représentations lesbiennes qui soit.

C’est génial. Mais je ne suis pas australienne ; en réalité je suis une kiwi.

Oh mon Dieu, je suis désolée.

Non, je viens bien d’Océanie, du pays où tout le monde peut se marier, wouhou ! Et c’est possible depuis quelques années maintenant. C’est déconcertant de voir que [l’Australie] ne soutient pas l’égalité au mariage, mais c’est une tout autre conversation. Je défendrai cette cause partout dans le monde, peu importe d’où je viens. Mais concernant notre série et la représentation des personnages gays, je suis vraiment heureuse de vous entendre dire ça.

On espère toujours que ce que l’on montre à l’écran va apporter une nouvelle lumière que ce soit sur un sujet donné ou sur un type de personnalité donné. Il ne faut pas que ce soit un personnage lesbien caricatural. [Il ne faut pas] que tous les personnages d’hommes gays marchent de façon théâtrale en chantant du ABBA ou que tous les personnages féminins soient très butch. C’est tellement réducteur et très vieille école.

Concernant Bea et ce qui lui arrive cette saison, dans mes conversations avec les scénaristes, je leur disais que j’étais vraiment intéressée par le fait d’explorer la sensualité de Bea. Mes propos ont été déformés dans une interview qui disait que je voulais explorer sa « sexualité ». De mon point de vue, il n’a jamais été question de sa sexualité — et je ne parle pas de son orientation sexuelle —, il était question de sa sensualité. Que fait-elle de ces sentiments amoureux, de cette chaleur humaine, du fait d’être enlacée et de pouvoir enlacer quelqu’un d’autre. On n’a jamais vu ça chez elle avant. Bien entendu, il y a eu ce petit frisson avec Will. Les gens les ont imaginés en couple pendant longtemps, voulant que Bea ait cette connexion avec quelqu’un. Mais je crois qu’il a été unanimement décidé entre Robbie, moi et les scénaristes que cette relation était parfaite en étant que de l’amitié. Parce que Bea n’a jamais été prête pour cela.

Mais dans cette saison, lorsqu’elle touche vraiment le fond, quelqu’un la remarque. Quelqu’un la voit vraiment, et Bea le sent. C’est presque comme si elle lisait en elle. Je pense que ça fait très longtemps que Bea n’a pas vécu ça, et ça a allumé quelque chose en elle. Cela contraste complètement avec l’expérience qu’elle vit lorsqu’on la rencontre en début de saison. Elle se sent très seule et le poids de la responsabilité d’être la cheffe c’est trop pour elle. Elle est épuisée.

Ça crée donc un magnifique conflit et ça contribue à la guerre intérieure qu’elle a avec elle-même de toute façon. Cela lui permet de ressentir des choses qu’elle n’a peut-être jamais ressenties auparavant. J’ai choisi de penser que c’était le cas, juste pour être en mesure de permettre à cette relation de vraiment se développer. Je crois qu’Allie a touché une zone émotionnelle chez Bea que personne n’avait touchée auparavant. Et, pour elle, s’ouvrir veut aussi dire qu’il y a beaucoup en jeu pour elle, beaucoup à perdre.

[D’un air triste] Oui…

Pas pour sa santé physique ni sa sécurité physique, mais pour son cœur ! Ça c’est dangereux pour Bea.

Oui, c’est très nouveau pour elle, et clairement terrifiant. On dirait que vous êtes vraiment tombée sur la perle avec Kate Jenkinson. Elle est tellement charmante et vous jouez magnifiquement bien ensemble. Avez-vous passé un test d’alchimie ou avez-vous juste eu beaucoup de chance ?

On a fait un test d’alchimie pour le rôle d’Allie — bien que je croie qu’elle s’appelait « Georgia » ou un truc du genre à la base —, et j’ai proposé d’assister aux auditions des actrices pour le rôle. Je trouve que c’est une partie importante du processus pour toutes les personnes impliquées. Toutes les actrices étaient formidables. Il y avait beaucoup de diversité parmi les actrices et elles apportaient toutes différentes qualités à Allie. Mais, Kate avait une douceur qui rendait vraiment service au personnage. Et à la seconde où elle est entrée dans la pièce, elle s’est approprié le personnage. On s’est entendu incroyablement bien et elle est devenue une amie qui m’est très chère. En fait, elle avait juste saisi Allie et cette relation.

Je suis époustouflée par les retours sur #Ballie. [Rires] On en parlait il y a longtemps et j’ai dit « Je parie qu’ils voudront nous voir ensemble ».

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A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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