Doit-on oublier le génie de Michael Jackson parce qu'il s'est comporté comme un monstre?
Carl Wilson,
Doit-on oublier le génie de Michael Jackson parce qu'il s'est comporté comme un monstre, 6 mars 2019.
Slate
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Michael Jackson ne disparaîtra pas. Ce qui signifie que nous continuerons à nous demander quoi penser de lui et comment gérer nos instincts moraux. Comment concilier mentalement le fait que Jackson aurait fait des choses répréhensibles à de petits enfants mais qu’il a aussi largement répandu la joie et changé la face de la pop mondiale? Aucune de ces deux choses ne modifie l’autre. Tout désir de minimiser les crimes qu’il est soupçonné avoir commis a été extirpé de moi. Mais, tout comme qualifier des gens de génies déforme la réalité –façon de légitimer tout ce qui les touche de près ou de loin–, nous devrions hésiter avant de les qualifier de monstres. Parce que c’est succomber au fantasme inverse: réduire une personne qui a commis des actes méprisables au véhicule de ces actes, à un être consumé par la malveillance, corrompu et inauthentique dans tous les autres domaines. Cette déshumanisation nous protège de la crainte d’avoir quoi que ce soit en commun avec ces gens, ou de faire l’effort de les comprendre.]
Carl Wilson,
Doit-on oublier le génie de Michael Jackson parce qu'il s'est comporté comme un monstre, 6 mars 2019.
Slate
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Il est vital que quelqu’un comme R. Kelly, encore une fois, soit accusé et, espérons-le, poursuivi pour les années d’agressions supposément commises contre des jeunes femmes. Mais cela ne remédie en rien à ce qui a permis à Kelly de le faire pendant si longtemps. La compulsion culturelle qui pousse à donner à des artistes et à des célébrités des statuts de dieux et de héros, puis à défendre désespérément ces illusions, n’est pas soignée lorsqu’une ou plusieurs de ces stars sont enfin éjectées du panthéon.]
Même si je trouve l'article orienté, il n'en reste pas moins intéressant, soulevant des questions que je me pose moi-même. C'est un sujet que je trouve très intéressant et je me demande s'il y a des réponses. Comme dit apache, il n'y a pas de réponses définitives et ayant lu très attentivement l'article, j'imagine que cela va aux limites de chacun...
Par contre, son introduction sur
Charles Dickens... Je passe les John Lennon et Elvis Presley... je me dis qu'est-ce qu'on attend d'un artiste au final ? Qu'il soit parfait ? Qu'il soit un exemple pour nous, pour être parfaitement
à notre image ? (ironie). Dickens avait-il des comptes a rendre à quelqu'un ? Est-ce qu'il avait demandé qu'on lui porte cette attention ? Et est-ce qu'un artiste demande cela ? C'est plutôt nous qui sommes responsables. Responsables de notre projection sur ce qu'il laisse dans la nature. Sont-ils des modèles ? Artiste veut-il dire modèle ?
Ensuite vient encore le plus important. Qu'est-ce qu'un monstre ? Là encore, question subjective. D'accord Dickens a voulu mettre sa femme dans un asile alors qu'elle n'était pas folle, c'est horrible, mais j'ai envie de dire et alors ? Pas parce que c'est lui mais il y a le contexte de l'époque. Ce qu'on ne faisait pas à cette période ! En tout cas moi ça ne me choque pas... Cette part d'ombre vient avec l'homme et il faudra faire avec ou le boycotter et brûler dès maintenant ses livres de sa bibliothèque... Je me dis qu'à un moment on devra brûler toutes les bibliothèques nationales, publiques, et jeter la culture ou toute culture à la poubelle car jamais ça ne viendra d'un être totalement pur et innocent... Ou juste d'un artiste sans aucune part d'ombre l'entourant (mes écrivains préférés sont sains et saufs, ouf!).
Par contre, le viol, la pédophilie, tout cela on peut qualifier d'actes monstrueux. Et encore pour moi c'est un euphémisme vu à quel point ces actes détruisent une personne. Un meurtre aussi peut être un acte monstrueux... La subjectivité entrera en jeu pour le reste, je donne des exemples de l'article qui parle de racisme, d’antisémitisme, d'homophobie.
L'article laisse d'autres pistes intéressantes sur le sujet. Notamment
What Do We Do with the Art of Monstrous Men ===>
(Ce paragraphe c'est vraiment moi maintenant, lorsque je vais m'éclater sur
Off the Wall.)
"They did or said something awful, and made something great. The awful thing disrupts the great work; we can’t watch or listen to or read the great work without remembering the awful thing. Flooded with knowledge of the maker’s monstrousness, we turn away, overcome by disgust. Or … we don’t. We continue watching, separating or trying to separate the artist from the art. Either way: disruption. They are monster geniuses, and I don’t know what to do about them."
Ils ont fait ou dit quelque chose d'horrible mais ont créé quelque chose de génial. Ce qui est horrible fait de l'ombre au travail génial ; nous ne pouvons pas regarder ou écouter le travail génial sans nous rappeler de la chose horrible. Conscients de la monstruosité du créateur, nous faisons marche arrière, rempli de dégoût. Ou pas. Nous continuons à regarder, séparant ou essayant de séparer l'artiste de l'art. Dans tous les cas : échec. Ce sont des monstres géniaux et je ne sais que faire à propos d'eux.
Je n'ai pas encore lu cet article mais rien que ce deuxième paragraphe (qui soulève mes questionnements de l'autre post) je le trouve déjà passionnant, ça devrait être un article enrichissant.
Je me demande à un moment si au lieu de mettre en avant la monstruosité de l'artiste, il ne faudrait pas plutôt parler de son hypocrisie ? Voir si son oeuvre n'est pas en contradiction avec sa vie. Prôner quelque chose et faire tout son contraire.
Je laisse ça là et j'y reviendrai.