Je suis également en train de lire le livre. Et j'étais végétarienne AVANT de le commencer, avant même d'en avoir entendu parler pour la première fois cet été. Comme le dit 1010SH ce livre ne s'adresse pas prioritairement aux végétariens (il ne fait que les conforter dans leur(s) choix). Et Safran Foer n'a pas non plus pour objectif de convaincre le monde du bien fondé (ou de l'urgence?) du végétarisme...enfin disons qu'il ne dit pas que manger de la viande, c'est mal.
Il pose la question sans vraiment avoir la réponse. Mais c'est sûr, le livre interroge et enseigne: pour
500 grammes de crevettes,
13 kilos d'animaux marins tués et rejetés à la mer. Quant aux conditions d'élevage, elles ne sont hélas guère meilleures en Europe qu'aux États-Unis. Ainsi, la norme en vigueur en 2012 dit que la cage d'une poule pondeuse doit être de 750 centimètres carrés. Une feuille A4 fait un peu plus de 624 cm carrés... (Beaucoup moins lugubre, on apprend aussi des choses sur les hipocampes). Evidemment il existe encore, et sans doute plus en France qu'aux É-U, des fermes dites familiales, où les animaux sont mieux traités que dans les fermes industrielles. Mais évidemment aussi ces fermes traditionnelles ne peuvent pas nourrir 7 milliards d'être humains. (Et même si c'était possible, peut-on s'arroger le droit de tuer un être vivant pour se nourrir, surtout et alors qu'on peut faire autrement?...mais bon, ça c'est plus un choix personnel qu'une réflexion sur la production de la viande aujourd'hui). Je suis pas une grande fan des animaux. J'essaye de leur accorder la considération que mérite tout être animé. Mais qu'on les aime ou qu'on ne les supporte pas, le livre a le mérite de questionner notre rapport aux animaux...un peu comme le livre de Vercors
Les animaux dénaturés. Et plus encore ce livre nous interroge sur nous. Je cite: "Se demander"Qu'est-ce qu'un animal?"- ou, ajouterai-je, lire à un enfant une histoire de chien ou lutter pour les droits des animaux- touche inévitablement à la façon dont nous comprenons ce que c'est d'être nous et non eux. C'est se demander: "Qu'est-ce qu'un homme?"". Enfin cette réflexion de l'auteur (l'ensemble du livre), m'a affolée.... Affolée parce que je me suis rendue compte qu'en Occident, pour les jeunes générations, la viande (et d'une manière générale la nourriture, mais bon...) est de plus en plus
abstraite. Le terme n'est sans doute pas très juste, mais c'est le seul qui me vienne à l'esprit.
Donc oui c'est un livre qui, comme tout ce qui touche au végétarisme, fait polémique. Mais il n'est pas injonctif. Il se contente de poser des questions, non pas sans parti pris, mais sans condamnation pour autant ( enfin sans condamnation des consommateurs, pour les éleveurs industriels c'est autre chose). Et il est plein d'humour!